Sénégal – présidentielle : inflation de candidatures

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A quand le scrutin présidentiel au Sénégal? Grosses inquiétudes sur le respect du calendrier républicain après le report sine die du président Sall. Photo/Capture d’écran

Ouestafnews – Le Conseil constitutionnel n’a pas encore communiqué le nombre exact ou final de dossiers de candidature qu’il a reçus pour l’élection présidentielle du 25 février 2024. Mais les médias, dont notamment le quotidien national Le Soleil (public), évoque près d’une centaine de dossiers déposés. Une inflation de candidatures qui fait jaser.

Selon le quotidien pro-gouvernemental, Le Soleil, au moins 90 dossiers de candidatures pour l’élection présidentielle de février 2024 ont été reçus par le Conseil constitutionnel à la date du 26 décembre 2023, date fixée par l’instance judiciaire pour la clôture du dépôt des candidatures.

Plusieurs personnalités politiques de l’opposition comme de la mouvance présidentielle figurent sur la liste des candidats annoncés. Il s’agit notamment d’Amadou Ba, dauphin du président sortant Macky Sall, Ousmane Sonko, figure de proue de l’opposition, Aminata Touré et Mouhamed Boun Abdallah Dionne tous les deux anciens premiers ministres de Macky Sall.

Ce nombre important de candidatures fait jaser dans les médias et sur les réseaux sociaux, chacun y allant de son petit commentaire.

Dans un édito intitulé « Rions un peu de cette présidentielle », publié par le journal Le Quotidien (privé) le 26 décembre 2023, le journaliste Pape Samba Kane, y va de sa plume satirique pour railler la pléthore de candidatures annoncées.

« Entre les annonces de candidatures improbables ou carrément loufoques, les parrainages en veux-tu, en voilà  (.. .), et les dépôts de caution fictifs ou provocateurs, sans parler des contentieux (déjà) préélectoraux interminables, qui transforment nos hautes cours en opéra bouffe, prendre cette affaire au sérieux est impossible pour un esprit simple », écrit le journaliste.

« Vu le nombre de candidats à la candidature à l’élection présidentielle de février 2024 au Sénégal, une amie se demande si tout le monde n’était pas candidat là-bas », ironise Me Mamadou Ismaïla Konaté, ancien ministre de la justice au Mali, sur son compte X (ex-Twitter), le 28 décembre 2023.

Sur le même réseau social, Amadou Wagne doctorant en Science politique et porte-parole du parti Awale (opposition) dont le leader a déposé sa candidature s’interroge : «  comment peut-on mettre un système qui ouvre plus la voie à l’hypertrophie de candidatures qu’auparavant ?». Pour M. Wagne,  « trop de démocratie tue la démocratie et souille l’idéal électoral ».

Toutefois Pape Samba Kane espère que « quand le filtre des parrainages retiendra, dans son filet, les porteurs, nombreux, d’illusions présidentielles, tout le monde saura qui était qui ».

L’élection présidentielle de 2024 se tient au Sénégal dans un contexte marqué par une vive tension politique depuis presque trois ans. Reflet de ces tensions : trois parmi les candidats ayant déposé leurs dossiers de candidatures se trouvent actuellement en prison.

L’opposant Ousmane Sonko, en détention préventive, est officiellement « rayé » des listes électorales. Il a entamé une procédure judiciaire (toujours en cours) pour contester la décision. Il a tout de même déposé son dossier de candidature, sans avoir pu obtenir les fiches de parrainage auprès de la Direction générale des élections (DGE), ni versé sa caution à la Caisse de dépôt et consignation (CDC). Ces deux institutions lui ayant fermé leurs portes.

L’une des pièces fondamentales du dossier de candidature est la fiche de parrains. Lors de la période de collecte des parrainages entre le 27 septembre et le 5 décembre 2023, plus de 250 candidats potentiels ont retiré des fiches auprès de la Direction générale des élections (DGE).

Deux modes de parrainage sont prévus par le code électoral. Le premier est le parrainage citoyen (par les électeurs), le second est le parrainage par des élus (élus locaux ou des députés)

Pour le parrainage citoyen, l’article 120 du code électoral fixe un minimum de 0,6 % et un maximum de 0,8 % des électeurs inscrits sur le fichier électoral. Cela donne respectivement 44.231 et 58.975 électeurs. Ces électeurs-parrains doivent obligatoirement provenir d’au moins sept sur les quatorze régions que compte le Sénégal. Le candidat doit recueillir au moins 2.000 parrains dans chacune des sept régions.

Quant au parrainage des élus parlementaires, le code électoral exige une liste de 8 % des députés composant l’Assemblée nationale. Cela correspond à treize députés.

Les candidats qui choisiront le parrainage par des élus locaux doivent fournir une liste de 20 % des présidents de conseil départemental et des maires sur l’ensemble du territoire national, soit 120 élus.

Selon le code électoral, seuls les dossiers complets constitués de toutes les pièces requises devraient être pris en compte dans le tirage au sort pour déterminer l’ordre de vérification des dossiers de parrainage.

Le Conseil constitutionnel a retenu le 20 janvier 2023 pour annoncer la liste officielle des candidats admis pour le premier tour du scrutin du 25 février 2023. Mais auparavant, cette haute juridiction procédera le 29 décembre 2023 au tirage au sort pour déterminer l’ordre de vérification des dossiers de parrainage.

Après validation et publication de la liste définitive des candidatures retenues pour le premier tour du 25 février, la campagne électorale de 21 jours se déroulera entre les 3 et 24 février 2023.

Lors de l’élection présidentielle de 2019, sur 27 dossiers de candidatures reçus, le Conseil constitutionnel n’en avait validé que cinq. Il s’agissait des candidats Macky Sall, Ousmane Sonko, Madické Niang, Idrissa Seck et El Hadj Issa Sall.

A l’époque, parmi les 22 candidatures recalées, figuraient plusieurs figures représentatives de l’opposition, notamment El Hadji Malick Gakou, l’ancien premier ministre, Abdoul Mbaye, Bougane Guèye Dani, Khalifa Ababacar Sall et Karim Wade.

 FD/ts

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