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Guinée : un an après, toujours aucune trace de Foniké Menguè et Billo Bah

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Ouestafnews – C’était il y a un an. Le 9 juillet 2024, Oumar Sylla alias Foniké Menguè et Mamadou Billo Bah, deux figures emblématiques du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), étaient enlevés à Conakry. Leurs familles n’ont toujours aucune information sur leur sort. Le silence des autorités guinéennes alimente l’inquiétude, la colère et les appels à la justice.

L’incertitude demeure entière pour leurs proches, un an jour pour jour après la disparition de Foniké Menguè et de Billo Bah. Les deux militants du FNDC, dissous par la junte en 2022, ont été enlevés le 9 juillet 2024 à Conakry. Ils ont été amenés sans mandat, sous les yeux de leurs familles, par des hommes armés et cagoulés. Selon des témoins, ces hommes appartiennent aux forces spéciales et à la gendarmerie nationale.

Depuis, aucun signe de vie. Aucune communication officielle sur leur sort. Seule une déclaration du procureur général de Guinée, datée du 17 juillet 2024, reconnaissait l’ouverture d’enquêtes « minutieuses et complètes » tout en niant toute arrestation. Mais douze mois plus tard, le mystère est total et la colère monte.

Le 8 juillet 2025, les avocats des épouses des deux disparus ont publié un communiqué parvenu à Ouestaf News et dans lequel ils dénoncent la situation actuelle en dépit des « témoignages précis » d’un rescapé, lui aussi militant du FNDC, et des familles.  L’« inertie fautive » des autorités guinéennes est inacceptable, ajoutent les défenseurs des deux disparus.

« Cette inertie ne peut se comprendre autrement que comme une volonté délibérée de ne pas faire la lumière sur ces faits », plaident les avocats, qui avertissent que les faits sont de nature à « impliquer directement et lourdement les autorités ». D’où la poursuite des démarches entamées devant la Cour pénale internationale (CPI) et l’interpellation directe des autorités françaises jugées trop silencieuses.

De leur côté, 25 organisations guinéennes et internationales de défense des droits humains, parmi lesquelles Amnesty International, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) ou l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’homme et du citoyen (OGDH), exigent toujours des enquêtes indépendantes sur les « disparitions forcées ». Dans une déclaration publiée le 8 juillet 2025, elles appellent les autorités guinéennes à sortir de leur « silence insupportable » et à révéler sans délai le sort des deux activistes.

Lors d’une rencontre virtuelle organisée par Amnesty International le 9 juillet 2025, Me Alpha Amadou DS Bah, président de l’OGDH, a critiqué l’opacité complète de l’enquête annoncée par le procureur général de Guinée en juillet 2024. Un an après l’annonce de l’ouverture officielle du dossier, aucune information n’a été partagée : ni l’état d’avancement, ni l’identité des personnes auditionnées, ni les témoins. Selon lui, cette absence de transparence alimente les doutes sur la volonté réelle des autorités de faire la lumière sur ces disparitions.

Depuis l’enlèvement de Foniké Menguè et Mamadou Billo Bah, des cas similaires se sont multipliés. L’ancien secrétaire général des Mines, Saadou Nimaga, a été enlevé en plein jour. Le journaliste Habib Marouane Camara, administrateur du site Le Révélateur, a disparu en décembre 2024.

En février 2025, c’est Abdoul Sacko, figure du Forum des forces sociales, qui a été retrouvé torturé après son enlèvement. Puis, en juin, Me Mohamed Traoré, ancien bâtonnier de Guinée, a connu le même sort.

Ces enlèvements, souvent suivis de tortures, participent d’un « climat de terreur » dénoncé à l’unisson par les ONG. Le Barreau de Guinée et plusieurs organisations de la société civile s’insurgent contre les menaces visant les défenseurs des droits humains, les journalistes et des opposants au régime militaire.

La FIDH exhorte la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) à « se réveiller » face aux dérives autoritaires du pouvoir guinéen.

Foniké Menguè et Billo Bah incarnaient quelques unes des dernières voix critiques au sein de la société civile guinéenne. En juillet 2024, ils préparaient une manifestation contre la junte afin de dénoncer la répression, la censure et la vie chère. Pour certains, leur disparition a marqué une étape dans la radicalisation du pouvoir militaire face aux dissidences.

Lors de la rencontre virtuelle organisée par Amnesty International sur les disparitions forcées en Guinée, Idrissa Sow, conseiller à la Commission africaine des droits de l’homme et des Peuples, a exprimé sa frustration. Il a regretté l’absence d’« instruments juridiques contraignants » dans les organisations régionales et internationales.

Selon lui, cette faiblesse limite leur action, poussant ces organes à se contenter de simples plaidoyers, de lettres et de décisions de justice sans force exécutoire.

Aujourd’hui, pour retrouver Oumar Sylla et Mamadou Billo Bah, la mobilisation dépasse les frontières de la Guinée. Elle est portée par les familles, des ONG de défense des droits de l’homme et la société civile. Mais en l’absence d’information sur l’enquête lancée en juillet 2024, leur disparition continue d’alimenter un sentiment de dissimulation.

HD/md


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