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Togo-Elections locales : la campagne débute sous la hantise des récentes violences

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Ouestafnews – Au Togo, quelques heures après la répression violente des manifestations de fin juin, la campagne pour les élections municipales du 17 juillet 2025 s’est ouverte dans un climat encore plus tendu. Alors que le parti au pouvoir se dit mobilisé pour gagner, l’opposition reste divisée sur sa stratégie : participer ou boycotter.

La campagne électorale pour les municipales du 17 juillet 2025 a officiellement débuté le mardi 1er juillet 2025. Une annonce faite par le gouvernement dans un communiqué publié le même jour et consulté par Ouestaf News. Si cette entame s’est déroulée dans le calme, selon les médias locaux, le contexte reste lourd après la violente répression des manifestations qui ont secoué le pays, avec plusieurs morts et blessés ainsi que des arrestations.

Pendant deux semaines, les 494 listes de candidats validées par les autorités tenteront de convaincre plus de 4 millions d’électeurs appelés à choisir 1.527 conseillers municipaux dans les 117 communes du pays. Mais ce lancement survient dans ce climat tendu, encore marqué par la répression sanglante des manifestations de fin juin 2025 et les accusations de dérive autoritaire visant le pouvoir.

L’Union pour la République (UNIR), parti au pouvoir, a donné le ton en mobilisant ses partisans autour du mot d’ordre de « paix et développement ». En face, certains partis d’opposition ont décidé d’aller à la rencontre des électeurs malgré des divergences fortes sur la légitimité du processus électoral, selon le portail officiel d’information, République Togolaise.

C’est notamment le cas des Forces démocratiques pour la République (FDR) et de l’Alliance nationale pour le Changement (ANC), deux formations historiquement critiques du pouvoir, selon la même source. Leur campagne a été lancée dans plusieurs communes de Lomé, avec une mobilisation encore « timide ».

D’autres partis, en revanche, ont décidé de boycotter le scrutin. Le Parti socialiste pour le Renouveau (PSR), la Dynamique pour la Majorité du Peuple (DMP), l’Alliance des Démocrates pour le Développement intégral (ADDI), Santé du Peuple, le Comité d’Action pour le Renouveau (CAR), ainsi que d’autres mouvements politiques, exigent encore un report du vote.

Les tensions nées des manifestations de fin juin pèsent encore lourdement sur l’ambiance générale. A preuve, 48 heures avant le début de la campagne, les autorités judiciaires ont présenté au parquet plusieurs personnes interpellées lors des violents heurts des 26, 27 et 28 juin 2025. Trente-et-une d’entre elles ont été placées en détention provisoire pour « trouble aggravé à l’ordre public », selon l’opposition.

Ces arrestations font suite à une série de protestations contre la nouvelle Constitution entrée en vigueur en mai 2025 après son adoption l’année précédente. Ce changement constitutionnel attribue l’essentiel des pouvoirs de l’Etat à un président du Conseil des ministres issu du parti majoritaire à l’Assemblée nationale, l’Unir. Une frange de l’opposition et une partie de la société civile l’assimilent à un « coup d’État constitutionnel » qui ouvre la voie à un régime parlementaire taillé sur mesure pour le maintien au pouvoir du président Faure Gnassingbé.

Selon plusieurs organisations de défense des droits humains, la répression des manifestations a provoqué la mort d’au moins sept personnes dont deux mineurs retrouvés noyés dans une lagune à Lomé. Le gouvernement, quant à lui, nie toute responsabilité directe, évoquant des noyades accidentelles dues aux intempéries. Une défense jugée peu crédible par plusieurs voix indépendantes, dont la Conférence des évêques catholiques du Togo, qui a exprimé sa « consternation » face à l’usage disproportionné de la force par les autorités.

Alors que sa réaction était attendue, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a exprimé ses regrets face aux conséquences en vies humaines et matérielles des violences, dans un communiqué en date du 30 juin 2025. Elle a offert sa médiation aux acteurs politiques et sociaux afin de préserver un climat apaisé dans le pays.

Le climat de violence a été renforcé par la mise en place d’une force spéciale de sécurisation de la campagne électorale créée par décret présidentiel en date du 26 juin 2025. Si le ministère de la Sécurité se veut rassurant, certains candidats redoutent des intimidations et des restrictions de mouvements, en particulier dans les zones considérées comme des bastions de l’opposition.

En même temps que la fracture politique s’élargit, une incertitude juridique plane sur le fichier électoral qui fait l’objet de plaintes de plusieurs partis d’opposition. Ceux-ci mettent en cause sa fiabilité et sa sincérité. De son côté, la Commission électorale affirme avoir procédé à l’enrôlement rapide des citoyens concernés, notamment ceux ayant atteint la majorité depuis le dernier recensement de 2023. Selon la Commission, cette mise à jour avait pour objectif de garantir un fichier électoral « fiable et actualisé » en prévision des prochains scrutins.

Bien avant le lancement de la campagne électorale, des groupes de l’opposition avaient réclamé, sans succès, le report du scrutin et l’abrogation de la nouvelle Constitution.

Ainsi, le Togo engage la période électorale dans un climat où la compétition démocratique semble affaiblie. Si la campagne électorale a bien débuté, elle ne masque ni les divisions politiques, ni les blessures ouvertes par la répression de fin juin. Les électeurs, eux, devront choisir dans moins de deux semaines entre continuité et volonté de changement local.

Reste à savoir si cette campagne pourra véritablement ouvrir un espace d’expression libre et équitable, ou si elle s’inscrira dans la continuité de la répression.

HD/md


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