Rapport alternatif : l’Afrique vue par elle-même

Le secrétariat permanent du RASA, a tenu un atelier de validation du premier numéro.

Ouestafnews –  Les intellectuels et les activistes, qui ont élaboré le Rapport alternatif sur l’Afrique (RASA), ont expliqué vouloir «renverser les visions misérabilistes et économistes véhiculées sur l’Afrique ».

Le Rasa veut apporter une réponse différente aux autres rapports tels que ceux de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI) qui, dans leurs paramètres de classification, ne prennent pas en compte les réalités africaines.

Cependant, il existe un défi de taille pour les auteurs du RASA. Il s’agit d’arriver à influencer les décisions politiques. Car pour le moment, les rapports externes, dans leur majorité, servent de boussole dans l’orientation des politiques des pays africains.

Le défi principal du RASA, c’est de se hisser au même niveau que ces autres rapports, voire les supplanter aux yeux des dirigeants africains et influencer leurs décisions dans l’avenir.

Pour ce faire, les initiateurs du RASA misent sur l’adhésion des activistes, des acteurs de courants alternatifs ainsi que la société civile. Ils sont les principales cibles.

«De leur mobilisation dépendra la possibilité pour ce rapport d’avoir un impact», a déclaré à Ouestaf  News, le Pr. Alioune Sall, directeur exécutif de l’Institut des futurs africains et co-auteur du rapport.

Les auteurs du rapport comptent également sur la cohérence de leur discours. « Je pense que sur ce plan, on n’a pas d’inquiétude à avoir, l’argumentaire développé dans ce rapport est solide et devrait suffire à emporter l’adhésion», a expliqué le directeur exécutif de l’Institut des futurs africains.

Cependant, il a déploré les rapports de force qu’imposent parfois les dirigeants. Toutefois, estime Pr. Sall, pour que l’objectif soit atteint, il est important de faire évoluer ce rapport de force en faveur d’une position alternative. « Et pour faire évoluer ce rapport de force, il faut s’appuyer sur les forces sociales qui ont intérêt au changement. C’est ce que nous défendons », a-t-il dit.

Renversement idéologique

Ces forces sociales sont, selon lui, tous les mouvements sociaux, les forces de progrès et tous ceux qui n’absorbent pas le discours dominant mais qui se posent la question par rapport à ce discours. Et le Pr. Sall de poursuivre : «Nous ne voulons pas être un mobilisateur contre un ordre, nous voulons être positifs, mobiliser tous ceux qui veulent un nouvel ordre ».

Le RASA a été lancé, le 25 juillet à Dakar, à travers la publication « Numéro Zéro ». Un texte de 106 pages qui campe les fondements méthodologiques et conceptuels de ce projet.

Outre le Pr. Sall, ce premier numéro compte une large palette de contributeurs dont des intellectuels africains réputés comme les économistes Samir Amin, Chérif Salif Sy, Adebayo Olukoshi et Yash Tandon.

Le RASA, c’est l’Afrique vue par ses propres fils. C’est de cette manière qu’on pourrait  résumer ce projet porté par de multiples organisations de la société civile du continent. Ses initiateurs le décrivent « initiative essentielle de réparation-correction » des analyses jusqu’ici consacrées au continent africain.

Pour Gilles Yabi, fondateur du Think tank citoyen Wathi, le RASA a comme originalité une pluralité d’approches. Ce qu’il juge important, au regard des défis transversaux auxquels l’Afrique est confrontée.

«On ne peut pas parler d’économie sans parler d’éducation, on ne peut parler de démocratisation sans progrès économique et social», souligne Gilles Yabi qui figure parmi les contributeurs du RASA.

La publication du premier numéro du RASA est prévue courant 2019.

Une multitude de rapports sont produites par diverses organisations comme la Banque mondiale avec sa publication annuelle dénommée « Doing Business ». L’édition 2014 de ce rapport avait été contestée par le président sénégalais Macky Sall, convaincu à l’époque que ce classement ne reflétait pas les progrès économiques de son pays.

Le numéro zéro du RASA annonce l’adoption d’un « mode de calcul adapté aux contextes africains ». Ce qui, selon les auteurs, signifie « déplacer le regard du dehors au-dedans ». Une approche qui va permettre de faire ressortir les « dynamiques populaires de l’économie réelle ».

Considérée comme un continent sans avenir à l’orée des années 2000, l’Afrique est aujourd’hui un continent que se disputent les pays développés et les économies dites émergentes comme la Chine devenue l’un de ses premiers partenaires économiques.

Grace à une croissance soutenue, le continent suscite une forte convoitise extérieure.

DD/ad

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