Sénégal : l’Etat dissout le Pastef d’Ousmane Sonko

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Le parti les Pastef dissout par l'Etat à cause des violentes manifestations de rue depuis mars 2021.

Ouestafnews – Le ministère sénégalais de l’Intérieur a annoncé la dissolution, par décret, ce 31 juillet 2023, du parti les Patriotes du Sénégal pour le Travail, l’Ethique et la Fraternité (Pastef, opposition). Le même jour, le leader de ce parti, Ousmane Sonko, a été inculpé pour au moins six chefs d’accusation et placé sous mandat de dépôt.

Dans une déclaration qui circule sur les réseaux sociaux, le bureau politique du Pastef a immédiatement réagi pour dénoncer « une illégalité flagrante », estimant que le Pastef est « l’un des rares partis politiques légalement constitués qui s’acquitte de toutes ses obligations légales ».

Cependant, pour le pouvoir en place, la décision se justifie. Le parti est accusé, « à travers ses dirigeants et ses instances » d’avoir « fréquemment appelé ses partisans à des mouvements insurrectionnels, ce qui a entrainé de lourdes conséquences, incluant de nombreuses pertes en vies humaines, de nombreux blessés, ainsi que des actes de saccage et de pillage de biens publics et privés », selon le communiqué signé par le ministre de l’Intérieur, Antoine Félix Abdoulaye Diome.

D’après ce document, les derniers actes en date « sont les graves troubles à l’ordre public enregistrés au cours de la première semaine du mois de juin 2023, après ceux du mois de mars 2021 ».

Le 1er juin, des manifestations d’une rare violence avaient éclaté à Dakar et dans plusieurs parties du Sénégal, suite à la condamnation de l’opposant (par contumace) à deux ans de prison ferme pour « corruption de la jeunesse ». Il était poursuivi dans une affaire pour laquelle il était accusé de « viols » et « menaces de mort » par une jeune fille employée d’un salon de massage, « Sweet beauté ». Les manifestants s’en étaient pris à plusieurs sites et édifices publics, dont l’Université Cheikh Anta Diop et à des résidences des partisans du régime. 

La dissolution du Pastef est intervenue juste après l’inculpation et le placement sous mandat de dépôt de son leader, Ousmane Sonko, le même jour à Dakar. Il est poursuivi pour « appels à l’insurrection » ; « association de malfaiteurs » ; « atteinte à la sûreté de l’Etat, complot contre l’autorité de l’Etat » ; « actes et manœuvres à compromettre la sécurité publique et à créer des troubles publiques graves » ; « association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste » et  « vol ».

Entre mars 2021 et juin 2023, environ 600 personnes, selon le Pastef, dont des militants de ce parti, ont été arrêtés par les autorités, à la suite des manifestations liées aux différentes procédures judiciaires de M. Sonko. Ses partisans et ses avocats ont toujours affirmé que ces affaires judiciaires sont un moyen pour l’écarter de la présidentielle de 2024.

Pour le gouvernement, le Pastef a failli « aux obligations des partis politiques ». Le document du ministère de l’Intérieur invoque, entre autres, « l’article 4 de la Constitution » et « l’article 4 de la loi n° 81-17 du 06 mai 1981 relative aux partis politiques, modifiée par la loi n° 89-36 du 12 octobre 1989 ». D’où sa dissolution et la liquidation de ses biens « conformément aux dispositions légales et réglementaires en vigueur ».

Dans sa déclaration mentionnée plus haut, le bureau politique de Pastef affirme n’avoir « pas encore reçu une quelconque notification » de la décision du gouvernement sénégalais, mais prévoit de la contester « par les voies légales » dès que la notification lui parviendra.

Suite à ces nombreuses affaires en justice, l’opposant Sonko, avait argué qu’il s’agissait d’un combat politique et d’un complot ourdi par le camp du président Macky Sall pour l’écarter de la présidentielle, prévue en février 2024.

M. Sonko avait alors lancé, avec ses partisans, un mot d’ordre assez dur lors d’un meeting dans la banlieue dakaroise, le 23 janvier 2023, contre le pouvoir en place, accusé par l’opposant d’être à l’origine de tous les dossiers en justice contre lui. Ses soutiens avaient traduit ce slogan émis en wolof (une des langues nationales du Sénégal) par « œil pour œil, dent pour dent ». Depuis, les deux camps se livrent à une bataille à mort, qui est loin d’avoir dit son épilogue.

FD /ts

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