Ouestafnews – Après sa victoire écrasante à la présidentielle du 28 décembre 2026, Mamadi Doumbouya s’est offert une fastueuse prestation de serment le 17 janvier 2026 en présence de plusieurs chefs d’Etat étrangers. Dans un pays divisé plus que jamais, l’auteur du coup d’Etat de septembre 2021 inaugure une nouvelle séquence politique pour des Guinéens habitués aux promesses sans lendemain. Le tout, sous les regards inquiets d’une classe politique et d’organisations de la société civile marginalisées.
Devant ses nombreux pairs africains venus assister à son investiture au stade Général Lansana Conté à Nongo (Conakry), le nouveau président guinéen a entrevu une Guinée nouvelle débarrassée de ses vieilles habitudes.
« (…) Nous bâtirons des institutions solides et crédibles au service exclusif de l’intérêt général… Je m’engage à gouverner avec intégrité, justice et responsabilité ». A cet effet, il a appelé « toutes les filles et tous les fils de Guinée » à « unir nos forces, nos intelligences et nos talents pour construire notre pays ».
Son premier ministre de transition, Bah Oury, reconduit à la tête du gouvernement le 26 janvier 2026, estime que la victoire de Mamadi Doumbouya « traduit une adhésion nette » des Guinéens à la vision proposée par le chef de l’Etat.
Parmi les milliers de personnes venues assister au cérémonial du 17 janvier, Djakariaou Bournombo n’a pas caché sa joie, lui qui se dit transfuge de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) de l’ancien premier ministre en exil, Cellou Dalein Diallo. « C’est un jour historique pour la Guinée. La présence de plus de 50 000 personnes montre que les Guinéens font confiance en Mamadi Doumbouya. C’est aussi un appel en faveur des réformes pour remettre la Guinée sur les bons rails », dit-il.
Pour certains, l’élection de Doumbouya pourrait permettre de renouveler la classe politique. Au moins, « son élection empêche le retour au pouvoir des vieux politiciens qui ont retardé le pays », estime Aïcha Magassouba, tenante d’une boutique de shopping.
Après la chute de l’ancien chef d’Etat Alpha Condé en septembre 2021, la classe politique et les organisations de la société civile comptaient sur un renouveau démocratique promis par le régime militaire de transition. En lieu et place, ils ont assisté, impuissants, au verrouillage de toutes les institutions et subi une répression permanente.
Les interdictions de partis politiques et les emprisonnements de leaders de la société civile se sont multipliés, de même que les disparitions. Depuis juillet 2024, les Guinéens sont sans nouvelles de deux figures du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), Oumar Sylla alias Foniké Menguè et Mamadou Bilo Bah.
Avec sa « légitimité », désormais acquise dans les urnes après quatre ans de pouvoir transitionnel, Mamadi Doumbouya a plus que jamais les coudées franches pour asseoir sa politique avec plus de vigueur.
Originaire de Télimélé, au nord du pays, Sékou Tidiane Dramé a fait le déplacement jusqu’à Conakry « pour ne pas se faire raconter l’évènement ». Pour lui, l’apaisement et la réconciliation sont indispensables. « (…) Nous attendons maintenant de notre Président qu’il mette les Guinéens au travail, qu’il garantisse la paix et la stabilité ».
Pour Jacques Maomi, commerçant à Ratoma, une commune de la capitale, les militaires voudraient faire croire en la magie transformatrice des gigantesques gisements de minerais de fer de Simandou au bénéfice des populations guinéennes. Mais lui n’attend « rien de bon de quelqu’un qui n’a pas su respecter sa parole donnée ».
Après sa prise du pouvoir en 2021, Mamadi Doumbouya avait pris l’engagement de ne pas briguer le pouvoir présidentiel et de rendre le pouvoir aux civils en deux ans. Mais le 21 septembre 2025, après quatre années au pouvoir sans élections, il a fait voter par référendum, une nouvelle constitution lui permettant d’être candidat à la présidentielle. Une constitution qui a substitué la Charte de la transition que la junte avait fait adopter en 2021.
Société civile et partis politiques perplexes
Mamadi Doumbouya est allé à la présidentielle en étant assuré d’en sortir vainqueur. En amont, tous ses rivaux potentiels, appartenant aux grands courants politiques, avaient été interdits de participation au scrutin.
« Le seul objectif de la mascarade électorale de décembre 2025 était de le maintenir au pouvoir. Rien ne changera », fulmine Souleymane Konaté, coordinateur de la Cellule de communication de l’UFDG.
En exil en Türkiye, l’ancien Président Alpha Condé a, lui aussi, fustigé une « mascarade électorale » à laquelle les Guinéens ont opposé un boycott massif dans un « acte de lucidité et de courage ».
Selon la Cour suprême, le taux de participation au scrutin du 28 décembre 2025 a été de 82,92 %, un chiffre contesté par l’opposition qui se base sur les « faibles affluences » notées dans les centres de vote.
Au niveau de la société civile également, c’est le scepticisme. « A la tribune des Nations unies, Mamadi Doumbouya a déjà dit qu’il ne croit pas en la démocratie », rappelle l’activiste Kadjall Barry interrogé par Ouestaf News.
Après avoir fait campagne pour un « boycott massif » de l’élection présidentielle en réponse au non-respect des engagements pris par Mamadi Doumbouya, le Forum des forces sociales de Guinée (FFSG) dit craindre aujourd’hui « une accentuation de la pression sur la classe politique, la société civile et tous les militants prodémocratie », indique Boubacar Biro Barry, son vice-coordinateur.
Même chez les partis politiques qui ont fait un bout de chemin avec le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD, organe dirigeant du pays sous la transition), l’amertume est palpable.
« Ils distribuent des milliards de francs guinéens à des artistes, alors que des enseignants réclament une petite augmentation de salaire, des personnes nobles disparaissent, des bandits à col blanc sont libres… », regrette Aboubacar Big up Kaba du Parti des démocrates pour l’espoir (PADES).
A l’aube d’un septennat qu’il veut décisif pour changer la vie quotidienne des Guinéens, Mamadi Doumbouya pourra-t-il s’en sortir et, surtout, pourra-t-il sortir la Guinée de l’impasse comme il le promet ? Rien n’est moins sûr.
MYD /md/fd/ts
Voulez-vous réagir à cet article ou nous signaler une erreur ? Envoyez-nous un message à info(at)ouestaf.com.


