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Sénégal : le pouvoir « dialogue », l’opposition « contre-dialogue »

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Ouestafnews – Au Sénégal, le gouvernement a lancé, le mercredi 28 mai 2025 à Dakar, un dialogue national qui va se prolonger jusqu’au 4 juin. Initiées par le chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye, les discussions vont tourner essentiellement autour des questions politiques et électorales. Si une partie de l’opposition a répondu au pouvoir et à ses alliés, l’Alliance pour la République (APR) de l’ex-président Macky Sall et d’autres opposants ont préféré ne pas s’y rendre. Pour certains citoyens, tout cela semble loin des préoccupations du quotidien.

Si pour le chef de de l’État, Bassirou Diomaye Faye et ses partisans, le contexte est propice pour discuter avec « sérénité et lucidité », pour l’opposant Khalifa Sall, qui a accepté de prendre part au dialogue, le climat politique reste « difficile pour l’opposition ».

C’est pour cette raison d’ailleurs qu’une autre partie de l’opposition et quelques mouvements de la société civile ont, parallèlement et le même jour, organisé ce qu’ils ont qualifié de « contre-dialogue des forces vives » pour dénoncer ce qu’ils qualifient de dérives du régime.

Pour ajouter à la cacophonie, Barthélémy Dias, ancien maire de Dakar et ex-allié des tenants de l’actuel pouvoir, a également choisi la même date pour lancer son mouvement politique.

Dans la banlieue dakaroise, toutes ces grandes messes politiques suscitent peu d’intérêt chez certains. « Les urgences sont ailleurs », clame Oumar Diop, un électricien de la trentaine, vivant à Ndiakhirate, à environ une trentaine de kilomètres du centre de Dakar. « L’argent ne circule pas », se plaint-il, répondant aux sollicitions de Ouestaf News.

Pour ce travailleur indépendant qui vit de ses prestations de services au jour le jour, la situation économique doit être la « priorité » des autorités dans le contexte actuel. Il ne se gêne pas pour affirmer qu’il n’a pas suivi la cérémonie de lancement pourtant retransmise en direct par la radiotélévision sénégalaise (RTS, public).

Retraité de plus de 70 ans, Mamadou Ba, se montre également sceptique quant aux répercussions de ces concertations sur le vécu des populations. Pour lui, « ça ne change pas grand-chose » au regard des différents dialogues qui ont eu lieu au Sénégal. Comme l’électricien Oumar Diop de Niakhirate, cet ancien employé de la Compagnie sucrière sénégalaise affirme aussi ne pas avoir suivi les débats faute de temps.

Les différents dialogues auquels fait allusion M. Ba ont été tenus sous l’ancien régime. Ces assises en sont à leur quatrième édition, ayant été initiées en 2016 par l’ex-président Macky Sall (2012-2024).

Pourtant, le président Bassirou Diomaye Faye fonde ses espoirs sur ce dialogue, lancé « en temps de paix », selon son message à la cérémonie d’ouverture. Il s’agit, selon lui, de trouver des consensus sur les réformes qui façonnent le système politique sénégalais.

Maimouna Ndiaye, une enseignante en service dans une école du primaire de la banlieue nourrit le même espoir.  Elle estime qu’il s’agit d’une « bonne initiative ». Même si elle n’a pas suivi l’intégralité des discours parce qu’étant « occupée », elle dit espérer que ce dialogue puisse « apaiser » les rapports de forces entre le pouvoir et l’opposition.

Bassirou Diomaye Faye a été certes élu par une majorité confortable de 54 % au premier tour à la présidentielle de 2024, mais il peine à apaiser les rancœurs et à pacifier l’espace public.

Cette persistance des tensions a d’ailleurs été relevée par quelques participants issus de l’opposition. Ce fut notamment le cas avec l’ancien maire de Dakar, Khalifa Sall, qui fut pour un moment l’allié de l’actuel parti au pouvoir, ainsi que l’ex-Premier ministre, Amadou Ba, candidat malheureux à la présidentielle de mars 2024.

D’autres comme Aly Ngouille Ndiaye, ancien ministre de l’Intérieur sous Macky Sall, ont dénoncé les interdictions de sortie du territoire de dignitaires de l’ancien régime, les arrestations d’opposants et les mesures contre la presse, toutes jugées illégales ou contraires à la constitution.

Il est vrai que les nombreuses interpellations de journalistes, d’activistes et de chroniqueurs des médias, principalement pour « diffamation » et « diffusions de fausses nouvelles », contribuent à maintenir le climat politique tendu.

C’est pour ces raisons d’ailleurs qu’une autre partie de l’opposition a décidé de boycotter le dialogue. L’Alliance pour la République (APR)de l’ancien président Macky Sall, première force actuelle de l’opposition au Parlement, a rejeté l’invitation du chef de l’Etat malgré les efforts de médiation de la société civile. Le parti de Macky Sall justifie son boycott par ce qu’il appelle un « climat de persécution politique » du fait des arrestations et des poursuites judiciaires engagées contre plusieurs figures de son camp.

Le camp du boycott compte d’autres figures de l’opposition comme Thierno Alassane Sall, président du parti La République des valeurs (RV). C’est aussi le cas de Thierno Bocoum, président du parti AGIR (Alternative générale pour les intérêts de la République) et de Pape Djibril Fall, patron des Serviteurs.

Plus radicaux encore, d’autres acteurs ont, quant à eux, tenu un « contre-dialogue des forces vives » en parallèle du dialogue convoqué par le pouvoir. Sous la houlette du journaliste devenu homme d’affaires, Bougane Guèye Dany, leader du mouvement Gueum Sa Bopp (croire en soi), quelques organisations de la société civile et des acteurs politiques ont répondu présents à ce contre-dialogue. Les propos qui y ont été tenus étaient très virulents contre le régime.

Cette rencontre a vu la participation du Rassemblement des travailleurs du Sénégal (RTS). Ce mouvement, nouvellement créé, regroupe des agents des services publics ou parapublics licenciées après l’arrivée au pouvoir du Pastef (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité).  

Le contre-dialogue, selon ces initiateurs, constitue « la voix des sans-voix », notamment les travailleurs licenciés, les paysans désemparés, les artisans déguerpis, etc. L’essentiel des intervenants y ont critiqué le « dialogue national » organisé par le pouvoir.

Le Sénégal n’en est pas à sa première tentative de « dialogue » afin de réformer ses institutions, mais jusque-là les partis au pouvoir ont constitué des obstacles à des changements en profondeurs qui menaceraient leurs privilèges.

IB/ts


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