Liberté de presse : le Sénégal dégringole, l’Afrique de l’ouest mal en point

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Ouestafnews – Malgré quelques progrès notés, les conditions d’exercice du journalisme sont « mauvaises » et à « haut risque » en Afrique de l’Ouest. La situation de la liberté de presse y reste « très grave » dans plusieurs pays. C’est ce que révèle le dernier rapport de Reporters sans frontières (RSF).

Souvent cité comme modèle régional en matière de liberté de la presse en Afrique de l’Ouest, le Sénégal vient de signer la perte de son lustre d’antan. Dans le rapport annuel de Reporter sans frontières (RSF), publié ce 3 mai 2023 le Sénégal est classé à la 104è place sur 180, soit une régression de 31 places par rapport au classement de l’année dernière. C’est la plus importante chute enregistrée en Afrique de l’Ouest.

La dégringolade du Sénégal s’explique par les « poursuites » récurrentes contre les journalistes et « la forte dégradation » de leurs conditions « sécuritaires », note l’ONG, défenseure de la liberté de la presse et de la sécurité des journalistes dans le monde.

En novembre 2022, le journaliste Pape Alé Niang a été interpellé par les éléments de la Sureté urbaine de Dakar. Il était poursuivi pour « divulgation, sans autorisation, de documents militaires et recel de documents administratifs estampillés – secret – ». Il avait été placé sous mandat de dépôt le 9 novembre par le procureur de la République avant d’obtenir une liberté provisoire le 14 décembre, soit un mois après.

Le journaliste-chroniqueur judiciaire à Wal Fadjri, Pape Ndiaye avait été également interpellé et arrêté pour « outrage à magistrat » et « diffusion de fausse nouvelle » le 7 mars 2023. Le journaliste avait donné des informations erronées sur le fonctionnement de la magistrature dans le cadre du procès de l’opposant Ousmane Sonko, avant de laisser entendre qu’il a été induit en erreur par ses sources et de déclarer qu’il était prêt à faire « amende honorable », selon les médias sénégalais.

A l’image du Sénégal, la Sierra Leone et le Burkina Faso ont aussi enregistré un recul dans le classement. Le premier a perdu 28 places, passant de la 46e à la 74e. Le second se retrouve au 58e rang, contre 41e, auparavant, soit 17 places perdues.

Selon RSF, les 28 places perdues par la Sierra Leone, sont les conséquences des interpellations, des menaces contre les journalistes et des intimidations en ligne. En avril 2022, le journaliste de la télévision privée « Africa Young » travaillant sur plusieurs enquêtes a été victime d’une tentative d’assassinat avec sa famille à son domicile, au nord du pays. 

Même si c’est un pays en proie à une crise sécuritaire et une instabilité politique, le recul du Burkina Faso, est tributaire de la suspension jusqu’à nouvel ordre de deux médias internationaux et l’expulsion de plusieurs journalistes étrangers, explique RSF.

En décembre 2022 et mars 2023, les chaînes de télévision d’information RFI (Radio France internationale) et France 24 avaient été suspendues sine die. 

Le Togo, le paradoxe

A côté de ces situations difficiles pour la presse et les journalistes en Afrique de l’Ouest, d’autre pays ont connu une légère amélioration en matière de liberté de la presse. Le Togo arrive en tête dans la sous-région avec la progression la plus remarquable. Le pays est passé de la 100e à la 70e place mais reste dans la catégorie des pays à situation « problématique ».

Ce bond en avant du Togo s’explique entre autres, selon Rsf, par l’adoption en 2020 d’une loi garantissant l’accès à l’information et l’indépendance du journalisme. Ce nouveau code de la presse ne prévoit plus de peine privative de liberté en matière de délit de presse.

Malgré l’avancée notée au Togo, RSF regrette que la situation de la liberté de presse y soit toujours dépendante du contexte. La sécurité des journalistes y reste un problème préoccupant. En janvier 2023, le tribunal de Lomé a lancé un mandat d’arrêt international contre FerdinandAyité et IsidoreKouwonou. Respectivement directeur de publication et rédacteur en chef du bihebdomadaire et média en ligne L’Alternative, les deux journalistes ont été condamnés par défaut le 15 mars 2023 à trois ans de prison ferme et à une amende de trois millions FCFA pour « outrage à l’autorité » et « propagation de propos mensongers sur les réseaux sociaux ». 

La Guinée-Bissau, pays connue pour son instabilité politique chronique, a tout de même enregistré une progression de 14 places, passant de la 92e à la 78e. Le Libéria a également engrangé neuf places et se retrouve à la 66e du classement.   

Le Cap-Vert (33e), la Gambie (46e) et la Côte d’Ivoire (54e) figurent en tête de liste des pays d’Afrique de l’Ouest en matière de liberté de la presse. Les deux premiers pays sont les seuls dans la zone jaune du classement c’est-à-dire « une situation plutôt bonne ».

Le Bénin, le Mali et le Nigeria restent toujours classés dans la zone « rouge » : la situation de la presse et des journalistes dans cette catégorie, est considérée comme « très grave », par RSF.

Sur le contient, l’Afrique de l’Ouest domine la liste des pays qui jouissent d’un score et d’un rang passable. La zone compte dans le top 10 africain sept pays. Il s’agit du Cap-Vert, de la Gambie, de la Côte d’Ivoire, du Burkina Faso, du Niger, du Ghana, et du Libéria.

Le classement 2023 de RSF a été établi sur cinq critères : contexte politique, cadre légal, contexte économique, contexte socioculturel et sécuritaire. Cette année 180 pays figurent dans ce classement.   

ON/fd/ts

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