Sénégal : l’armée veut en finir avec le MFDC

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En opérations de « démantèlement » des dernières bases du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC), l'armée sénégalaise semble décidée à en finir avec ce conflit vieux de 40 ans dans le sud du Sénégal./Photo-DIRPA.

Ouestafnews – Depuis le 13 mars 2022, l’armée sénégalaise mène une opération pour démanteler les dernières bases du Mouvement des forces démocratiques de Casamance, (MFDC, indépendantiste). Selon certains analystes, le Sénégal tient ici une chance unique pour en finir avec ce mouvement qui mène une insurrection armée vieille de quarante ans dans le sud du pays.

« Les Armées ont totalement détruit ou occupé les bases de Bakingaye, Djilanfale, Guikess, Katama, Katinoro, Karounor, Tampindo/Kanfounda et Younor ». C’est le bilan que dresse l’armée sénégalaise, dix jours après le début de ses opérations de « démantèlement » des bases du MFDC, tenues par les hommes de Salif Sadio et situées le long de la frontière avec la Gambie. 

Le bilan, contenu dans un communiqué en date du 22 mars 2022 et signé de la Direction des relations publiques des armées (Dirpa), fait état d’un mort et huit blessés dans les rangs de l’armée et plusieurs morts dans le camp du MFDC, qualifié de forces « rebelles », par le communiqué de la Dirpa. La même source fait état de l’abandon par les combattants du MFDC en fuite, d’une importante quantité d’armes et de munitions de guerre, de matériels divers et surtout de véhicules volés et gardés « depuis plusieurs années ».

Cette offensive de l’armée sénégalaise est consécutive à la perte de quatre de ses soldats il y a deux mois, lors d’une attaque perpétrée par les hommes de Salif Sadio contre un convoi de la mission de la Communauté économiques des Etas de l’Afrique de l’Ouest en Gambie (Ecomig) en patrouille dans la zone frontalière avec le Sénégal. Sept autres soldats ont été faits prisonniers pendant plusieurs jours avant d’être libérés le 14 février 2022, suite à une médiation de la communauté catholique Sant’Egidio.

La vidéo, largement relayée via les réseaux sociaux, des sept soldats sénégalais filmés alors qu’ils étaient détenus par Salif Sadio et ses hommes, avait suscité l’indignation de nombreux Sénégalais et un sentiment d’humiliation chez les militaires. Au point que la diffusion et le partage de la dite vidéo avaient été interdites dans un communiqué.

La dernière intervention de l’armée sénégalaise en Casamance n’est pas loin de rappeler celle menée en 2011, après la prise en otage de huit soldats sénégalais par les mêmes éléments de Salif Sadio. Ces soldats avaient été également libérés en décembre 2012, à la frontière avec la Gambie, après l’intervention de la communauté catholique Sant’Egidio.

Le MFDC mène en Casamance, région géographiquement séparée du reste du Sénégal par la Gambie, une lutte armée depuis 1982 pour l’indépendance de cette région.

Le conflit a fait plusieurs milliers de morts dont des victimes de mines.  On dénombre également des déplacés estimés entre 30.000 et 60.000 à l’intérieur de la Casamance. Les réfugiés sont, quant à eux estimés à environ 10.000 répartis entre la Gambie et la Guinée-Bissau, selon les chiffres du Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR).

Peu bavarde sur le déroulement et le bilan des affrontements en cours, l’armée sénégalaise informe qu’elle poursuivra « à tout prix » les « opérations de sécurisation, avec la même détermination, conformément » à sa « mission régalienne de préservation de l’intégrité du territoire national ».

La poursuite de cette opération pourrait permettre de sécuriser la zone nord, selon le Collectif des cadres casamançais. « L’armée est en train de poursuivre sa mission puisque la zone sud a déjà été stabilisée, il reste le nord », indique le secrétaire général du Collectif, Moussa Cissé, cité par RFI.    

L’opération vise également, selon l’armée sénégalaise, « à détruire toutes les bandes armées menant des activités criminelles dans la zone et à neutraliser toute personne ou entité collaborant directement ou indirectement avec elles ».

En raison du conflit, les braquages sur les routes de la Casamance sont fréquents et ont gagné en intensité depuis le début des opérations de l’armée. Les autorités gambiennes aussi indiquent avoir enregistré 6.000 réfugiés sur leur territoire.

Selon le chroniqueur Yoro Dia, le MFDC n’a jamais été aussi « faible politiquement et militairement ». « Avec l’offensive de l’Armée, il se bat avec l’énergie du désespoir, car ne pouvant plus se replier ni en Gambie ni en Guinée-Bissau comme il le faisait depuis le début » du conflit, explique-t-il dans une analyse publiée dans les colonnes du journal Le Quotidien du 23 mars 2022.

Le géographe et spécialiste de la Casamance, Jean-Claude Marut, pense lui aussi qu’il n’y a « aucun doute » sur cet affaiblissement. « Les combattants du MFDC se livrent à des trafics, par nécessité. Ils ont en effet vu progressivement leurs appuis extérieurs disparaitre en Gambie et en Guinée et l’aide de la diaspora casamançaise semble avoir beaucoup diminué », explique-t-il, cité par TV5 Monde.       

En janvier 2017, le MFDC a perdu un de ses principaux soutiens, l’ancien président gambien, Yahya Jammeh, battu à l’élection présidentielle par Adama Barrow (réélu en décembre 2021). M. Jammeh avait été contraint par la Cedeao à s’exiler en Guinée-Equatoriale.

Arrivé au pouvoir en février 2020 en Guinée Bissau, Umaro Sissoco Embalo très proche du président Macky Sall, a signé des accords de défense avec le Sénégal pour une gestion concertée de la frontière commune où s’est établie depuis plusieurs années le MFDC.

Depuis 1992, le MFDC nourrit et contrôle le trafic de bois et de chanvre indien, de cannabis au niveau de la frontière gambienne et bissau-guinéenne, selon le Gorée Institute, Centre pour la démocratie, le développement et la culture en Afrique.

« Avec des pouvoirs amis à Banjul et Bissau (…) », le Sénégal tient ici « une chance unique pour régler sa crise nationale la plus grave », soutient l’analyste politique, Yoro Dia.  

Depuis l’éclatement du conflit, l’Etat du Sénégal et le MFDC ont signé plusieurs accords de paix, mais des accords rompus à chaque fois par ceux qu’on appelait « l’aile dure » du MFDC, installant ainsi toute la région dans une situation de ni-guerre ni paix.

ON-FD/ts

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