Niger : urgence humanitaire face aux sanctions

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A cause des sanctions de la Cedeao la situation humanitaire s’aggrave de plus en plus au Niger. Des ONG internationales demandent des mesures « d’exemption humanitaire » pour sauver des populations devenues vulnérables. /Photo-Ouestaf News.

Ouestafnews – Plus de cinq mois après la prise des sanctions contre le Niger, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) ne décolère pas. Elle a maintenu ses mesures de restrictions à l’issue du 64è sommet de ses chefs d’Etat le 10 décembre 2023. Mais face à l’imminence d’une crise humanitaire, des ONG internationales basées dans le pays sonnent l’alerte et invitent la Cedeao à prendre des mesures « d’exemptions humanitaires ».

« Des exemptions humanitaires atténueraient les souffrances des Nigériens ayant un besoin urgent d’aide humanitaire », indique un communiqué commun signé par une dizaine d’organisations de la société civile œuvrant dans l’humanitaire au Niger et parvenu Ouestaf News.

Ces organisations alertent sur la situation qui s’aggrave de « jour en jour ».

La non-prise en compte des « impératifs humanitaires » dans le maintien des sanctions a « des conséquences directes pour les populations nigériennes, comme la rareté des liquidités et la difficulté de s’approvisionner en nourriture », indique le représentant humanitaire des ONG internationales au Niger, Mohammed Chikhaoui.

Le 5 décembre 2023, alors que la Cedeao s’apprêtait à se réunir pour une session ordinaire de ses chefs d’Etat, ces ONG avaient invité l’organisation sous régionale à adopter des « exceptions », afin de garantir l’acheminement de « l’aide » vers les civils du pays.   

Faisant fi de cet appel, la Cedeao a décidé de maintenir ses sanctions économiques et financières prises après le putsch du 26 juillet 2023 contre le président Mohamed Bazoum. Dans le communiqué final de son 64è sommet annuel, consulté par Ouestaf News, la Cedeao réaffirme la reconduction de ses sanctions : fermeture des frontières, suspension des transactions financières et commerciales entre ses Etats membres et le Niger.

Le 13 août 2023, les autorités de la transition au Niger avaient qualifié ces sanctions d’« illégales, inhumaines et humiliantes qui vont priver le pays de produits pharmaceutiques, de denrées alimentaires ».

Quatre mois après, les organisations humanitaires préviennent que le maintien de ces sanctions risque, « de compromettre sérieusement l’accès à l’assistance médicale, à la nourriture et d’autres besoins essentiels pour les populations les plus vulnérables ». 

« Si ces sanctions sont maintenues trop longtemps, nous allons manquer des produits essentiels dans les deux prochains mois », alertait déjà début novembre 2023 le secrétaire général du Conseil national de l’ordre des pharmaciens du Niger, Dr Amadou Seyni Moustapha, dans un entretien avec Ouestaf News.

En plus du déficit de produits pharmaceutiques, les sanctions ont engendré le blocage de plusieurs camions de vivres aux frontières avec le Bénin et le Nigeria. Ce qui a entrainé une hausse des prix des denrées alimentaires au Niger.

Pays enclavé, le Niger se ravitaille en produits à partir de ses voisins nigérian et béninois.

Le « blocage des camions alourdit les taxes à payer par les commerçants, du coup cela se répercute sur les prix des produits », expliquait en novembre 2023 le président du Syndicat des importateurs et exportateurs du Niger, El Hadj Yacouba Dan Maradi, dans un entretien avec  Ouestaf News.  

Le kilogramme de sucre blanc qui était à 600 FCFA est passé à 1.000 FCFA en novembre 2023. Le lait en poudre de 500 grammes est passé de 1.750 à 2.500 FCFA et le litre d’huile a bondi de 800 à 1.200 FCFA.

Lire aussi : Sanctions de la Cedeao contre le Niger : les populations résistent

Selon les ONG internationales au Niger, plus de « deux millions de personnes » ont été confrontées à l’insécurité alimentaire entre octobre et décembre 2023. « Ce qui a contraint 15 % de la population à déménager, faute d’accès à la nourriture ou à l’assistance », font-elles savoir dans le communiqué. Elles appellent ainsi la Cedeao à l’ouverture des frontières entre le Bénin et le Niger, fermées à l’aide humanitaire.

« Nous renouvelons notre appel à toutes les parties pour garantir qu’un accès efficace et ininterrompu à une aide indispensable parvienne aux personnes vulnérables », invitent-elles.

Assouplissements

Malgré le maintien des sanctions, la Cedeao se dit favorable à un éventuel assouplissement de ses mesures. Pour cela, elle a mis en place un comité restreint composé des présidents du Bénin, du Togo et de la Sierra Leone pour négocier avec le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), dirigé par le général Abdourahamane Tiani.  

« Sur la base des résultats des discussions du comité des chefs d’État avec le CNSP, la conférence pourra envisager un assouplissement progressif des sanctions imposées au Niger », précise la Cedeao dans son communiqué final.

Mais « si le CNSP ne se conforme pas aux conclusions des discussions avec le comité, la Cedeao maintiendra l’ensemble des sanctions », précise l’organisation sous régionale, tout en demandant la libération « immédiate et sans condition » du président Bazoum toujours retenu par les putschistes.

Les autorités nigériennes doivent s’engager sur « une courte feuille de route pour la transition » vers « le rétablissement rapide de l’ordre constitutionnel », indique le président de la commission de la Cedeao, Omar Touray, cité par l’Agence France presse.

ON/fd/ts

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