Sénégal : le pétrole toujours en débat

Panel citoyen d'Afrikajom sur la gouvernance des industries extractives, Dakar, le 06 novembre 2018. Photo/Ouestafnews

Ouestafnews – On est encore loin du premier baril de pétrole sénégalais. Mais les débats sur le sujet fusent de partout depuis que les annonces de découvertes se sont multipliées et que le pays se prépare à devenir producteur à l’horizon 2021.

Le Sénégal n’a pas encore produit une seule goutte de pétrole mais en amont, le débat reste vif, avec comme principales parties prenantes, le gouvernement, la société civile et les politiques.

Selon le site web du ministère sénégalais du Pétrole et des Energies, (site très peu fourni en informations où figurent encore des chiffres de 2015), la production de brut devrait démarrer en 2021.

Le pétrole va-t-il « apporter suffisamment pour qu’on risque la destruction de l’environnement et des écosystèmes marins ? », s’est interrogée la sociologue Fatou Sow Sarr.

Elle s’exprimait lors d’un panel organisé par le think tank Afrikajom sous le thème : « les défis et les opportunités de la gouvernance transparente, inclusive, équitable et respectueuses de l’environnement » mais où le débat sur le pétrole aura encore retenu l’attention.

Les annonces de découvertes de pétrole et de gaz ont débuté en 2014. Au cours de cette même année, Cairn Energy a annoncé la découverte d’un gisement estimé à un milliard de barils  en plus du gaz naturel, lit-on sur le site de ITIE Sénégal.

En 2016, Kosmos Energy, a annoncé deux découvertes de gaz, évaluées à plus de 1400 milliards de m3, indique la même source.

Pour la sociologue, la question environnementale est d’autant plus importante que la plupart des « décideurs politiques n’envisagent les choses qu’à l’horizon de leurs mandats».

Avec l’exploitation du gaz et du pétrole, une bonne partie du Sénégal est concerné et les problèmes peuvent ne pas se limiter sur les impacts environnementaux, des conséquences sont aussi à craindre sur le plan social, prévient Dr Sarr.

En réponse aux préoccupations de Dr Sarr, le secrétaire permanent adjoint du Comité national de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE Sénégal), Alioune Badara Paye a annoncé sans avancer de date précise qu’une « étude d’impact environnemental stratégique » est prévue.  « Il faut un débat inclusif, participatif et surtout réaliste », a plaidé l’expert de ITIE Sénégal.

Suspicion

Dans son discours à la nation du 31 décembre 2017, le président Macky Sall promettait  que « ces ressources (gaz et pétrole) feront l’objet d’une gouvernance rigoureuse et transparente, pour le bénéfice des générations actuelles et futures ». Dans ce même discours, le président sénégalais promettait également  une « concertation avec les forces vives de la nation » au cours de l’année 2018.

Une rencontre effectivement eu lieu en juin 2018 avec la présence du président sénégalais et de nombreux acteurs locaux.

Au sortir de ce dialogue, Macky Sall a demandé au Comité d’orientation stratégique du pétrole et du gaz (COS-Pétrogaz) de continuer  les échanges avec toutes les parties prenantes afin d’arriver à une « finalisation consensuelle » du projet de loi d’orientation relative à la gestion des ressources pétrolières et gazières.

En dépit de ces garanties et promesses, le gouvernement sénégalais peine à lever les doutes sur ses actions dans le secteur pétro-gazier. Alors que le pays s’achemine vers une présidentielle dans quatre mois (février 2019), la polémique autour de ces ressources enfle et une grande suspicion s’est installée dans le dossier du pétrole.

Hormis les questions environnementales, se pose aussi la question délicate des contrats signés avec les compagnies pétrolières. A ce titre, la polémique autour du contrat signé avec Petro-Tim, continue de soulever des vagues. Le frère du président était impliqué dans ce dossier en temps que gérant de la filiale locale de Petro-Tim.

Petro-Tim, dirigé par l’homme d’affaires roumain, Frank Timis, a créé une filiale locale (quelques mois après l’arrivée de Macky Sall au pouvoir), et a signé un contrat de partage de production avec l’Etat sénégalais en juin 2012 avant de revendre ses parts (90%) à Kosmos Energy pour un montant de 200 milliards FCFA.

Dans cette affaire la société civile qui soupçonne une fraude fiscale continue de demander des comptes. Pour l’ex-parlementaire, Cheikh Oumar Sy, il y a aujourd’hui une « incohérence » à relever. « La Constitution dit que les ressources naturelles appartiennent au peuple et on signe des contrats sans consulter les parlementaires », souligne-t-il.

Loin de ses polémiques politiques, l’économiste Chérif Salif Sy, invite à la prudence, car le pétrole ne rime pas forcément avec développement. Le Professeur Sy a donné l’exemple du Nigeria et de l’Angola qui, malgré leur rente pétrolière, présentent des indicateurs de développements en deçà de ceux d’un pays comme le Bangladesh.

« Les ressources on peut les avoir sans qu’elles n’apportent rien comme développement socio-économique, aujourd’hui où est le pétrole du Tchad? », a renchéri le fondateur d’Afrikajom, Alioune Tine.

« En 2014, le Sénégal comptait au total 18 blocs attribués dont 10 en offshore et 8 en onshore. Au total 11 compagnies pétrolières opèrent au Sénégal en exploration-production des hydrocarbures », selon des informations disponibles sur le site de ITIE Sénégal.

MN/ts

 

 

 

 

 

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