Pour une « information juste » et « dépouillée de l’affairisme politique » (Libre opinion)

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Par Mamadou Thior*,

Les Assises nationales des médias se tiennent un quart de siècle après la mise en place du tout premier organe d’autorégulation des médias. C’est en 1998, qu’était né le Conseil pour le Respect de l’Ethique et de la Déontologie (CRED), porté par les inoxydables Mbaye Sidy Mbaye, Mansour Sow, Mamadou Amath et les regrettés Kader DIOP, Mame Less Camara, Oumar Diagne et Amadou Dieng. Le Sénégal est donc l’un des pionniers en la matière avec l’OLPED de la Côte d’Ivoire.

En 25 ans que de chemin parcouru jusqu’au Conseil pour l’Observation des Règles d’Ethique et de Déontologie dans les médias. La première équipe du CORED élue en 2009 à bout de souffle, a été relancée en 2014 pour être l’organe qu’il est aujourd’hui. Fini le temps où il fallait compter sur la bonne volonté des uns et la compréhension des autres pour imposer ses décisions. Le CORED est reconnu juridiquement notamment par le Code de la presse et toutes les entreprises de presse entrent dans son champ de compétences (Article 53).

Ce sont nous-mêmes, professionnels des médias qui avons mis en place l’organe d’autorégulation en tant que mécanisme et volonté de mettre de l’ordre dans le travail des médias. Le CORED sera donc ce que nous en ferons. Cela passe par nos comportements individuels marqués par une indépendance et rigueur face à tout groupe de pression, indépendance et rigueur sans parti-pris de nature à porter atteinte au droit à la différence, indépendance et rigueur sans agression aucune contre les fondements de l’unité nationale, indépendance et rigueur dans la responsabilité. C’est comme ça que le public doit nous voir pour nous respecter. Le peuple veut une information juste, équilibrée, porteuse de valeurs et dépouillée de l’affairisme politique, économique ou religieux. Il ne faut pas confondre journalisme et affairisme, encore moins mettre en avant nos appartenances ou accointances politiques ou religieuses.

Nous sommes envahis par des personnes poursuivant des objectifs inavoués. Il y’a aussi que des non professionnels arrivent à diriger des rédactions avec toutes les dérives qui peuvent en découler. La facilité avec laquelle on crée un site en ligne ou un quotidien fait beaucoup de tort à cette profession. Pour la radio et la télévision, les conditions sont plus difficiles. La presse est tellement sérieuse qu’il ne faut pas laisser n’importe qui créer son support.

Depuis la mise en application du Code de la presse, le CORED ne fuit pas ses responsabilités dans le cadre de l’assainissement de cette profession. Signe de l’importance accordée par les pairs, le Quitus du CORED est exigé pour demandeur de la Carte nationale de presse. A travers un tel document, nous montrons que tel est recommandable et tel autre ne l’est pas et donc ne doit plus pratiquer ce métier.   

C’est bien de créer un média mais pas pour en faire un moyen de pression comme c’est la tendance générale de nos jours. Il est temps de mettre des noms sur les vrais propriétaires des différents supports médiatiques. A ce niveau, le ministère de tutelle, le régulateur et de l’autorégulateur doivent ensemble y travailler afin de savoir qui est qui. Le Sénégal a tout à gagner d’une étroite collaboration entre le CNRA, régulateur institutionnel public et l’organe d’autorégulation créé par les journalistes et les techniciens des médias. Une collaboration déjà effective à travers la corégulation. Je remercie le président Babacar Diagne pour sa disponibilité.

Mame Less Camara rappelait souvent qu’il n’y a pas d’âge pour les bonnes ou les mauvaises pratiques. Un vrai professionnel des médias a horreur d’être jugé par ses pairs et dénoncé publiquement par ses consœurs et confrères. Sous l’impulsion du Directoire du CORED, le Tribunal des pairs abat un énorme travail dans ce domaine, l’occasion pour moi de féliciter son président Ibrahima Souleymane Ndiaye et son équipe mais également tous les autres qui étaient là depuis 2014. J’ai une pensée pieuse pour les disparus Eugénie Rokhaya Aw, Saliou Traoré, Kader Diop et Mame Less Camara. 

Ces Assises doivent ouvrir une nouvelle page dans la pratique du journalisme dans notre pays. Une page marquée par l’indépendance et la rigueur, le respect de la personne humaine notamment l’enfant et les personnes vulnérables, le renforcement de la stabilité nationale sans préjudice de l’esprit critique des professionnels des médias. Le citoyen, à la fois cible et inspirateur de notre travail, n’a jamais été mieux armé qu’aujourd’hui pour exprimer ses opinions à travers les réseaux sociaux. Gardons à l’esprit notre fonction de veille et d’alerte et notre mission de relèvement de la conscience citoyenne pour restaurer la confiance quelque chahutée entre nous et le public qui est notre boussole en tout temps.  

Au-delà de l’éthique qui est individuelle, nous avons des codes déontologiques qui nous engagent pour faire de nous, de vrais professionnels soucieux du traitement de l’information adossé au respect des différences et des diversités dans notre pays.

Des médias et des journalistes s’illustrent parfois dans des attitudes et pratiques qui honorent toute la profession et rassurent la collectivité nationale. Le CORED est forcément attentif à ces exemples de bonnes pratiques pour les ériger en modèles à imiter.

Le CORED œuvre à la promotion d’une presse plus proche du peuple, respectueuse des Institutions sans jamais faire obstacle à la liberté d’informer et à l’indépendance éditoriale des médias.

Avec la présence du ministre de tutelle qui est un bon avocat du CORED dans les médias, l’occasion est belle pour plaider le renforcement de nos moyens car jusque-là notre budget est très en deçà des attentes placées en nous.

Un CORED doté de moyens, pourra être plus performant et plus présent dans le monitoring des médias, un préalable dans la régulation et l’autorégulation.

Je vous remercie de votre aimable attention.

*Mamadou Thior est le président du Conseil Pour l’Observation des Règles d’Ethique et de Déontologie dans les Médias (CORED). Ce texte est une allocution prononcée le 24 août 2023 à la cérémonie de lancement des Assises des Médias conviées par la Coordination des Associations de Presse (CAP) du Sénégal. Le titre est de la rédaction.

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