Emigration irrégulière : regain d’activités sur les côtes sénégalaises

Thiaroye sur Mer, ce village de pêcheurs à la périphérie de Dakar fut un des principaux point de départ des migrants./Photo : capture d'écran.

Ouestafnews – Des pirogues de fortune bondées de migrants en partance pour les côtes espagnoles ont été récemment interceptées. L’émigration par la voie maritime semble connaître un regain d’activités depuis quelques temps.

Un convoi de 18 candidats à l’immigration clandestine a été arrêté, le 18 juillet 2018, à Saint-Louis (nord), alors qu’il apprêtait à embarquer pour l’Espagne.

Début juin 2018, 53 migrants sénégalais avaient été arrêtés par la gendarmerie mauritanienne, au large de Nouadhibou, pendant qu’ils se dirigeaient vers les Iles Canaries.

Et un groupe de neuf migrants sénégalais et un béninois avaient également été arrêtés à Nouadhibou par les gendarmes mauritaniens pour les mêmes motifs

Cette reprise de la migration clandestine par la mer s’explique par «l’absence de vision prospective et d’initiative stratégique de l’Etat» envers la jeunesse en quête d’un «avenir digne», a déclaré, à Ouestaf News, Boubacar Sèye, président de l’ONG Horizon sans frontière (HSF), basée à Dakar.

Le Sénégal a connu, pendant les années 2000, des départs massifs de jeunes vers l’Europe. Le pays figure aussi parmi les nations les plus touchées par les drames migratoires notamment lors de multiples naufrages en Méditerranée.

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Et pour le chargé de projet à l’ONG Forum civil sénégalais, Moustapha Kémal Kébé, ceci témoigne «d’un désespoir des jeunes » et d’un « échec des politiques de l’Etat ».

« En 2012, le président [Macky Sall] avait (annoncé la création) de 500.000 emplois pour les jeunes. On constate sur le terrain que ce n’est pas toujours le cas », a souligné M. Kebe interrogé par Ouestaf News.

En avril 2012, le président sénégalais s’était engagé à créer 500.000 emplois en sept ans.

Et en mai 2018, Macky Sall, a pourtant annoncé la création de 411.000 emplois depuis 2012. Il a précisé que l’objectif de son gouvernement est de créer 75.000 à 80.000 emplois en 2018.

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En novembre 2017, l’Etat du Sénégal et l’Union européenne ont lancé un programme d’un montant de 26 milliards FCFA, dénommé « Développer l’emploi au Sénégal» pour promouvoir l’emploi de jeunes et lutter contre l’émigration clandestine dans les régions de Sédhiou, Kolda, Saint-Louis, Tambacounda, Kédougou, Matam et Ziguinchor.

Le Sénégal a enregistré au  premier trimestriel de l’année 2018 un taux de chômage estimé à 15,7 % des personnes âgées de 15 ans au plus, selon un rapport de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD).

L’ANSD note également que le chômage touche davantage de femmes (22,1%) que les hommes (9,6%) au Sénégal.

« Féminisation » de la migration irrégulière 

Le 15 juillet 2018, 125 migrants sénégalais ont été secourus par la marine mauritanienne dans les eaux territoriales de la Mauritanie.

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Selon la marine mauritanienne, citée par l’Agence mauritanienne d’information (AMI), les candidats à la migration clandestine, dont sept filles et un nombre non précisé d’enfants mineurs, tentaient de rallier « illégalement » les Iles Canaries.

« Il y a une féminisation des flux migratoires », a souligné le président d’Horizon sans frontière, Boubacar Bèye.

Selon M. Bèye, les femmes représentent « 48,6% des migrations internationales ».

Pour la journaliste sénégalaise, Codou Loum, les femmes quittent le pays dans l’espoir d’une vie meilleure.

« Hier, c’était l’homme qui migrait. Aujourd’hui, c’est cette femme, connue pour être une maman pendant que l’homme travaille, qui prend la route du départ. Parce que ce travail n’existe plus », a indiqué Mme Loum, dans une interview accordée à la Deutsch Welle.

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Le président d’Horizon sans frontière note qu’il n’y a pas de « statut particulier pour les femmes et les enfants qui sont une couche vulnérable ».

« Les femmes migrantes peuvent être confrontées à une discrimination forte. Elles sont vulnérables aux violations des droits de l’homme et peuvent subir une discrimination fondée sur des facteurs croisés, notamment leur statut de migrantes et de leur sexe », a souligné Daniel Atchebro, représentant du bureau Afrique de l’Ouest du Haut-commissariat des Nations au droits de l’homme, cité par le journal Le Quotidien.

Toutefois, renchérit Boubacar Sèye, « les femmes, tout comme les hommes, sont concernées par la migration économique ».

ON/mn/ad

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