Laurence Gavron : une « torche qui illuminait la vie » s’est éteinte

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Laurence Gavron (en médaillon), née en France, avait choisi le Sénégal. Elle vient de décéder et a reçu de vibrants hommages de la communauté des arts et lettres de son pays d'adoption./Photo montage-Ouestaf News.

Ouestafnews – La cinéaste, photographe et écrivaine, Laurence Gavron est décédée le 14 septembre 2023 à l’âge de 68 ans à Paris. Mme Gavron, d’origine française fait partie de ces artistes qui ont marqué ces dernières années le paysage culturel sénégalais. Elle fait partie aussi de ces artistes ou hommes de lettres qui, nés sous d’autres cieux, ont décidé de faire du Sénégal leur patrie. Un choix du cœur pour une dame polyvalente qui a consacré l’essentiel de ses activités de femme d’arts et lettres à promouvoir la culture et le patrimoine de son pays d’adoption.

« Je me souviens d’une personne pleine de vie, de joie de vivre et d’amour pour son prochain », résume le réalisateur sénégalais, Amadou Thior dans un court témoignage envoyé à Ouestaf News. M. Thior qui a bien connu Laurence Gavron décrit la défunte comme « une passionnée de culture au sens large ».

Née en 1955 à Paris, Laurence Gavron s’est attachée au Sénégal depuis 30 ans. Elle y a élu domicile. Elle y a lié des amitiés solides. Elle en a fait son terrain d’inspiration et son champ de création artistique. Et pas que le Sénégal des villes, celui des profondeurs aussi.

« Elle aimait beaucoup le Sénégal », rappelle l’artiste peintre et ancien chef de la division art et culture de la mairie de Dakar, Moussa Ndiaye dans un entretien téléphonique avec Ouestaf News. Bien plus ajoute M. Ndiaye, elle était profondément intégrée au point qu’elle se faisait appeler « Sérère bu xees » (la Sérère au teint clair). Les Sérères sont une des communautés historiques qui composent la population sénégalaise.

La photographe et cinéaste, auteur de plusieurs documentaires sur des figures emblématiques de la culture traditionnelle sénégalaise vivait à Dakar depuis 2002. Elle a acquis la nationalité sénégalaise en 2008. Elle est même entrée en politique en 2012.

C’est au Sénégal, son pays de cœur, que Laurence Gavron a réalisé la plupart de ces films documentaires, écrit ses romans et réalisé ses travaux photographiques. Une illustration s’il en était besoin de son attachement au Sénégal, à sa culture, ses arts et son histoire.

« C’est une dame qui était de plusieurs expressions culturelles », renchérit Moussa Ndiaye. D’après ce dernier, l’une des œuvres cinématographiques sur laquelle Laurence Gavron était en train de travailler, porte sur l’intellectuel sénégalais, Alioune Diop, fondateur de la revue « Présence Africaine » et de la maison d’édition du même nom. Son dernier long métrage « Hivernage », qui n’est pas encore sorti, est extrait de son roman éponyme.  

Les facettes de la vie sociale au Sénégal furent, de son vivant, au cœur de la production culturelle et artistique de Mme Gavron, notamment dans plusieurs de ses romans. On peut citer par exemple « Marabouts d’ficelle » (La Baleine, 2000), les polars « Boy Dakar » (Le Masque, 2008) et « Hivernage » (Le Masque, 2009) et « Fouta Street » (Le Masque, 2017) avec qui elle a remporté le Prix du roman d’aventures 2017.

A travers ces riches documentaires, elle a contribué à la préservation « de notre patrimoine culturel et musical », explique Amadou Thior qui la qualifie de « vraie Linguère sénégalaise », en référence au titre que portaient les reines dans certains vieux royaumes sénégalais.

Dans ces films, Laurence Gavron dresse des portraits d’artistes contemporains et célèbres : « Ninki Nanka, le Prince de Colobane », portrait du cinéaste Djibril Diop Mambety (1991) ; «Le Maître de la parole » – El Hadj Ndiaga Mbaye, la mémoire du Sénégal» (2004) ; « Samba Diabaré Samb, le gardien du temple» (2006) ;  « Yandé Codou Sène, Diva Séeréer » (2008).

La cinéaste a également effectué une immersion dans la vie de diverses diasporas établies au Sénégal pour en dépeindre le vécu. Dans ce registre, elle a réalisé en 1999 et 2005 respectivement « Naar bi, loin du Liban », un documentaire sur la communauté libanaise au Sénégal et « Saudade à Dakar », sur les Capverdiens vivant à Dakar et en 2016, «Si loin du Vietnam».

A côté de ces documentaires, son riche travail photographique va à la découverte du Sénégal des profondeurs. C’est ainsi qu’elle réalise une série sur la culture du sel à Palmarin, localité côtière située au centre du Sénégal ; les Peuls dans le Djolof et le Ferlo, zone semi-désertique dans le nord-est ; le travail du coton au Sénégal oriental.

Laurence Gavron, titulaire d’une maîtrise de lettres modernes, option cinéma, en 1977, avait débuté sa carrière comme journaliste et critique de cinéma. Elle a publié des articles ou critiques de films pour différents journaux et revues, notamment « Cahiers du cinéma», « Libération » et « Le Monde ». Elle a aussi travaillé pour la télévision, comme assistante, journaliste et réalisatrice sur « Cinéma, Cinémas », « Etoiles et Toiles », entre autres.

« Un rayon de soleil vient de s’éteindre dans le monde des arts et de la culture », a écrit l’écrivain Mamadou Samb, sur sa page Facebook à l’annonce de son décès.  

« Au nom de l’Etat du Sénégal », le ministre de la culture et du patrimoine historique, Pr Aliou Sow a salué une artiste au « sens fort du mot ». Le poète Amadou Lamine Sall a quant à lui rendu hommage à une dame qui illuminait la vie par son sourire comme « une torche de lumière ».

ON-ts/fd

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