Ouestafnews – La crise qui secoue les universités publiques du Sénégal a atteint un point culminant avec la mort d’un étudiant le lundi 9 février 2026 sur le campus de l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad) de Dakar. Si ce genre de tragédie n’est pas nouveau, il intervient sous un régime qui a été porté au pouvoir sous la promesse du règlement définitif des problèmes de la jeunesse.
Les jeunes désabusés et ses opposants ne le ratent pas. Depuis l’éclatement de la crise dans les universités, chaque jour une vieille déclaration de l’opposant Ousmane Sonko, aujourd’hui Premier ministre, est déterrée pour lui rappeler ses promesses électorales.
Dans une de ces déclarations, on voit un Ousmane Sonko confiant sur une vidéo affirmer : « il est inadmissible qu’au 21e siècle, des étudiants soient confrontés à ce problème élémentaire de paiement des bourses ». Ironie de l’histoire, la crise actuelle, qui vient de faire un mort, tourne autour des bourses.
M. Sonko, leader des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef), alors opposant au régime de Macky Sall, réagissait à chaque fois qu’il y avait une crise dans les universités pour acculer l’ancien régime.
Là où l’opposant affirmait que les revendications des étudiants étaient « totalement légitimes » et les solutions « largement à la portée du gouvernement », le chef du gouvernement se retrouve aujourd’hui face à la réalité du pouvoir.
Suite aux violences policières du lundi 9 février 2026 ayant causé le décès de l’étudiant Abdoulaye Ba, le gouvernement s’est adressé à la presse, le lendemain pour s’expliquer.
« À ce jour, l’Etat ne doit aucun arriéré de bourse aux étudiants », a affirmé le ministre de l’Enseignement supérieur, Daouda Ngom, face à la presse. Pourtant, au cœur de la crise estudiantine actuelle se trouve le non-paiement des bourses.
Tout au plus, consent-il que les autorités gagneraient à aligner le paiement des bourses sur les périodes de cours afin de corriger la distorsion causée par les retards et le chevauchement des années académiques.
De son côté, le ministre de l’Intérieur, Me Bamba Cissé, a justifié l’entrée des forces de sécurité dans le campus par des velléités de « destruction d’infrastructures », révélées par des renseignements.
Il reprenait là des accusations déjà faites par le Premier ministre, lors d’une tournée politique à l’intérieur du pays, qui pointait du doigt l’opposition, accusée d’instrumentaliser les étudiants.
Dans un communiqué, les étudiants s’en défendent et annoncent même une plainte contre le Premier ministre pour « diffamation ». Dans ce document signé par le Collectif des Amicales de l’Ucad, les étudiants expliquent qu’aucune protestation n’était prévue avant l’arrivée des forces de l’ordre sur le campus.
Le mouvement estudiantin a aussi décrété une « université morte », demandent à tous les étudiants de rentrer chez eux et exigeant la libération de leurs camarades interpelés ainsi que l’arrestation des responsables de la mort d’Abdoulaye Ba.
Dans tout le pays c’est l’émoi, relayé à travers les réseaux sociaux surtout que la crise a éclaté depuis des mois sans que le gouvernement ne puisse y apporter des solutions.
Début décembre 2025 déjà, la police est intervenue à l’intérieur du campus de Dakar, provoquant une panique parmi les étudiants. Pourtant, alors qu’il était opposant, l’actuel chef du gouvernement critiquait toute intervention des forces de l’ordre dans l’espace universitaire.
Sur Facebook, le 15 mai 2018, après la mort d’un étudiant à l’université de Saint-Louis (nord), M. Sonko accusait les autorités de l’époque de gouverner dans la « démagogie » et la « roublardise ». Aujourd’hui, le leader de Pastef dit qu’il n’accepte aucun « chantage moral », qu’il vienne des étudiants ou d’autres catégories sociales. Il avait fait cette mise au point le 7 décembre 2025 lors de la « Journée des martyrs », organisée par son parti, en hommage aux victimes des violences politiques survenues entre 2021 et 2024.
Sur les réseaux sociaux, les étudiants s’indignent du traitement qui leur est réservé par les autorités actuelles au vu du rôle que la jeunesse a joué dans le changement intervenu en mars 2024. Pour accéder au pouvoir, le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko, ont bénéficié du soutien crucial de la jeunesse dont une bonne partie était acquise à leur cause.
Lors de ses nombreux déboires judicaires entre 2021 et 2024, Ousmane Sonko a toujours bénéficié d’un soutien sans faille des jeunes et des étudiants en particulier qui lui ont toujours servi de bouclier.
C’était le cas après l’éclatement d’une affaire de viol dont l’accusait une masseuse mais aussi lors de son procès en diffamation contre un ex-ministre de la Jeunesse sous Macky Sall. Des déboires judiciaires qui lui ont valu le rejet de sa candidature à la présidentielle de 2024.
IB/fd/ts
Voulez-vous réagir à cet article ou nous signaler une erreur ? Envoyez-nous un message à info(at)ouestaf.com.


