Riposte contre le Covid-19 : de l’urgence d’un vaccin « made in Africa »

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Le président nigérian Muhammadu Buhari recevant le 6 mars 2021 une première dose du vaccin anti-Covid-19 AstraZeneca.

Ouestafnews – Treize millions de doses de vaccin anti-Covid-19 ont été administrées en Afrique. Toutefois, la majorité des pays du continent ont reçu tardivement leurs doses et après quelques semaines, certains Etats ont épuisé le stock reçu. D’où l’urgence d’aller vers la production d’un vaccin « made in Africa »

La production et l’accès aux vaccins est « une nécessité absolue pour notre continent », a plaidé le président de la Commission de l’Union africaine, Mahamat Moussa Faki.

La stratégie, pour y arriver, réside dans l’accélération de la participation africaine au développement clinique d’un vaccin, selon M. Faki, qui s’exprimait lors d’une conférence virtuelle organisée par le Centre Africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique), sur la fabrication d’un vaccin en Afrique.

« Je voudrais à ce sujet insister sur l’Agence africaine du médicament (AMA) que nous avons instituée. Nous demanderons à tous les Etats de signer et de ratifier ce pacte », a insisté M. Faki.

Le traité créant l’Agence africaine du médicament (AMA), adopté le 11 février 2019 sous l’égide de l’Union africaine, devrait entrer en vigueur une fois ratifié par, au moins, quinze Etats membres de l’Union africaine. Il a été signé par 19 pays et huit l’ont ratifié.

L’objectif de ce projet est de permettre aux populations africaines d’accéder sans risque à des produits médicaux sur le continent en harmonisant les réglementations.

« Il n’est pas possible, si l’on tient compte de la situation en Afrique, de pouvoir nous en sortir si nous n’insistons pas sur l’implication des instituts africains dans le cadre de la production d’un vaccin », insiste le président de la commission de l’UA.  

Pour sa part, le président Félix Tshisékédi, de la République démocratique du Congo, par ailleurs président en exercice de la Conférence des Chefs d’Etat de l’Union africaine soutient que « seule la capacité de fournir nous-même les vaccins peut nous donner une véritable garantie à l’accès aux intrants essentiels ». Selon lui, « plusieurs exemples montrent que l’Afrique peut renforcer le savoir-faire et les capacités, mais cela exigera un effort concerté ».

Il y a donc une nécessité pour « le continent d’investir dans la fabrication locale de produits thérapeutiques de vaccins et de diagnostics », selon M. Tshisékédi.

Sur le continent, il existe moins de dix fabricants africains dans le secteur de la production de vaccin et ils sont basés dans cinq pays : Afrique du Sud, Egypte, Maroc, Sénégal et Tunisie.

« Il est à noter qu’il existe environ 80 usines de produits stériles injectables sur le continent, ce qui peut représenter une opportunité pour la production de vaccin étant donné que le dosage posologique de base en Afrique est le flacon », explique le professeur William Ampofo, président de l’Initiative pour la fabrication de vaccins en Afrique.

Vers un mécanisme innovant

A ce jour, le continent africain a importé plus de 90% de vaccins que nous utilisons, selon le président de l’Union africaine. La plupart de ces vaccins ont été obtenus à travers l’initiative Covax

L’objectif de ce programme est de fournir jusqu’à 600 millions de doses de vaccin à l’Afrique, soit pour 20% de la population du continent d’ici la fin 2021.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Afrique représente 16% de la population mondiale, mais seuls 0,1% des vaccins y est produit dans la vaccination de routine (Covid-19 et autres).

Pour une production d’un vaccin en Afrique, « les fabricants africains peuvent répondre sans forcément attendre des financements des gouvernements », selon le directeur général de Biovac, une entreprise bio-pharmaceutique basée à Cape Town, en Afrique du Sud.   

« Je pense qu’avec cet élan qui existe déjà, nous pouvons construire tout cela. Mais il faut une initiative formellement établie, une organisation, qui peut-être le NEPAD (Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique) – CDC Afrique -Union africaine. Un mécanisme qui sera créé de façon concrète pour pouvoir développer des vaccins », explique Dr Morena Makhoana.

A ce sujet « l’Etat du Sénégal va soutenir, avec la France, la Banque européenne d’investissement (BIE) et d’autres partenaires, la réalisation du projet de production de vaccin contre le Covid-19 de l’Institut Pasteur de Dakar d’ici le début de l’année 2022 », a indiqué Abdoulaye Diouf Sarr, ministre sénégalais de la Santé et de l’Action sociale à l’occasion de la même conférence

L’absence d’une industrie pharmaceutique « africaine » réduit le continent au rang de consommateur, largement dépendant du marché international. L’Afrique importe plus de 80% de ses produits pharmaceutiques et de ses consommables médicaux, selon les chiffres du bureau de Nations unies. Elle compte plus de 375 fabricants dans 37 pays, contre 5.000 en Chine.

« Nous devons tirer toutes les leçons de cette épidémie de Covid-19 et parmi celles-ci, il y a la nécessité de renforcer considérablement la production africaine de médicaments », soulignait le directeur adjoint du Centre africain pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC Afrique), Dr Ahmed Ogwell, lors d’une conférence de l’Union africaine sur l’accès aux médicaments sur le continent, le 13 mai 2020.

« Il faut agir maintenant sinon notre sécurité en matière de santé, sera toujours entre les mains des étrangers », avait indiqué Dr Ogwelle.

ON/fd

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