Ouestafnews – Cinq corps ont été repêchés dans deux plans d’eau de la capitale togolaise peu après les manifestations réprimées de fin juin 2025. Alors que les autorités évoquent des noyades sans lien avec les troubles, l’opposition et les organisations de défense des droits humains exigent que lumière soit faite sur ces cas. Le procureur de la république a annoncé l’ouverture d’une enquête.
« Sur l’ensemble de ces corps découverts durant la période susmentionnée, une enquête judiciaire a déjà été ouverte contre X et elle est en cours », a annoncé Talaka Mawama, procureur de la République près le tribunal de Lomé, le 6 juillet 2025, sur la chaine de télévision publique du Togo. Il explique que cette enquête est diligentée pour permettre d’« élucider les circonstances précises et la cause exacte de ces décès ».
Entre les 26 et 28 juin 2025, des manifestations ont éclaté dans plusieurs quartiers de Lomé. Les protestataires dénonçaient la réforme constitutionnelle de mai 2025, la vie chère et la répression politique. Au moment de ces mouvements d’humeur et de la violente répression qui a suivie, les corps de cinq personnes ont été retrouvés dans les eaux du 4ᵉ lac à Akodessêwa et dans la lagune de Bè à Lomé, comme le précise le portail officiel d’information République Togo.
Lors de sa prise de parole du 6 juillet 2025, le procureur de la République a révélé que les premières expertises médico-légales concluaient à des cas de noyade, sans trace de violence apparente.
Deux des victimes, des frères béninois âgés de 23 et 25 ans, ont été repêchées le 27 juin du 4ᵉ lac. D’après le procureur, leur décès remonterait à 48 heures avant le début des manifestations, écartant ainsi tout lien avec les événements. Le parquet, reprenant les témoignages familiaux, souligne que les deux Béninois avaient quitté leur domicile le 25 juin pour assister à une fête et ne seraient jamais rentrés.
Le même jour, deux autres corps ont été retrouvés dans la lagune de Bè : celui d’un élève de troisième et celui d’un adolescent de 15 ans. Le lendemain, un cinquième corps, celui d’un Gabonais de 21 ans, a été extrait de la même lagune. Là encore, les autorités parlent de noyade sans violence, tout en regrettant qu’un des corps ait été inhumé sans autopsie préalable.
Face à ces découvertes, des voix critiques s’élèvent. L’opposition, appuyée par plusieurs organisations de défense des droits humains, évoque un bilan plus lourd : au moins sept morts attribués à la répression des manifestations. Elles demandent une enquête indépendante sur les causes réelles de ces décès, pointant des cas présumés de brutalités policières, d’arrestations arbitraires et de mauvais traitements.
Amnesty International et d’autres ONG s’alarment également de l’usage excessif de la force et du rétrécissement de l’espace civique au Togo, notamment après la convocation de journalistes par la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC) et les restrictions d’accès à Internet constatées fin juin au moment des manifestations.
Dans un communiqué en date du 29 juin, le gouvernement a dénoncé une « campagne de désinformation et d’incitation à la violence » qui serait menée par des individus résidant à l’étranger, avec le soutien de certains acteurs politiques et associatifs. Ces derniers ont, à travers les réseaux sociaux et des contenus falsifiés, « cherché à semer le trouble et déstabiliser les institutions », selon le document.
Le pouvoir met en avant le calme relatif observé dans le reste du pays malgré les appels à la mobilisation, saluant la « maturité » des Togolais et le « professionnalisme » des forces de sécurité. Il affirme que les auteurs des troubles et leurs commanditaires sont poursuivis, avec recours aux mécanismes de coopération pénale internationale.
A propos du bilan des manifestations, le parquet annonce 114 personnes interpellées depuis le début du mois de juin. À ce jour, 87 d’entre elles ont été relâchées. Dix-huit manifestants ont été condamnés à un an de prison, dont onze mois avec sursis, pour troubles aggravés à l’ordre public. Neuf autres sont maintenus en détention dans le cadre d’une information judiciaire, explique le procureur.
Malgré cette répression, les mouvements citoyens et les partis d’opposition annoncent une nouvelle série de manifestations les 16 et 17 juillet 2025. Ce dernier jour coïncide avec les élections municipales, que plusieurs acteurs demandent de reporter dans un contexte jugé peu propice à un scrutin équitable.
Le procureur Talaka Mawama a insisté sur le fait que « toute tentative de récupération politique » des décès constatés serait prématurée et contraire à l’esprit d’impartialité de l’instruction. La suite de l’enquête et la tenue annoncée des nouvelles manifestations s’annoncent comme un nouveau test pour la stabilité politique du pays.
HD/md
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