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AES – Cedeao : la coopération, solution pour vaincre le « terrorisme » (experts)

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Ouestafnews – La méfiance et la faible coopération, entre les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) et ceux de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), créent un vide sécuritaire qui profite aux groupes armés, surtout dans les zones frontalières. Pour y faire face, les Etats doivent renforcer leur collaboration.

La coopération est « difficile voire inexistante » entre certains pays de l’AES (Burkina Faso, Mali et Niger) et ceux de la Cedeao (13 pays depuis le départ des membres de l’AES), estime Dr Oswald Padonou, politologue et spécialiste des questions militaires.

Selon ce chercheur béninois, les armées de la région coopèrent « très peu » et via des « canaux informels » alors que les groupes armés sévissent de part et d’autre des frontières.

Face à ces relations « compliquées » entre les Etats des deux blocs, la situation s’est « empirée » aussi bien pour les trois pays sahéliens que pour les pays côtiers, souligne Dr Abdel Aziz Mossi, également béninois et spécialiste de l’extrémisme violent à l’Université de Parakou (Bénin).

Les deux experts s’exprimaient lors d’un panel en ligne organisé le 26 novembre 2025 par Timbuktu Institute, un think thank basé à Dakar et spécialisé sur les questions de paix et de sécurité en Afrique.

Pour le docteur Abdel Aziz Mossi, les attaques qui ont touché le Bénin entre janvier et avril 2025 illustrent ces difficultés. Selon lui, ce pays se retrouve « seul » face à la menace en raison de l’absence de coopération avec le Niger et le Burkina Faso voisins. Le froid entre Cotonou et ses deux voisins du nord et l’absence d’échange de renseignements facilitent le repli des assaillants vers ces pays voisins.

Le Bénin a subi des attaques « terroristes » meurtrières perpétrées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM). Les assaillants avaient visé des positions de l’armée dans la zone frontalière avec le Niger et le Burkina Faso, faisant plusieurs dizaines de morts.

Face aux hommes armés supposés venir de ces pays, les autorités béninoises avaient déploré un manque de coopération avec Niamey et Ouagadougou, sans toutefois les nommer. Ces relations « dégradées » rendent difficile la lutte contre le terrorisme, avait reconnu le président béninois Patrice Talon en mars 2025.

De son côté, le général Abdourahamane Tiani, arrivé à la tête du Niger en juillet 2023 via un putsch, accuse régulièrement Cotonou de soutenir et de former des terroristes pour déstabiliser son pays. Des accusations « graves et sans fondement », répondent les autorités béninoises.

Cette « zone des trois frontières » entre le Bénin, le Niger et le Burkina Faso n’est cependant pas la seule impactée par le bras de fer entre pays de l’AES et ceux de la Cedeao, fait remarquer le journaliste et chercheur, Seidik Abba. Ce dernier, qui dirige le Centre international de réflexions et d’études sur le Sahel (CIRES) basé à Paris, signale également la même situation dans la zone Bénin-Burkina Faso-Togo puis Bénin-Niger-Nigeria.

Pour le journaliste chercheur, la dégradation de la situation dans ces régions frontalières est également liée à l’absence de coordination sécuritaire aussi bien au niveau « bilatéral » qu’au niveau « institutionnel » entre l’AES et Cedeao.

L’AES, mise en place en septembre 2023, est née de la dissension entre les dirigeants militaires Assimi Goïta du Mali, Ibrahim Traoré du Burkina Faso et Abdourahamane Tiani du Niger et le reste de la communauté ouest-africaine.

Les trois pays sahéliens, sortis effectivement de la Cedeao en janvier 2025, reprochaient notamment à cette dernière son absence de soutien contre le terrorisme et les sanctions qu’elle leur avait infligées après les coups d’Etat qui ont porté les présidents Goïta, Traoré et Tiani au pouvoir, respectivement en 2021, 2022 et 2023.   

Au moment où les groupes terroristes travaillent sur ce que Dr Abdel Aziz Mossi appelle une « Cedeao des groupes armés », les États « ont intérêt à dialoguer », avertit-il.

La relance de la coopération sécuritaire « transrégionale » est d’autant plus nécessaire qu’aucun pays ni aucun des blocs (AES ou Cedeao) « pris isolément » ne peut apporter des réponses à la crise, renchérit le chercheur nigérien Seidik Abba.

Depuis l’éclatement de la Cedeao et la création de l’alliance sahélienne, le JNIM, devenu le principal acteur de l’insécurité dans la région, a élargi sa zone d’action. C’est le cas notamment au Mali où le groupe sévit désormais vers les frontières du Sénégal et de la Mauritanie et a réussi à perturber l’approvisionnement de Bamako en carburant pendant plusieurs semaines. 

Le même groupe progresse également de manière « silencieuse » mais « dangereuse » dans le nord du Bénin et du Togo. Dans cette région, les « djihadistes » ne sont plus confinés aux frontières avec le Burkina Faso et aux parcs nationaux tels que le parc W et la région de la Pendjari, selon une étude de la fondation Konrad Adenauer publiée en mars 2025.

Pour rétablir la confiance entre les États de la région, Oswald Padonou préconise l’établissement d’une coopération basée cette fois sur « le bon voisinage ».

Les pays de la région pourraient, dans ce sens, capitaliser sur l’expérience du G5 Sahel qui « n’est pas mort pour absence de résultats », souligne Seidik Abba. Cette organisation avait instauré notamment un droit de poursuite de 50 km de part et d’autre des frontières des pays membres ainsi que des mécanismes d’échanges de renseignements, rappelle le chercheur nigérien.

Composé du Burkina Faso, du Mali, de la Mauritanie, du Niger et du Tchad, le G5 Sahel avait lancé une « Force conjointe » en 2017 pour lutter contre le terrorisme et le crime organisé. Les retraits du Mali puis du Burkina Faso et du Niger entre en 2022 et 2023 ont cependant mis fin à ce cadre de coopération des pays sahéliens. 

Même si les relations ne sont pas « propices » à une coopération militaire « efficace », les « fragilités structurelles » des deux blocs devraient pousser les dirigeants politiques à « se surpasser », souligne Oswald Padonou.

Pour Abdel Aziz Mossi, il existe de « petits morceaux » de coopération sécuritaire bilatérale entre certains pays de l’AES et de la Cedeao. Dans cette dynamique, des pays comme le Sénégal ou le Ghana, qui ont des positions plus « équilibrées » avec les pays de l’AES, peuvent servir d’interface entre les deux blocs, estime le chercheur à l’Université de Parakou.

L’Union africaine ou encore la Mauritanie voire le Maroc, qui ont des expériences réussies dans la lutte contre le terrorisme, pourraient aussi jouer le rôle de « facilitateurs », ont également suggéré les participants au panel.

IB/ts


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