L’efficacité d’un vaccin peut-elle varier d’un pays à l’autre ? (Fact-checking)

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L'efficacité d'un vaccin « ne change pas d'un pays à l'autre, c'est la façon d'utiliser et d'interpréter les données qui varie » Photo-Ouestaf

Ouestafnews – Un médecin sénégalais, Pr Daouda Ndiaye, a estimé qu’un vaccin pouvait être efficace dans un pays et ne pas l’être dans un autre. Qu’en est-il, en cette période où les vaccins contre le Covid-19 suscitent des réactions partagées entre engouement et méfiance ?

Pr Ndiaye est le chef du Département de parasitologie-mycologie de la Faculté de Médecine, de Pharmacie et d’Odonto-Stomatologie de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar.

« Un vaccin peut être efficace dans un pays et ne pas l’être dans un autre », a-t-il déclaré dans un article mis en ligne le 14 janvier 2021 par le journal sénégalais Walfadjri, en expliquant que le virus du Covid-19 continuait de muter et n’avait pas livré tous ses secrets. « Toutefois, quand il y a pandémie, le vaccin reste la solution la plus plausible pour une sortie de crise », avait-il précisé.

Sur quoi s’est-il fondé ?

Sollicité par Ouestaf News, Pr Daouda Ndiaye a confirmé ses propos, et indiqué qu’il s’est exprimé en s’appuyant sur les conditions d’utilisation d’un vaccin qui, selon qu’elles sont respectées ou non par un pays, font qu’un vaccin y est efficace ou pas.

Par exemple, si on dit qu’un vaccin doit être « gardé à moins 80 (°C) ou à moins 20 (°C) » pendant une durée bien précise, il y a des risque qu’il ne soit pas efficace si ces conditions ne sont pas respectées dans un pays, a-t-il expliqué. Alors que dans un autre pays, le même vaccin sera  efficace parce qu’il aura été « bien géré, bien conservé » et « toutes les conditions requises respectées ».

D’après lui, c’est mal interpréter ses propos que de comprendre qu’un vaccin va marcher pour tel parce qu’il est sénégalais, et ne sera pas efficace pour tel autre parce qu’il est béninois ou chinois : « Non, je n’ai pas dit ça ».

Qu’est-ce qu’un vaccin ?

« Un vaccin, c’est une substance qui permet à notre système immunitaire – autrement dit, nos défenses naturelles – de s’entraîner à lutter contre certains microbes (des bactéries ou des virus) et de les détruire quand ils pénètrent dans notre organisme », explique le journaliste français et vulgarisateur scientifique Jamy Gourmaud dans une vidéo consacrée au vaccin publiée le 27 février 2021 sur sa chaîne YouTube. Depuis les années 1990, M. Gourmaud explique des sujets scientifiques avec des mots simples, pour le grand public, sur des chaînes de télévision françaises dont l’émission « C’est pas sorcier », destinée aux enfants.

« Les vaccins stimulent le système immunitaire pour créer des anticorps, de la même manière que s’il était exposé à la maladie. Mais comme les vaccins ne renferment que des formes tuées ou atténuées des germes, virus ou bactéries, ils ne provoquent pas la maladie et n’exposent pas le sujet à des risques de complications », affirme l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) sur son site dans une fiche consacrée aux vaccins et à la vaccination, actualisée le 31 décembre 2020.

« La vaccination est un moyen simple, sûr et efficace de se protéger des maladies dangereuses, avant d’être en contact avec ces affections », indique l’OMS. « La plupart des vaccins sont administrés par injection, mais certains se prennent par voie orale ou par aérosol nasal.»

Comment ça marche ?

Une fois que le vaccin est inoculé, c’est-à-dire introduit dans l’organisme, « c’est le système immunitaire qui réagit », peut-on lire dans la fiche de l’OMS : « Il reconnaît le germe invasif », c’est-à-dire le virus ou la bactérie du vaccin, puis « il produit des anticorps. Ce sont des protéines produites naturellement par le système immunitaire pour combattre la maladie » contre laquelle on se vaccine. Quand, par la suite, il rencontre cette maladie, le système immunitaire va se souvenir d’elle et il peut alors « détruire rapidement (le germe), avant que la personne ne tombe malade ».

Une fois que quelqu’un a reçu une ou plusieurs doses vaccinales contre une maladie, il « demeure protégé contre la maladie concernée pendant des années, des décennies, voire la vie entière. C’est la raison pour laquelle les vaccins sont si efficaces. Plutôt que de traiter le mal, ils permettent d’éviter de tomber malade », précise l’agence onusienne.

Risque de confusion

Dire qu’« un vaccin peut être efficace dans un pays et ne pas l’être dans un autre » peut « prêter à confusion », a estimé Dr Oumar Kassogué, pharmacien malien, biologiste à l’hôpital de Sikasso, au Mali, joint par Ouestaf News. « Il y a un certain nombre de paramètres qui entrent en compte dans l’efficacité d’un vaccin. L’un des premiers éléments, c’est la susceptibilité génétique : les personnes sont de constitutions différentes. Par rapport à la logistique, c’est important dans notre contexte surtout (en Afrique), il faut veiller à ce que toutes les conditions de transport soient réunies, du fabricant jusqu’à l’utilisateur, dans tous les pays » de destination, a-t-il expliqué.

En principe, selon Dr Kassogué, « dans chaque coffret de vaccins » qu’ils livrent, les fabricants « vous donnent les performances, ils vous donnent les études qui ont été faites, ils donnent ce qu’ils appellent la sensibilité et la spécificité, toute la performance du vaccin, sous-tendue avec les résumés » d’études préalables. En principe, quand un pays ou un organisme acquiert des doses d’un vaccin, il s’assure « que tout ce qui doit être fait a été fait » en amont, et s’organise pour que cela soit le cas jusqu’à ce que le vaccin soit administré.

D’après le pharmacien biologiste malien, il peut arriver que certains individus vaccinés attrapent la maladie contre laquelle ils étaient censés être immunisés pour des raisons liées aux éléments évoqués, mais cela se constate peu à l’échelle de tout un pays. Exemple : « dans les programmes élargis de vaccination, normalement, tous les enfants doivent avoir le vaccin contre l’hépatite B », indique Dr Kassogué. Cependant, « on a fait des études qui montrent que chez certains enfants, bien qu’ayant été vaccinés, le vaccin n’a pas réussi. Donc, on est en train d’analyser, est-ce que le vaccin a été bien conservé, est-ce que la personne qui a effectué l’acte même (la vaccination), est-ce qu’elle a été bien formée, est-ce qu’elle sait faire ? », entre autres questions. Il faut donc examiner plusieurs paramètres « pour réellement pouvoir » se prononcer sur ces cas spécifiques.

Avis divergents

En France, l’organisation Les Entreprises du Médicament (le LEEM) regroupe, selon son site, plus de 260 sociétés de ce secteur. De même source, elle s’est dotée depuis 2003 d’un « Comité Vaccins » qui « réunit toutes les entreprises du médicament agissant dans le domaine des vaccins en vue de mieux faire reconnaître la valeur et la spécificité des vaccins en termes de Santé publique et de prévention auprès des sujets sains » notamment.

Ouestaf News a demandé au LEEM si, selon son Comité Vaccins, un vaccin pouvait « être efficace dans un pays et ne pas l’être dans un autre ».

« Dans une étude, le chiffre de l’efficacité d’un vaccin est une moyenne des résultats chez les différents individus de l’étude. Il peut certes exister des différences de réaction à un vaccin entre les individus mais cela est lissé à grande échelle », a répondu l’organisation dans un échange par courrier électronique.

L’efficacité d’un vaccin « ne change pas d’un pays à l’autre, c’est la façon d’utiliser et d’interpréter les données qui varient, notamment pour s’adapter aux priorités fixées en termes de politique de santé nationale », a affirmé cette association de professionnels du secteur pharmaceutique. « Pour comprendre ce qui explique les divergences nationales face à un vaccin, il faut revenir à son évaluation. Ce sont des choix liés à la politique vaccinale de chaque pays.»

Le LEEM a produit une importante documentation sur les vaccins, incluant la brochure “50 questions sur les vaccins” en 2018 et depuis le premier trimestre de 2021, une série de vidéos d’animation sur le sujet. Dans ce film d’une minute et 13 secondes mis en ligne le 12 mars 2021, le LEEM explique les différentes phases que suit un vaccin lors de son développement, permettant notamment de voir qu’il est efficace et bien toléré avant d’être « mis à la disposition de la population ». Et même après, il continue d’être étroitement surveillé tout au long de son utilisation », comme « c’est le cas des vaccins actuellement disponibles contre la Covid-19 ».

Tous les vaccins pas efficaces à 100 %

Cependant, tous les vaccins ne sont pas efficaces à 100 %, à en croire l’OMS, la littérature et les experts.

« L’efficacité de la vaccination n’est pas optimale pour tous les vaccins et ce, pour différentes raisons », peut-on lire sur InfoVac-France, une plateforme d’information sur les vaccinations créée par des associations et médecins français et suisses. Elle est animée par leur réseau d’experts, selon le site.

« En premier lieu, il peut arriver (rarement) que certaines personnes ne répondent pas aux vaccins et qu’elles ne soient donc pas protégées. On peut également observer une réponse peu efficace de certains vaccins dans des situations précises, tel un vaccin contre la grippe, fabriqué six mois avant l’épidémie, et qui finalement ne contient pas tous les virus qui vont circuler » par la suite, selon InfoVac. « Enfin, la plupart des vaccins ne permettent pas une immunité à vie et seule la rigueur dans l’administration des injections de rappel peut permettre d’assurer une protection à long terme. »

Toutefois, assure l’OMS, « les vaccins sont sûrs et leurs effets secondaires sont en général mineurs et temporaires, comme un bras endolori ou une faible fièvre. Des effets indésirables plus sérieux sont possibles, mais extrêmement rares ». Dans ce dernier cas, elle évoque un risque « de un pour un million ». « Les avantages de la vaccination dépassent (…) de loin les risques et il y aurait bien plus de cas de maladie et de décès sans les vaccins », insiste-t-elle.

Déclaration ambiguë

La déclaration du Pr Ndiaye faite en janvier 2021, estimant qu’un vaccin pouvait être efficace dans un pays et ne pas l’être dans un autre, peut au moins prêter à confusion, selon le pharmacien biologiste malien, Dr Oumar Kassogué, de l’hôpital de Sikasso, interrogé par Ouestaf News.

Sollicité sur le même sujet, le LEEM, organisation de professionnels du secteur des médicaments en France comprenant des acteurs du domaine des vaccins, a répondu qu’il pouvait « exister des différences de réaction à un vaccin entre les individus » mais que cela était « lissé à grande échelle »: l’efficacité d’un vaccin « ne change pas d’un pays à l’autre, c’est la façon d’utiliser et d’interpréter les données qui varie ».

Selon l’OMS, des experts et la littérature, tous les vaccins ne sont pas efficaces à 100 %, et ils peuvent provoquer des effets secondaires mineurs ou, dans des cas rares, des réactions graves. « La plupart des vaccins ne permettent pas une immunité à vie », d’après InfoVac-France, une plateforme d’information sur les vaccinations animée par des experts de santé européens.

CS/fd/ts

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