Ouestafnews – Alors que le recensement biométrique débuté le 15 avril 2025 se poursuit non sans difficultés en Guinée, des doutes persistent sur la question du fichier électoral. Une partie de l’opposition et de la société civile reste encore méfiante sur la volonté du régime de transition d’établir un fichier « fiable ». Cela, à moins de cinq mois du referendum constitutionnel du 21 septembre 2025 qui devrait marquer une étape majeure dans le calendrier de sortie de la transition.
Les nombreuses « contraintes » notées sur le terrain en Guinée risquent de « freiner » la large mobilisation souhaitée, souligne Alpha Binta Diallo, journaliste et membre de l’organisation guinéenne Citoyens pour la paix et la justice. Les appels des autorités et d’autres acteurs à une participation massive au recensement doivent s’accompagner d’une « amélioration » des moyens logistiques et de l’organisation des opérations, affirme M. Diallo.
« Les choses ont commencé timidement », confirme l’analyste politique guinéen, également universitaire, Moussa Samoura, joint par Ouestaf News.
Le lancement de cette campagne d’enrôlement biométrique avait été annoncé en mars 2025 par le ministère guinéen de l’Administration territoriale et de la Décentralisation. La campagne est prévue du 15 avril 2025 au 30 mai 2025.
Selon Alpha Binta Diallo et Moussa Samoura, les difficultés sont liées notamment au manque de kits et de fiches de recensement ainsi qu’aux dysfonctionnements d’équipements.
À cela, s’ajoutent des problèmes d’obtention de l’extrait de naissances exigé pour l’enregistrement biométrique et l’absence d’électricité, surtout dans les zones rurales, rapportent des médias guinéens.
Face à ces obstacles, les citoyens se plaignent de la lenteur des opérations, explique M. Samoura. Selon l’universitaire, la quantité d’équipements commandée par l’État guinéen « n’est pas suffisante » pour assurer un bon déroulement du recensement sur toute l’étendue du territoire.
Le 9 avril 2025, la directrice des Affaires politiques et de l’Administration électorale, Djenab Touré, a annoncé que le gouvernement guinéen a reçu 6.000 kits de recensement pour un montant de 35 millions de dollars (environ 21 milliards de FCFA).
L’objectif est d’établir « simultanément » un registre national de tous les citoyens âgés d’au moins dix ans et un nouveau fichier électoral, avait indiqué le gouvernement guinéen sur sa page officielle le 1er avril 2025.
La Guinée a besoin d’un fichier « non conflictuel et peu onéreux », estime Joachim Baba Milimono, membre du Conseil politique de l’Union des forces démocratique de Guinée (UFDG), joint par Ouestaf News.
L’UFDG a d’ailleurs appelé le 20 mai 0215 ses militants à aller se faire recenser malgré les difficultés notées dans les opérations. « Le recensement est la première arme du changement », a souligné Fodé Oussou Fofana, vice-président de ce parti, cité par le site d’informations Guinée Matin. Il s’exprimait à l’occasion d’une réunion de la formation politique, selon la même source.
Le recensement en cours est parti de la décision du pouvoir de procéder à un recensement général qui va permettre d’établir un fichier « fiable », « dénué de toutes contestations », explique Moussa Samoura.
Mais cette nouvelle opération ne fait pas non plus l’unanimité.
Abdoulaye Oumou Sow, responsable la communication du Front national de défense de la Constitution (FNDC), se demande si ce « délai est tenable ». Contacté par Ouestaf News, cet activiste de la société civile dit craindre un recensement « bâclé », dont les résultats ne permettront pas d’établir un fichier électoral « fiable ». Il soupçonne aussi le pouvoir de préparer un fichier « à sa guise » car, selon lui, il était plutôt attendu la révision du fichier de 2020.
Le militant du FNDC doute de la volonté des autorités d’honorer le rendez-vous du 21 septembre 2025 pour la tenue du référendum sur la nouvelle Constitution. Ce scrutin devrait marquer le premier acte du calendrier de sortie de la transition. La date pour sa tenue a été annoncée le 1er avril 2025 alors que le gouvernement venait de réceptionner un premier lot d’équipements destinés au recensement biométrique en cours.
Cette option n’était pas celle qui avait été initialement retenue par les autorités de transition. Le régime militaire avait d’abord annoncé que le fichier électoral serait extrait des résultats du Recensement administratif à vocation d’état-civil (Ravec), lancé le 21 novembre 2024. Ce programme de recensement général concernait au début toute la population, sans limite d’âge.
Dans un entretien accordé au magazine Jeune Afrique le 25 mars 2025, le Premier ministre guinéen Bah Oury avait admis que cette démarche s’est avérée « inopérante ». Le chef du gouvernement avait reconnu que l’opération connaissait des difficultés « techniques » et évoqué de « nouveaux mécanismes » qui permettraient d’établir rapidement un répertoire des électeurs.
Même si les autorités sont toujours « dans la dynamique du Ravec », l’âge des personnes concernées a été rehaussé à dix ans, rapporte Moussa Samoura, l’analyste et universitaire.
La version initiale du Ravec est un programme « complexe, laborieux et onéreux » qui risquait « indiscutablement » de retarder le retour à l’ordre constitutionnel pour des années encore, souligne Joachim Baba Milimono.
Des difficultés qui étaient prévisibles, selon l’activiste Abdoulaye Oumou Sow. Les autorités savaient qu’il était « impossible » de réaliser ce recensement général dans le temps impartis pour l’achèvement de la transition, affirme-t-il.
Le président guinéen de transition, le général Mamadi Doumbouya, avait assuré, le 31 décembre 2024, que l’année 2025 serait « une année électorale cruciale » pour le retour à l’ordre constitutionnel. Il n’avait cependant pas honoré son engagement initial de transférer le pouvoir à des civils élus avant fin 2024. Une promesse que le général Doumbouya avait faite au lendemain de son arrivée au pouvoir, le 5 septembre 2021, à la faveur d’un coup d’État ayant renversé le régime d’Alpha Condé.
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