Parrainage au Sénégal : tactique politicienne ou réforme salvatrice ?

Sénégal : les deux DPG de Mahammed Dionne lues entre les lignes
Le Premier ministre sénégalais, Abdallah Dionne à l'Assemblée nationale. Photo/Ouestafnews

Ouestafnews – L’Assemblée nationale sénégalaise, a finalement voté le projet de loi, très controversé, sur le parrainage intégral des candidatures aux élections.

«Adopté, avec plus que la majorité requise», c’est en ces termes que le président de l’Assemblée nationale sénégalaise Moustapha Niasse a sonné l’épilogue d’une journée de vives tensions, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’hémicycle.

Décriée par la quasi-totalité de l’opposition politique et une partie de la société civile, le parrainage citoyen et intégral fait donc son entrée dans la constitution.

«Tout candidat investi par un parti politique légalement constitué, coalitions de partis politiques légalement constitués ou qui se présente en candidat indépendant est astreint au parrainage de sa candidature par 1% d’électeurs du fichier général. Une partie de ces électeurs doit obligatoirement provenir de sept régions à raison de deux mille au moins par région », indique le projet de loi qui a été voté par la majorité présidentielle au parlement.

Lors du vote de ce projet de loi, un amendement a été fait sur le taux de 1%. Les pourcentages finalement retenus se situent entre 0,8 et 1%. Le fichier électoral au Sénégal compte actuellement 6,5 millions d’inscrits. La conditionnalité du parrainage (jusqu’ici réservée aux candidats indépendants à qui la loi demandait 10 milles signatures) devient donc intégrale et concerne toutes les élections (présidentielles, législatives, départementales et municipales).

La séance du vote à l’Assemblée a permis à une partie de l’opposition sénégalaise qui y est représentée de croiser le fer avec la majorité pendant les huit heures qu’a duré la plénière.

D’autres leaders comme l’ancien Premier ministre Abdoul Mbaye, ainsi que d’autres responsables politiques de l’opposition, ont quant à eux investi les rues en compagnie de leurs militants, en vue d’obtenir le retrait de ce texte. Ils ont été arrêtés et conduit au commissariat central de Dakar au moment où un débat houleux se tenait à l’Assemblée nationale.

Un mal ou un bien

«Je déplore bien entendu le timing, le projet est introduit à dix mois de l’élection présidentielle et bien entendu cela prête à confusion, d’autre part le parrainage est une bonne chose pour assainir l’espace politique », estime Babacar Ndiaye, coordonnateur de « Wathi », qui se définit comme un think tank «citoyen» ouest africain, basé à Dakar.

La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cedeao, 15 pays) proscrit à ses Etats membres toute modification non consensuelle des lois électorales à six mois d’un scrutin.

De l’avis de M. Ndiaye, qui répondait aux questions d’Ouestafnews, avec un nombre restreint de candidats, «on aura l’occasion d’instaurer un vrai débat de fond, et les partis vont élaborer des programmes dignes de ce nom».

Dans une contribution parue dans la presse, l’avocat Amadou Aly Kane, tout en acceptant le principe du parrainage, recommande toutefois, une procédure allégée pour certains partis politiques. « Un parti représenté à l’Assemblée nationale a donné la preuve de sa légitimité populaire », soutient-il.

Pour les tenants et partisans du pouvoir, il s’agit d’un moyen de «rationaliser» les candidatures. Cet argument est maintes fois revenu dans les propos du ministre de la Justice, Ismaël Madior Fall.

Au sein des opposants par contre l’on est convaincu que le président Macky Sall à travers cette modification de loi électorale ne vise qu’à éliminer des adversaires et se donner plus de chance pour une réélection en mars 2019.

Pour Me Madické Niang, député et membre du Parti Démocratique Sénégalais (PDS, ex-parti au pouvoir), on aura assisté à une « forfaiture » de la majorité. Une telle disposition qui touche à la candidature devrait, pour plus de légitimité, être soumise à un référendum, selon Me Niang.

L’histoire du parrainage au Sénégal

Ce pays de 15 millions d’habitants, comptait en mars 2016, 258 partis officiellement enregistrés, selon l’ancien ministre de l’Intérieur Abdoulaye Daouda Diallo. Aujourd’hui des statistiques non officielles circulant sur le web parlent de 300 partis politiques.

Certains observateurs voient dans le parrainage intégral, un moyen de restreindre ce trop-plein de partis politiques. Pour le coordonnateur de Wathi, le parrainage pourrait avoir un effet positif en suscitant des alliances et des fusions entre les partis.

En 2012, lors du premier tour de l’élection présidentielle au Sénégal, 14 candidats étaient en lice et lors des dernières élections législatives, 47 listes se disputaient les suffrages des sénégalais.

«Dans les pays pauvres, les réseaux de parrainage et de corruption directe de l’électorat constituent des instruments majeurs pour la victoire électorale et le maintien du pouvoir entre les mains d’une élite – un phénomène politique qui freine la lutte contre la corruption dans ces pays », avertit toutefois, l’Institut international pour la démocratie et l’assistance électorale (IDEA), dans une étude sur les partis politiques en Afrique de l’Ouest.

 Au Sénégal, le parrainage a commencé dans un format hybride (électeurs/élus). La constitution de 1963 (alors que régnait le parti unique), exigeait le parrainage de 50 électeurs inscrits dont dix députés. Cette disposition a été abrogée au début des années 1990.

Ailleurs en Afrique de l’Ouest

Au Mali, un parrainage par des élus est imposé à tout candidat à l’élection présidentielle. Tout candidat doit obtenir au minimum la signature de dix députés.

Au Liberia, il existe un parrainage citoyen qui exige à tous les candidats, la signature de 500 électeurs dans chacune des six circonscriptions électorales du pays. Et pour une meilleure transparence, la liste des parrains fait l’objet d’une publication dans des médias privés et publics.

En Mauritanie, «la candidature à la présidence de la République n’est recevable que si elle est parrainée par au moins cent (100) conseillers municipaux dont cinq (5) maires », selon le code électoral de la Mauritanie.

MN-ON-DD/ts

 

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