Vaccin anti Covid au Niger : faible engouement

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Un centre de vaccination à Niamey. Les volontaires se font rares./Photo : Ouestaf News

Ouestafnews – Démarrée en mars 2021, la vaccination contre le Covid-19 ne mobilise toujours pas les Nigériens. Selon les statistiques du ministère de la Santé publique, seul un habitant sur 25, soit 4% des 20 millions de Nigériens se sont fait vacciner. Même ceux qui ont pris leur première dose refusent de prendre la deuxième. Question : comment atteindre les 30% de la population prévu par l’OMS ?

A l’image du vaccin Astra Zeneca, la plupart des vaccins administrés au Niger s’effectuent en deux doses, espacées de quelques semaines. Mais certains Nigériens sont sceptiques à prendre leur seconde dose de vaccin anti-Covid pour compléter leur immunisation.

« Je me suis retrouvé à l’hôpital quatre heures après avoir pris ma première dose d’Astra Zeneca », raconte Youssouf Abdoulaye. Le jeune homme de 29 ans a été hospitalisé pendant 48h à l’Hôpital national de Niamey pour un problème cardiaque. Une crise qu’il lie à la prise de la dose du vaccin anti-Covid. Deux mois après cette expérience, il hésite à prendre la deuxième dose. « Qu’est-ce qui me garantit que je n’allais pas me retrouver dans la même situation ? », se demande Youssouf.

Interrogé par Ouestaf sur le cas de Youssouf Abdoulaye, le médecin généraliste Dr Sayo Farmo explique que « chaque organisme a une manière de réagir à un vaccin donné ». Pour le cas précis, seuls des examens approfondis pourraient permettre de conclure que « sa crise est liée au vaccin ».

Animatrice dans une chaine de télé de la place, Maïmouna Amadou, n’est pas non plus prête à prendre sa deuxième dose d’Astra Zeneca.

« Même pour la première dose, il a fallu que l’équipe de vaccination vienne à mon lieu de travail pour me convaincre », explique l’animatrice qui dit avoir passé la nuit avec une forte fièvre.

Psychose des effets secondaires

En ce matin du 9 septembre 2021 l’ambiance est morose au centre de vaccination du district Niamey 1. Les patients attendus pour prendre leur deuxième dose de vaccin viennent à compte-goutte.

Après avoir plusieurs fois hésité, Aïchatou est quand même venue sur conseil de son médecin. « J’ai été secouée par les effets secondaires pendant 24 heures et j’ai eu très peur », raconte Aïchatou. Pour oser venir prendre la seconde dose, elle s’en est ouverte à son médecin qui l’a rassurée que les effets de la première dose sont le signe que son corps avait bien réagi au vaccin.  

Le Centre de santé du district Niamey 1 regroupe quatre centres de vaccination à savoir, l’Hôpital national de Niamey, l’Hôpital général de référence, l’Hôpital turc et le site du District Niamey 1 basé à Yantala, un quartier populaire de la capitale nigérienne.

Selon les statistiques du District, les quatre 4 centres cumulés ont enregistré, à la date du 9 septembre 2021, un total de 7.334 vaccinés avec Astra Zeneca dont seules 858 personnes ont pris leur deuxième dose.

De nombreuses personnes vaccinées évoquent les effets secondaires pour justifier leur refus de prendre la deuxième dose du vaccin.

Pourtant, selon le ministre de la Santé publique, Dr Idi Illiassou Mainassara joint par Ouestaf News « les effets secondaires sont mineurs même pour la  première dose et parfois n’existent même pas avec la deuxième dose ».

Dans sa rubrique « questions et réponses sur les vaccins contre la maladie à coronavirus » le bureau régional de l’OMS pour l’Afrique souligne que « comme tout vaccin, les vaccins contre le Covid-19 peuvent provoquer des effets secondaires, même si de nombreuses personnes n’en ressentent aucun ».

L’OMS ajoute que dans la majeure partie des cas, ces effets secondaires sont « bénins et de courte durée ». « Ils peuvent comprendre une douleur au point d’injection, de la fatigue, de la fièvre, des frissons, des nausées ou des maux de tête. Les manifestations post-vaccinales graves sont extrêmement rares », précise le bureau régional Afrique de l’instance onusienne.

Le médecin généraliste Dr Sayo Farmo estime que le seul inconvénient est la baisse de l’immunité. « Celui qui reçoit les deux doses est plus protégé ». Des études ont montré qu’avec une seule dose, l’organisme produit moins d’anticorps, seule la deuxième dose permet une immunité optimale » précise-t-il.

Depuis la déclaration du premier cas en mars 2020, le Niger n’a enregistré, à la date du 10 octobre 2021, que 6.115 cas dont 204 morts, sur une population totale de 20 millions d’habitants. Ce qui en fait l’un des pays les moins touchés en Afrique de l’Ouest, comparé à des pays comme le Sénégal par exemple qui totalise 73.837 cas confirmés dont 1.868 morts à la même date, pour une population de 17 millions habitants. Pour le ministre de la Santé publique, ce faible taux explique aussi « le manque d’engouement » des Nigériens pour la vaccination.

La rupture de vaccins a aggravé la situation

Entre les deux doses, d’Astra Zeneca, le ministère a opté pour un espacement de deux mois entre la première et la deuxième dose. Mais la rupture de doses de ce vaccin que le pays a connu a perturbé la campagne de vaccination.

Entre-temps, le délai fixé pour la prise de la deuxième dose de Maïmounatou Moussa a expiré de deux semaines. « Je devrais avoir ma seconde injection le 26 août. J’ai fait plusieurs allers retours au centre mais le vaccin n’était pas disponible », indique la jeune femme d’une trentaine d’années qui a finalement « reçu le vaccin » le 10 septembre 2021.

Dans une correspondance en date du 6 septembre 2021, la direction régionale de la Santé publique de Niamey a annoncé la disponibilité à nouveau du vaccin. Pour amener les Nigériens à aller se faire vacciner, l’Etat a organisé une deuxième « campagne nationale de vaccination de masse qui a pris fin ce 11 octobre 2021 ».

A la date du 5 octobre 2021, le Niger a reçu 1.350.000 doses de vaccin toutes catégories confondues. Selon le ministre de la Santé publique, l’Etat attend 2.100.000 autres doses qui seront « réceptionnées en fonction de l’épuisement du stock ». Ces doses sont attendues dans le cadre du Covax, une initiative de l’OMS qui vise à fournir deux milliards de doses de vaccin à environ un quart de la population des pays les plus pauvres d’ici la fin de 2021.

BA/fd/ts

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