Sahel : la malnutrition, l’autre visage de la crise sécuritaire

Ouestafnews – La malnutrition infantile gagne du terrain dans des zones sahéliennes touchées par la crise sécuritaire. Le spectre plane sur plusieurs milliers d’enfants de moins de cinq ans, avertit une ONG basée au Mali.

«Nous pouvons dire qu’environ au moins 130.000 enfants de moins de cinq ans sont menacés de malnutrition aigüe globale, parmi lesquels au moins 17.000 enfants de malnutrition aigüe sévère », a révélé Brian Malapel, directeur pays-Mali de l’ONG Acted, dans un échange de courriels avec Ouestafnews.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la malnutrition est due essentiellement à deux facteurs : l’insuffisance d’apport alimentaire (qualité et quantité) et les maladies.

Les zones d’insécurité sont généralement des villes du nord du Mali notamment Taoudéni, Gao, Tombouctou, Kidal, Menaka et aussi la partie sud de la région de Mopti, précise Brian Malapel.

Dans les zones d’insécurité surtout à Taoudeni, Gao et Tombouctou, la situation nutritionnelle est critique, note la dernière édition de l’Enquête SMART conjointement publiée par l’OMS, le Programme alimentaire mondiale (PAM), entre autres organisations onusiennes.

Le taux de malnutrition aigüe des enfants a atteint 15,7% à Tombouctou et 15,2% à Gao. Une augmentation préoccupante du niveau dit « grave » et « critique » dans l’échelle de classification de l’OMS.

Selon le directeur d’Acted au Mali, le problème sécuritaire se caractérise par un abandon des champs par les populations. Ce qui renforce l’état d’insécurité alimentaire.

«Même si les populations accèdent parfois aux champs pour cultiver, elles ne sont pas capables de récolter ce qu’elles ont semé à cause de conflits chroniques. Cela les contraint au déplacement cyclique interne favorisant le vol de bétail et les pillages », a-t-il ajouté.

Depuis 2012, le Mali est confronté à une crise politique et sécuritaire. Et d’après un document du Fonds des nations-unies pour l’enfance (Unicef), «les violences et l’instabilité ont entraîné des déplacements de populations et des perturbations des services sociaux dans le nord du pays. Ce qui a eu un impact néfaste sur l’état nutritionnel des filles et des garçons les plus vulnérables».

De plus, dans ces conditions, « les populations n’ont pas accès aux aliments de bonne qualité et diversifiés qui non seulement coûtent chers mais ne sont pas disponibles dans les marchés de certains zones d’insécurité», estime M. Malapel.

De graves niveaux de malnutrition aigüe ont également été enregistrés dans les régions de Kayes (14,2%) et Taoudéni (14,3%), tandis que le taux national est de 10,7%, selon les estimations de l’enquête SMART 2017.

Situation similaire au Niger et Nigeria

Au Nigeria, la malnutrition chez les enfants de moins de cinq ans s’est « aggravée à l’échelle nationale avec les plus grandes préoccupations dans les Etats du Nord », renseigne le bureau local de l’Unicef.

Le nord du Nigeria est le fief du groupe armé Boko Haram dont l’insurrection a aussi été synonyme de plusieurs milliers de morts mais aussi d’une destruction des infrastructures de base.

«Le dépérissement des enfants (enfants trop maigres pour leur âge) est passé de 24,2% à 31,5%, tandis que le retard de croissance des enfants (enfants trop petits pour  leur âge) est passé de 34,8% à 43,6% », selon les estimations de la Cinquième enquête en grappes à indicateurs multiples (MICS5), cité par le communiqué.

Au Niger, le fléau a gagné du terrain. Le taux de prévalence de la «malnutrition aigüe est de 15%» dans le pays, indique le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’Onu (Ocha) au Niger.

Selon la même source, ce taux qui  était de «de 13% en 2013, est passé à 14% en 2014 ».

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