Ouestafnews – Lancés au Sénégal en 2024, les Awards de la Jeunesse africaine (AJA) sont à la fois une cérémonie de distinction et un espace d’échanges d’idées sur l’entrepreneuriat. En 2025, cinq lauréats porteurs de solutions technologiques et sociales autour de l’innovation ont été primés. Cette deuxième édition est présentée par ses initiateurs comme une occasion de célébrer celles et ceux qui incarnent une Afrique plus « autonome, créative et compétitive ».
Après les panels, les visites et excursions, la deuxième édition des Awards de la Jeunesse africaine (AJA) a été bouclée dans l’effervescence d’une ambiance assurée par la Diva malienne, Oumou Sangaré, par ailleurs marraine de l’événement. C’est au pied de l’imposante structure du Monument de la Renaissance africaine de Dakar que cinq jeunes entrepreneurs africains ont été distingués, le 29 novembre 2025, lors de la cérémonie de remise des prix. La symbolique est forte : célébrer une jeunesse qui se projette, à l’image de la statue qui surplombe la cérémonie.
Plusieurs profils se sont illustrés. Le Congolais de Brazzaville, Koueubatouka Divin Arnaud, avec sa trouvaille de chambres froides solaires à travers le système Greenbox. Objectif : lutter contre les pertes post-récolte. Le projet « permet de prolonger la durée de vie des denrées périssables de deux jours habituels à 21 jours ». À travers ses chambres froides alimentées à partir de l’énergie propre, Arnaud promet aux petits exploitants agricoles d’« assurer des revenus durables ».
Autre lauréate, la Malienne Rokiatou Traoré. Elle a misé sur la valorisation d’espèces agroforestières comme le moringa pour contrer la désertification. Pour la directrice de Herou Alliance, l’objectif est de planter dix millions de pieds de moringa et de construire un réseau de millions de femmes productrices de l’arbuste d’ici 2030.
Contents et fiers d’être récipiendaires des AJA, Arnaud et Rokiatou espèrent, au-delà de leurs distinctions, un accompagnement pour donner un sens plus concret à leurs innovations. Dans son prix, Rokiatou Traoré voit un levier pour son ambition. En pleine cérémonie, elle a eu la promesse d’engagement d’un partenaire financier.
Le troisième lauréat, le Sénégalais Cheikh Ahmed Tidiane Dieng, se distingue quant à lui dans le sport. Avec « SamaCoach », l’informaticien digitalise le sport pour procurer « le bien-être » aux acteurs. Son application cherche à rendre la performance sportive plus accessible avec des programmes sur mesure.
Deux autres lauréats ont travaillé sur le leadership des jeunes filles et la santé néonatale. Le Congolais de la RDC Sophonie Foka a développé des couveuses néonatales hybrides intégrant l’intelligence artificielle et fonctionnant à l’énergie solaire. Quant à l’Ivoirien Djakaridja Bamba, il a créé le club des Amazones d’Abolikro (région Gbêkê, centre de la Côte d’ivoire) pour renforcer l’autonomisation des jeunes filles rurales.
Commentant la pertinence des projets primés, le directeur régional d’Ecobank, Paul-Harry Aithnard a indiqué que l’Afrique a « une chance unique avec une jeunesse qui a accès au monde ». Aithnard, parrain des AJA 2025, estime que « si nous maîtrisons nos propres données, nous pouvons devenir une référence mondiale ».
Pour Diara Ndiaye, journaliste et cofondatrice des AJA, le but de l’initiative est « d’offrir aux jeunes talents africains un espace d’expression et un accompagnement structuré ».
Une vision concrétisée à Dakar lors de cette édition 2025, tenue du 27 au 29 novembre. Au programme : cérémonie, événement sportif, rencontres avec des investisseurs entre autres. Pendant ces trois jours, la capitale sénégalaise a vécu au rythme de discussions sur la tech, de présentations de projets, de rencontres entre jeunes entrepreneurs et partenaires financiers.
L’événement était aussi marqué de « Talks & Pitch » (conférences et présentations) face à de jeunes étudiants. Hélène Pires, responsable d’Elite Capital Sénégal, a affirmé que « l’Afrique ne manque pas d’idées ». Selon elle, ce dont la jeunesse a besoin est surtout une structuration, un encadrement et de la confiance des investisseurs. Un « projet sans organisation reste un rêve, un projet bien structuré devient une entreprise », défend Mme Pires.
Les participants aux AJA sont venus de plusieurs pays d’Afrique et de la diaspora avec des profils de jeunes étudiants porteurs de projets encore informels ou des curieux attirés par l’événement. Tous n’ont pas reçu de prix, mais certains d’entre eux ont eu la chance de présenter leurs projets à travers des pitchs.
Les AJA s’appuient également sur des institutions qui structurent l’entrepreneuriat africain pour accompagner l’innovation. Selon Sahid Yallou, directeur général d’Ecobank Sénégal, « l’innovation est le moteur essentiel de la croissance à long terme », rappelant que « miser sur la jeunesse, c’est miser sur le futur ».
Pour 2025, l’accent a été mis sur l’innovation à travers la tech pour renforcer « la souveraineté numérique » du continent. Parmi les figures mises en avant lors des talks, le Guinéen Mountaga Keita, fondateur de Tulip Industries, qui fabrique du hardware déployé dans plus de vingt pays ; le Sénégalais Oumar Cissé, directeur d’InTouch, spécialisé dans les paiements digitaux ; ou encore des entrepreneurs comme Fatimatou Ousmanou, ambassadrice des AJA 2025 et active dans la fintech.
Les discussions ont également rappelé que l’entrepreneuriat africain reste un parcours exigeant. Financement difficile de l’agriculture, dépendance à des solutions technologiques étrangères, difficultés d’accès aux marchés et place des femmes dans les écosystèmes tech sont autant de sujets abordés lors des débats ou dans les témoignages.
Olivier Buyoya, directeur régional de l’IFC, a expliqué comment les AgTech peuvent servir de pont entre agriculteurs et banques en structurant les données des producteurs. Toutefois, Fatimatou Ousmanou évoque « les nuits blanches, la solitude, les comptes à rendre aux investisseurs… et parfois à sa propre famille » qui jalonnent le parcours d’un jeune entrepreneur.
La précédente édition des AJA avait révélé plusieurs start-ups dont trois sénégalaises, Buur Logistics (logistique de transport de marchandises), Andakia (plateforme numérique pour la digitalisation des services), Jangalma (plateforme éducative de cours en ligne) ou encore celle du Cameroun, Mayegue (une application de préservation des langues africaines). Ces projets et leurs initiateurs ont bénéficié de « l’accompagnement sur mesure » des partenaires des AJA.
Certaines ont levé des fonds, franchi les frontières nationales et attiré l’attention d’investisseurs, tout en poursuivant leur expansion sur le continent, assurent les organisateurs.
HD/fd
Voulez-vous réagir à cet article ou nous signaler une erreur ? Envoyez-nous un message à info(at)ouestaf.com.