Entrepreunariat : Fatou Sarr, le petit poucet à l’assaut du marché du cosmétique

Fatou Sarr, au milieu de son champs d'aloé.

Ouestafnews – Fatou Sarr, 27 ans, a troqué sa carrière d’informaticienne contre celle d’agricultrice. Et cela semble lui réussir.

«Je vous montre là où nous conditionnons nos produits». Après les salutations d’usage, c’est la première chose que Fatou Sarr, directrice et cofondatrice de la société Takhar-Aloé, propose à ses visiteurs. D’un ton empreint de fierté, elle précède les visiteurs dans une petite pièce où sont exposés différents produits de sa marque.

L’image de Fatou Sarr, faisant visiter l’endroit où elle fabrique ses produits cosmétiques, renvoie à celle d’une petite fille montrant son jouet. Tellement sa fierté est palpable.

Mais, pour le moment, cette fabrique a des allures de laboratoire aseptisé où trônent des échantillons qui se déclinent sous forme de savons, d’huile, de gel, crèmes… conditionnés dans des emballages épurés aux étiquettes très soignées.

«C’est moi qui ai confectionné les étiquettes ainsi que le site web de la marque», précise-t-elle. Sa formation en réseau et télécoms aura au moins servi.

Le bio comme crédo

Depuis un an, sa jeune société a lancé une marque de cosmétique et compléments alimentaires bio à base d’aloe vera du nom de Takhar (Ce qui signifie plante en sérère). «Plante au pluriel», tient-elle à préciser. Et pourquoi ? «Le singulier se prononce + Ndakhar + mais je préfère le pluriel car en dehors de l’aloe vera qui est notre produit principal, nous utilisons entre autres des plantes comme le romarin, la menthe, le basilic mais toujours dans l’esprit bio».

La transition entre sa formation d’informaticienne — elle a obtenu une licence — et celle d’agricultrice n’a pas été des plus difficiles. Depuis son enfance, elle rêvait de devenir agricultrice comme son père. «Je ne me voyais nullement travailler entre quatre murs ».

L’histoire d’amour entre l’aloe vera et Fatou Sarr commence au cours d’un voyage aux îles Canaries. «J’ai eu l’occasion de côtoyer des passionnés et des connaisseurs de l’aloe vera qui m’ont beaucoup appris, et qui m’ont fait découvrir la plante».

Alors elle décide de faire la différence en espérant en même temps inciter d’autres agriculteurs à explorer cette culture très peu pratiquée au Sénégal qui pourtant, sur le plan environnemental, est très bénéfique. En effet, l’aloe vera est une plante résistante dont la culture ne nécessite pas beaucoup d’eau, «et le climat local s’y prête», fait-elle observer.

Grignoter une part du marché des géants du cosmétique

Des raisons suffisantes pour inciter Fatou Sarr à se lancer en optant pour la transformation de la plante en produits cosmétiques. Ce, en dépit du fait que le marché cosmétique sénégalais est dominé par de très grandes entreprises comme Gandour et Sivop. Mais aussi par la présence, depuis des années, de Forever Living, une marque américaine qui propose tout un éventail de produits à base d’aloe vera.

Elle est bien décidée à grignoter une part de marché de ces géants du cosmétique qui ont des années de présence au Sénégal et qui génèrent des chiffres d’affaires atteignant 12 milliards FCFA, selon une étude de 2008.

Elle se base sur quelques critères, et non des moindres que sont le caractère bio de sa marque, le prix accessible (entre 1.500 et 12.000 FCFA) mais aussi le consommer local qu’elle véhicule pour se démarquer de ses concurrents dont le plus direct est le géant américain de l’aloe vera.

Selon elle, les critères cités ci-dessus sont des valeurs ajoutées qui peuvent faire la différence. «Nos produits sont à 98% composés d’aloe vera. De plus, nous cultivons tout sur place ce qui fait que nos produits sont plus accessibles».

«Un travail de pauvre» qui a de l’avenir

La question identitaire est également, selon elle, une des raisons qui l’on poussée à lancer sa marque. «Les femmes qui dépensent des sommes folles pour décaper leur peau peuvent trouver une alternative avec l’aloe vera qui va leur redonner leur teint naturel».

Très tôt, en parallèle à sa formation en réseau et télécoms, la jeune femme s’était lancée dans la culture de produits maraîchers. Et très vite, elle s’était heurtée à des obstacles.

«Des personnes ont tenté de me dissuader, en me disant que l’agriculture était un travail d’homme et que j’allais perdre mon temps».

Des amies lui ont également reproché de s’adonner à un «travail de pauvre», mais elle tient bon. Son dévouement finit par payer avec la naissance de Takhar.

La jeune entrepreneure emploie pour le moment six personnes, dont trois permanents et trois autres à temps partiel. Une main d’œuvre réduite qui la pousse à être présente dans tout le processus de transformation à savoir des champs qui se situent dans la commune de Diender (à 70 km de Dakar) jusqu’à chez elle.

Approchée par des entreprises européennes

Depuis le début de la commercialisation de ses produits, les commandes vont crescendo. « De grandes entreprises basées en Suisse, en France et au Canada, nous ont approchés », dit-elle. Toutefois, elle préfère temporiser, car «nous n’avons pas encore une récolte suffisante pour nous lancer dans une production à la chaîne».

En effet, tout se fait manuellement dans la société, qui exploite pour le moment un champ d’un hectare où poussent 8.000 pieds d’aloe vera.

Avec son équipe, Fatou Sarr effectue quatre récoltes de 5 feuilles par plante et par an. Ce qui lui permet, pour le moment, de ravitailler le marché local.

Et pour ce faire, elle opte, entre autres, pour les livraisons à domicile, les commandes en ligne mais aussi des expositions dans les marchés bios.

Si elle répond volontiers aux questions diverses, elle devient moins loquace lorsqu’on aborde le chiffre d’affaire de son entreprise. «Suis-je obligée de répondre à cette question ?» demande-t-elle, avec un large sourire crispé.

Après une petite hésitation, elle lâche : « il y a de l’espoir ». Nous n’en saurons pas plus.

Etant le petit poucet sur le marché de la cosmétique, Fatou Sarr voit son entreprise étendre ses tentacules hors du pays, dans les 10 ans à venir. « Nous sommes conscients qu’il nous manque beaucoup de choses, mais nous y croyons».

DD/mn/ad

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