Présidentielle au Mali : le score d’IBK ne reflète pas le vote des Maliens (chercheur)

La Cour constitutionnelle malienne a confirmé le second tour de l’élection présidentielle, devant opposer le président sortant Ibrahim Boubacar Keita (IBK) et le chef de file de l’opposition Soumaïla Cissé, le 12 août 2018. Par la même occasion, elle a débouté un collectif de 18 candidats malheureux de leurs recours en annulation des résultats du premier tour. Dans cet entretien accordé à Ouestafnews, Khalil Dembelé, chercheur au Centre de recherches, d’analyses politiques, économiques et sociales (CRAPES), à Bamako, émet des réserves sur la transparence du premier tour. Une situation qui risque de déteindre, selon lui sur l’issue du second tour.

Ouestafnews- Les résultats définitifs du premier tour donnent un score de 41,70% au président sortant Ibrahim Boubacar Keita. N’est-ce pas une grande surprise par rapport à son bilan jugé mitigé ?

Khalil Dembelé – Avec des irrégularités et cas de fraudes soulevés non seulement par les organisations nationales, mais aussi internationales, ce score, malgré sa validation par la Cour constitutionnelle, ne reflète pas, de mon point de vue, le vote des Maliens. Lorsque vous regardez les frustrations de ces cinq dernières années en terme de gouvernance, il convient de reconnaître que la Cour devrait se donner plus de temps afin d’examiner les différentes requêtes des différents candidats.

Ouestafnews – Ce score, légèrement à la hausse, d’IBK par rapport aux chiffres provisoires, n’est-il pas aussi un démenti des accusations de fraudes proférées par Soumaila Cissé et les autres ?

K.D – C’est plutôt une confirmation. Le candidat Cissé et ses collègues autres candidats étaient déjà dans cette posture de suspicion à l’égard de la Cour constitutionnelle. Le 27 juillet, la cour avait donné son accord suite à la sollicitation du ministère de l’administration territoriale, sur le fait d’étendre les procurations à la liste communale, plutôt qu’au bureau de vote du détenteur de la procuration comme prévu dans la loi électorale. Elle ne devrait pas donner cet avis pendant que les candidats sont en campagne, puisqu’elle est le dernier recours en matière d’élection. En le faisant, elle s’est transformée en juge et partie. C’est pourquoi sa légitimité est aujourd’hui remise en cause.

Ouestafnews – Le retard de Soumaïla est grand. Pensez-vous qu’il peut le combler même avec le ralliement des 17 candidats qui dénoncent aussi un scrutin peu transparent ?

K.D – Partir dans ces conditions douteuses et incertaines au second tour ne garantit pas la transparence du scrutin. Pour un scrutin crédible, il convient que les acteurs du processus aient confiance au processus, aujourd’hui 18 sur les 24 candidats ne sont pas d’accord. Pourrait-il remonter le retard ?  Cela dépend encore une fois de la crédibilité du processus d’organisation. Déjà, aujourd’hui, les 18 contestent ces résultats du premier tour sur fond d’éléments matériels. Pourtant, c’est validé par la cour. Donc aller dans ces conditions, nous risquerons de nous retrouver avec les mêmes contestations après le second tour.

Ouestafnews –  Entre IBK, qui cherche un second et dernier mandat, et Soumaïla Cissé, qui veut entrer à Koulouba, certains ne seront-ils pas tentés de miser sur le premier?

K.D – C’est possible. Mais c’est ignorer aussi l’appétit de l’homme politique pour le pouvoir. En juillet 2017, le président sortant avait voulu bricoler la Constitution, pour justement renforcer son pouvoir. L’article 36 de ce projet de révision constitutionnelle avorté ne prévoyait pas d’élection en cas de force majeure. Si ce projet était passé, aujourd’hui nous n’allions pas avoir ces élections, tout simplement parce que le Mali vit dans une situation de force majeure relative à l’insécurité galopante. Il n’est donc pas à écarter qu’IBK, une fois réélu, ne tente de changer les dispositions de la Constitution pour davantage durer au pouvoir.

Ouestafnews –  IBK, n’a pas réussi à faire appliquer l’accord d’Alger, à ramener la sécurité dans le Nord et le Centre. Comment doit-il procéder si toutefois, il est réélu ?

K.D – Le nouveau président, qu’il soit IBK ou quelqu’un d’autre, doit chercher à restaurer un climat de dialogue. Aujourd’hui, l’accord est bloqué, parce qu’il n’est pas inclusif, certaines parties prenantes ne s’y reconnaissent pas. Il s’agira donc d’impliquer tous les acteurs concernés dans le processus d’application de cet accord. Cela passe par l’instauration d’un climat de dialogue régulier. L’insécurité est aussi liée à la précarité économique. Il faudrait donc donner de l’exemplarité au sommet de l’autorité, diminuer le train de vie de l’Etat, pour créer des surplus qui seront investis afin de stimuler l’emploi. Une fois que les gens auront un pouvoir d’achat à la fin du mois, nous pourrions nous asseoir et discuter entre Maliens, dans le calme.

MN/on/ad

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