Ndèye Codou Diakham, enseignante et championne de causes sociales à Diouroup (Portrait)

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Ndèye Codou Diakham, en pleine action dans sa classe, à l’école Diégane Dibo Diouf à Diouroup, situé à une douzaine de kilomètres de Fatick (centre). Crédit photo : E-jicom.

Ouestafnews (en collaboration avec E-jicom Info) – C’est une femme aux multiples casquettes que nous avons rencontrée à Diouroup, une ville de la région de Fatick, dans le centre-ouest du Sénégal. Ndèye Codou Diakham arpente inlassablement les routes poussiéreuses de sa commune où elle est institutrice. Une charge qu’elle cumule avec celle de conseillère municipale, tout en s’activant aussi dans le petit commerce et l’élevage, sans compter des initiatives bénévoles en faveur des filles, des femmes et de leurs familles.

« J’ai voulu être utile à ma Nation depuis mon jeune âge », nous confie Ndèye Codou Diakham, quinquagénaire de taille moyenne arborant d’étincelantes lunettes. Nous l’avons rencontrée à Diouroup, à une douzaine de kilomètres de la ville de Fatick, chef-lieu de la région.

Ici, certains l’appellent « Madame Ndour », de son nom d’épouse. Elle semble manifestement respectée et appréciée par beaucoup, incluant ses élèves et collègues enseignants de l’école Diégane Dibo Diouf, où nous l’avons suivie le 8 mars 2024.

« Bonjour Madame ! », ont lancé les élèves de CM1 (Cours moyen 1, école élémentaire) qu’elle encadre à son arrivée de bonne heure en classe, une salle avec de la chaux vive sur des murs en terre ocre. Durant son cours, ils sont nombreux à lever la main, claquant des doigts pour attirer son attention et être autorisés à répondre.

Comme chaque 8 mars, elle organise un événement pour célébrer la Journée internationale des droits des femmes, donnant lieu à travers le monde à diverses manifestations. L’occasion de réunir instituteurs et institutrices qui voient en elle une source d’inspiration.

À ses heures perdues, Ndèye Codou Diakham fait un petit commerce, ainsi que de l’élevage, et elle initie certaines femmes de la localité à ces deux activités. En outre, elle a occupé et occupe toujours des postes de responsabilité à Diouroup, où, dans la rue, on la salue, on lui sourit, on l’interpelle – « Madame Ndour ! » -, on l’arrête pour discuter avec elle, sans se préoccuper du soleil ardent.

Tel père, telle fille

« Mon amour pour l’enseignement vient de l’engagement que je voyais en mon père », un enseignant originaire du village de Soum, dans le département de Foundiougne, également dans la région de Fatick, raconte Ndèye Codou Diakham. Il fut « le premier fonctionnaire » de Soum, ajoute-t-elle. C’est lui qui l’a inspirée, par les valeurs qu’il lui a inculquées, « sa manière de gérer et sa routine ». En plus d’être fille d’enseignant, cette mère de quatre enfants est aussi épouse d’enseignant.

Son époux, Alioune Ndour, ne tarit pas d’éloges sur elle. « Nous avons construit une maison grâce à elle, elle m’a aidé à trouver ce terrain », « elle veille énormément à l’éducation de nos enfants, explique-t-il. Elle l’appuie dans les moments difficiles, « c’est une battante », clame-t-il, tandis que la concernée, elle, se réjouit de la compréhension de son époux et de l’implication de ses enfants dans toutes les tâches au quotidien.

Pour suivre les pas de son père, Ndèye Codou Diakham commence à s’occuper bénévolement d’enfants, alors qu’elle était lycéenne, au point de transformer parfois en refuge le domicile familial à Soum, surtout pour des filles, se souvient-elle. « Je faisais la classe de terminale. À l’époque, je voyais les enfants qui n’avaient pas l’âge d’aller à l’école errer un peu partout dans le village », et d’autres, plus âgés, « n’avaient pas les moyens de poursuivre leurs études », poursuit-elle. Pour certaines filles, « chez elles, souvent, c’était la maison. Aujourd’hui, je ne le regrette pas. Certaines d’entre elles travaillent, et c’est une fierté pour moi ».

 Une vie dédiée à la scolarisation des filles

Il y a de quoi être fier car, d’après une étude rapportée en avril 2023 par le magazine The Conversation, « seule une fille sur trois atteint l’école secondaire au Sénégal ». C’est le Centre africain de recherche sur la population et la santé (The African Population and Health Research Center, APHRC) qui a mené cette « étude de deux ans sur l’éducation et le bien-être des filles » dans ce pays de quelques 18 millions d’habitants, a indiqué The Conversation à propos de ce travail le 13 avril 2023.

 « Nos résultats montrent qu’en dernière année d’école élémentaire, le taux d’abandon est de 26,7 % pour les filles et de 22,2 % pour les garçons. Nous avons constaté que les difficultés financières des ménages constituent l’un des obstacles à l’achèvement de la scolarité des filles et des garçons », a expliqué un des auteurs de l’étude, Benta A. Abuya. En plus des problèmes financiers, a ajouté Abuya, « nous avons également constaté une préférence pour l’éducation des garçons par rapport à celle des filles. Dans les ménages aux moyens financiers limités, les garçons sont plus souvent envoyés à l’école, au détriment des filles ».

Un des chevaux de bataille de Ndèye Codou Diakham, c’est la scolarisation des filles. Elle estime que Diouroup a « gagné le pari » en la matière, grâce notamment aux actions menées dans le cadre d’une organisation dite Scofi, pour la « Scolarisation des filles », dont elle est une responsable. Pour Scofi, « ma mission est de sillonner les artères de la commune afin de trouver des filles en situation de non-scolarisation. La seconde étape est de faire des entretiens avec des parents afin de les convaincre que leurs filles doivent rejoindre les classes. Si l’on parvient à franchir ces étapes, il y a un suivi de maintien dans lequel nous sensibilisons tout le temps les parents », explique l’enseignante. Une mission « difficile » et de longue haleine, tant il y a des pesanteurs sociales. « Certains parents nous disaient que si leurs filles partaient à l’école, les travaux ménagers seraient difficiles pour la mère », indique Ndèye Codou Diakham. Selon elle, la Scofi utilise « parfois ses maigres moyens pour soutenir, à titre d’exemple, des enfants qui n’ont pas d’extrait de naissance et des filles qui ont des difficultés avec les fournitures » scolaires.

Ses efforts pour la scolarisation des filles ne visent pas seulement l’école élémentaire : « J’ai constaté que les filles baissent le bras une fois au secondaire », avance-t-elle, se donnant pour nouvelle mission de « travailler en équipe » avec des structures du moyen et du secondaire pour permettre aux files de maintenir « la ligne de l’excellence ».

Latyr Faye, instituteur à Diouroup, confirme les bons résultats de la mobilisation de Ndèye Codou Diakham pour envoyer les filles à l’école et les y maintenir. Grâce à ses efforts avec la Scofi, « la courbe a basculé en faveur des jeunes filles qui occupent souvent les premiers rangs dans les classes et elles redoublent moins », déclare M. Faye. Grâce aux efforts de  Ndèye Codou Diakham « aujourd’hui, les filles sont plus nombreuses dans les classes de cet établissement et les autres écoles de la commune. »

« Tête pensante » d’initiatives solidaires

Mbissine Sène, une quadragénaire rencontrée sur le chemin du marché, se fait également l’écho des résultats de l’engagement de Ndèye Codou Diakham. « Elle a soutenu ma fille dans toutes ses entreprises scolaires », rapporte Mme Sène.

Wally Diouf directeur nouvellement affecté à l’école où enseigne Ndèye Codou Diakham, ne tarit pas d’éloges non plus pour celle qui, d’it-il, l’épaule le plan pédagogique avec la formation de certains enseignants et sur le plan social. « Elle l’instigatrice de toutes les belles initiatives et organisations dans cette école », affirme-t-il, ému.

Ali Cissé Ndior, également enseignant de Diouroup, a succédé à Ndèye Codou Diakham à la tête de la cellule d’animation des enseignants. M. Ndior témoigne : « Ndèye Codou Diakham a su  créer une union solide entre les enseignants, nous inspirer l’esprit d’équipe et faire de nous des acteurs engagés dans les œuvres  sociales ».

Future maire ou députée pourquoi pas ?

Autant de choses qui ont sans doute valu à Ndèye Codou Diakham d’être élue en 2022 conseillère municipale de sa commune au sein de la coalition Benno Bokk Yakaar, formée autour du parti de l’ex-président sénégalais (2012-2024) Macky Sall.

Depuis sa victoire aux locales, Ndèye Codou Diakham pousse – avec succès, dans certains cas – la mairie à prendre des initiatives visant « à rendre les femmes autonomes », que ce soit pour les besoins alimentaires de leurs familles ou dans le cadre de projets de développement, assure Mamadou Diouf, son collègue conseiller municipal, également élu en 2022.

L’enseignante compte se mettre en lice aux prochaines élections, visant un poste de maire ou de député, révèle-t-elle. « Je veux mieux servir ma commune » et, à ces postes, « pouvoir mieux défendre la cause des femmes et des jeunes filles, avec des projets de développement concrets ».

BMC/cs

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