Accueil Fact-checking L'oignon cru, remède au hoquet ? (Fact-checking)

L’oignon cru, remède au hoquet ? (Fact-checking)

Ouestafnews – Un message circulant via WhatsApp en Afrique de l’Ouest depuis plusieurs mois invite ceux qui souffrent de hoquet à consommer de l’oignon cru pour s’en débarrasser, avec « effet instantané ». Qu’en est-il ?

Le texte, avec des fautes d’orthographe et de ponctuation, est ainsi écrit : « le hoquet, un malaise qui peut tuer, et pour le guérir, très simple manger de l’oignon cru, cela produit un effet instantané, partager pour sauver des vies ». Il comporte l’icône à deux flèches et la mention : « Transféré de nombreuses fois », que WhatsApp affiche, selon cette application, « lorsqu’un message est transféré à travers une chaîne de cinq discussions ou plus, signifiant qu’il a été transféré par au moins cinq personnes différentes d’affilée depuis son origine ».

Des interlocuteurs au Mali et au Sénégal ont indiqué l’avoir reçu, sans que Ouestaf News puisse remonter à son origine ou savoir depuis combien de temps il circulait dans ces pays.

Capture d’écran du message sur les prétendues vertus de l’oignon cru contre le hoquet circulant via WhatsApp, vérifié par Ouestaf News.

Qu’est-ce que le hoquet ?

« Le hoquet est une contraction involontaire et répétée du diaphragme, associée à une fermeture de la glotte », une partie du larynx, explique Futura, site français de vulgarisation scientifique. Le diaphragme est un muscle situé entre les poumons et l’estomac. Le larynx assure la circulation de l’air entre les poumons et l’extérieur du corps.

Quand on inspire, le diaphragme se contracte : il appuie sur l’estomac et les poumons se remplissent d’oxygène. Quand on expire, le diaphragme se détend : il appuie sur les poumons, qui se vident d’air. Et Le hoquet survient quand le mécanisme se dérègle : le diaphragme se contracte et se détend irrégulièrement, comme l’illustre cette vidéo pédagogique de la chaîne de télévision franco-allemande Arte mise en ligne le 30 avril 2019.

Qu’est-ce qui le déclenche ?

Dr Cornelius Woelk, médecin canadien, a consacré un article à la prise en charge du hoquet, publié en 2011 et en accès libre sur le site du Centre national d’information sur les biotechnologies (NICB, pour National Center for Biotechnology Information), structure publique des Etats-Unis.

Selon lui, « il existe plusieurs causes possibles du hoquet, dont la plupart sont de nature gastro-intestinale », et jusqu’à la publication de son article, les recherches n’avaient pas permis de « (l’)élucider scientifiquement ».

Oignon cru, remède avec effet instantané ?

Alain Bougouma, professeur de médecine, est hépato-gastroentérologue (il traite les maladies des organes de la digestion) au Centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo, à Ouagadougou, au Burkina Faso. Selon lui, rien ne permet, à sa connaissance, de certifier que la consommation d’oignon cru a des vertus contre le hoquet.

« Cela n’a aucun fondement médical ou scientifique », a déclaré Pr Bougouma, sollicité par Ouestaf News au sujet du message WhatsApp. « Le hoquet a ses causes, qui peuvent être nombreuses, mais pour toutes ces différentes causes, l’oignon n’a pas de composante qui puisse faire arrêter » ces contractions involontaires, « en tout cas, je n’ai pas eu vent de cela jusqu’à présent », a-t-il ajouté.

Victorien Tamegnon Dougnon, microbiologiste, est le chef de l’Unité de recherche en microbiologie appliquée et pharmacologie des substances naturelles (URMAPha) à l’Université d’Abomey-Calavi, au Bénin. Lui également affirme que l’allégation du message WhatsApp ne repose pas sur des preuves scientifiques.

« En fait, cette assertion-là vient de ce qu’on appelle des recettes de grand-mère », a indiqué Dr Dougnon qui, avec son équipe, « explore la flore africaine » et met au point « des médicaments traditionnels améliorés ».

Le scientifique béninois souligne que des vertus sont attribuées à certaines plantes à des fins médicinales dans nos pays mais, pour lui, qu’il s’agisse du hoquet ou d’une autre maladie, « c’est toujours hasardeux de se lancer comme ça, tête baissée, dans un traitement à base de plantes ». Cela vaut également pour un légume ou un fruit présenté comme un traitement miracle.

« Quelle est la quantité nécessaire pour venir à bout du mal (que la plante, le légume ou le fruit est censé pouvoir soigner, NDLR) ? On n’en sait rien tant qu’on ne l’a pas testé scientifiquement, tant qu’on n’a pas isolé ce principe actif, tant qu’on ne l’a pas concentré et mis à disposition de la population », a poursuivi Victorien Tamegnon Dougnon.

« Nous avons une multitude de réactions biochimiques dans l’organisme de tout un chacun. (…) La science pourra nous dire : +Ecoutez, dans telle plante, il y a tel principe actif qui est toxique à partir de telle dose+. Tant qu’on n’a pas ces notions-là, c’est toujours un processus hasardeux » de vouloir se soigner sur la base de propos comme ceux du message WhatsApp, a-t-il soutenu.

Alors, quel est le traitement du hoquet ?

« Les hoquets sont un phénomène commun et ne doivent être traités que lorsqu’ils deviennent persistants et dérangeants », précise Dr Cornelius Woelk dans son article.

Selon le médecin canadien, à l’époque de la publication de son article, il n’y avait « pas eu de grandes études contrôlées randomisées ni de déclarations consensuelles sur le traitement du hoquet. Par conséquent, les stratégies thérapeutiques médicales demeurent plutôt empiriques. La plupart de nos connaissances sur l’utilisation des médicaments pour le hoquet viennent de rapports de cas et de petites séries d’observations de patients ».

La science ne semble pas plus avancée depuis 2011, à en croire la littérature. Il est « difficile de trouver des études scientifiques fiables sur les remèdes » du hoquet, constatait le magazine Québec Science dans un article sur les causes du hoquet et les moyens de « s’en débarrasser », publié le 17 mai 2018. « Les remèdes de grands-mères pour faire passer le hoquet sont aussi variés que loufoques. C’est la preuve que le hoquet reste en partie un mystère, tant pour les grands-mères que pour les scientifiques ! »

Aucun fondement scientifique

Un message circulant via WhatsApp prétend que la consommation d’oignon cru guérirait « instantanément le hoquet ». Cette affirmation ne repose sur aucun fondement scientifique ou médical, ont indiqué à Ouestaf News deux spécialistes : le médecin burkinabè Alain Bougouma, qui traite les maladies des organes de la digestion au Centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo de Ouagadougou, et le microbiologiste béninois Victorien Tamegnon Dougnon, chef d’une unité de recherche à l’Université d’Abomey-Calavi.

Ouestaf News n’a, par ailleurs, trouvé dans la littérature aucune étude scientifique fiable sur le sujet.

Selon Dr Victorien Tamegnon Dougnon, « cette assertion-là vient de ce qu’on appelle des recettes de grand-mère » et, en l’absence de preuves médicales ou scientifiques, il est toujours « hasardeux » d’entreprendre de se soigner sur la base de ce genre d’allégation.

CS

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