Togo : confusion, fraude et connivence autour des tests Covid

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Ouestafnews – Les test PCR aiguisent les appétits au sein des cliniques privées au Togo. Une situation dont pâtissent les populations, en particulier les cas dits « suspects ».

Edwige est étudiante à l’université de Lomé. Sa mère est hospitalisée à Biassa, une clinique de la place. Sa maladie n’est pas encore déterminée mais les signes cliniques laissent penser au Covid-19. Pour un test PCR, la clinique a facturé 35.000 FCFA au lieu du tarif homologué de 20.000 FCFA.  

Au service des renseignements de la clinique, on maintient que le coût est bel est bien de 35.000 FCFA.

La pilule est dure à avaler pour Edwige. « Quand vous avez un proche vulnérable, entre la vie et la mort, vous ne pouvez faire que ce que le corps médical vous prescrit ». Résignée, elle considère l’acte comme un « abus ». Rien de plus. Elle souhaiterait que l’Etat exerce des contrôles « pour mettre fin à cette forme d’arnaque».

Au Togo, les cliniques privées ne sont pas autorisées à faire le test anti-Covid, en particulier parce qu’elles ne disposent pas d’appareils dédiés. Mais peuvent effectuer des prélèvements et les envoyer au laboratoire du CHU Campus, habilité à faire les analyses. Un circuit a été mis en place à cet effet par l’Etat.

Au début de la pandémie, le prix du test était fixé à 40.000 FCFA au Togo. Mais depuis le 7 juillet 2021, un arrêté interministériel a réduit les prix des tests pour les voyageurs, par voie aérienne. Cet arrêté fixé le nouveau prix des tests à 25.000 FCFA, pour permettre au Togo de se conformer à une décision du 25 mars 2021 de l’Union économique et monétaire ouest africaine (Uemoa, huit pays).

Pour les patients (non voyageurs) qui présentent des signes cliniques nécessitant d’effectuer le test, le même arrêté fixe les tarifs à 20.000 FCFA au niveau des cliniques privées.  Au sein des structures publiques de santé, le test reste gratuit pour les patients présentant les signes cliniques.

Confusion

En dépit des dispositions en vigueur, les prix des tests PCR pratiqués dans les centres de soins privés restent élevés. Certaines structures semblent exploiter la situation sanitaire pour réaliser le maximum de bénéfices sur le dos des populations.

La clinique Biassa n’est pas la seule à pratiquer des « prix exagérés », selon les usagers. A la clinique « Autel D’Elie », une fiche d’annonce dans le hall informe : « Test Covid-19 disponible ici à 35.000F CFA ». A « Le Cœur », il est à 27.500 FCFA, selon les informations reçues à l’accueil.

 Dans certaines structures privées comme la « Clinique de l’aéroport » et la « Clinique Saint-Joseph », les « cas suspects » sont testés à raison de 10.000 FCFA.

A la Clinique de l’aéroport, un agent à l’accueil a expliqué à Ouestaf News que cette somme est payée directement par le patient lui-même à un agent de santé extérieur à la clinique qui vient faire le prélèvement. La source ne précise pas cependant si l’agent de santé vient du CHU Campus, seule structure habilité à recevoir les prélèvements effectués dans les cliniques privées.

A la « Clinique Saint-Joseph », l’agent des services des renseignements a lui aussi précisé que « le tarif de 10.000 FCFA est pour un résultat communiqué oralement au patient. Si ce dernier veut un certificat imprimé des résultats de ses tests, il devra payer 15.000 francs de plus soit 25.000 au total ».  

« Face à la persistance de la pandémie, de plus en plus de personnes vont effectuer des tests PCR. Il faut que le gouvernement veille à ce qu’il n’y ait pas d’abus dans les structures sanitaires », recommande Edwige, l’étudiante.

Selon le médecin-colonel Djibril Mohaman, responsable de la Coordination nationale de gestion de la riposte au Covid-19 (CNGR-C19), la piste de la fraude n’est pas écartée. Il s’adressait à Ouestaf News en marge du point de presse hebdomadaire de la coordination, le 1er décembre 2021 à Lomé.

Suspicion et connivence

En proposant des tests PCR à leurs patients présentant des signes cliniques, les cliniques privées se font de l’argent en sous-traitant l’analyse avec des hôpitaux publics alors que les tests sont gratuits au sein des structures publiques. Les coûts de ces tests sont partagés  entre cliniques privées et structures publiques.

« Le recours aux cliniques privées pour faire les prélèvements permet de gagner du temps et d’empêcher que les cas suspects trainent avant le diagnostic », a indiqué le médecin-colonel Djibril Mohaman à Ouestaf News. Ces échantillons sont convoyés au CHU Campus pour être testés « car aucun laboratoire privé ne dispose d’appareils pour tests Covid », ajoute-t-il.

Selon l’arrêté interministériel cité plus haut, les structures sanitaires habilitées à faire les tests Covid sont l’Institut national d’hygiène de Lomé et Kara, le Laboratoire national de référence des mycobactéries du CHU Sylvanus Olympio, le Laboratoire mobile de l’Aéroport international Gnassingbé Eyadema, le Laboratoire Biolim/Fss de l’Université de Lomé, le Laboratoire du CHU de Kara et les laboratoires des CHR de Dapaong et Sokodé.

La situation semble d’autant plus inextricable que « personne n’amène les prélèvements au CHU Campus », affirme le Responsable de la Coordination nationale de gestion de la riposte au Covid-19 (CNGR-C19).  

Alors, par quel miracle des tests PCR Covid en bonne et due forme peuvent-ils être délivrés par les structures privées ? Cela expliquerait-il la floraison supposée du commerce de « faux tests ou négatifs » payés à prix d’or et dans lequel des cliniques seraient impliquées ?

En août 2020, trois personnes travaillant pour une clinique privée à Lomé sont suspectées d’avoir délivré de faux résultats de tests PCR. L’affaire est partie d’un voyageur testé positif à l’aéroport qui souhaitait se rendre à l’étranger. En échange de quelques billets, un résultat, cette fois, négatif a été délivré par la clinique mais le manège est décelé par les autorités.

 Selon le médecin Colonel Djibril Mohaman qui a rendu publique l’affaire lors d’un point de presse, le voyageur, de même que les agents de la santé impliqués ont été arrêtés et seront jugés.

DHA/fd/md/ts

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