Gambie : la presse, symbole du renouveau démocratique

Célébration journée mondiale de la presse, 2017/Photo/Gambia press union (GPU)

Ouestafnews – La Gambie a fait des progrès remarquables en termes de liberté de la presse depuis l’avènement d’un régime démocratique à sa tête en 2017. La réouverture de plusieurs médias fermés sous le régime de Yahya Jammeh est un des signes manifeste du renouveau démocratique dans laquelle le pays s’est engagé.

Dans l’édition 2019 du classement de Reporters sans frontières (RSF) sur la liberté de la presse, la Gambie a fait un bond de 30 places par rapport à l’année précédente. Il s’agit ici selon RSF de la seconde plus importante progression de cette année, derrière les 40 places gagnées par l’Ethiopie.

Pour le journaliste gambien Pape Saine, un « grand progrès » a été réalisé par son pays en ce qui concerne la liberté d’informer et « aucun journaliste ne séjourne actuellement en prison ».

Ce retour en grâce des médias s’est traduit par le retour d’exil de beaucoup de journalistes et la réouverture de stations de radios comme « Citizen FM », « Radio SYD », « Sud FM Banjul » ou « Radio One FM », toutes fermées sous le régime Yahya Jammeh.

Les 26 ans de règne de M. Jammeh ont été marqués par des exactions répétées contre les journalistes, ponctuées par des assassinats et des disparitions forcées.

Au moins « trois journalistes» ont été assassinés ou ont disparu durant cette période, indique Pape Saine, qui s’exprimait lors de la présentation du classement 2019 de RSF à Dakar : Omar Barrow (journaliste de Sud FM Banjul), en avril 2000, Dayda Hyadara, co-fondateur de « The Point», et Chief Ebrima Manneh, journaliste du « Daily Observer », disparu en 2006.

De l’autocratie à la démocratie

Outre le classement RSF, ces embellies au bénéfice de la presse trouvent un écho favorable auprès d’autres organisations.

«La liberté des médias s’est fortement améliorée et l’emprise de l’autocensure a régressé, sous Jammeh, la couverture de sujets sensibles pouvait entraîner une arrestation ou un enlèvement», note le bureau Afrique de l’Ouest d’Article 19 dans un rapport intitulé « The Expression Agenda report » publié en décembre 2018.

Aujourd’hui, «il est permis à tous les médias de couvrir des évènements à la présidence alors qu’auparavant seuls les organes de l’Etat y avaient accès», renchérit Pape Saine.

La Gambie est passée d’un pays « pas libre » en 2017 à «partiellement libre» en 2018, selon le dernier rapport de Freedom House (basé à Washington) sur l’état de la liberté et de la démocratie dans le monde

Ce rapport fait état de progrès en matière d’exercices des droits civils et politiques avec la tenue d’un scrutin législatif libre et compétitif.

A l’égard de la presse, la Cour suprême gambienne a invalidé en mai 2018 plusieurs lois limitant la liberté de la presse, jugeant inconstitutionnelles les peines prévues en cas de « diffamation criminelle » et diffusion de « fausses informations » sur Internet, suite à une plainte du Syndicat des journalistes Gambiens (GPU, sigle en anglais).

Sous le régime de Jammeh, le code pénal gambien a été révisé de nombreuses fois entre 2004 et 2011 avec comme objectif à l’époque d’accroître les amendes et les peines de prisons prévues, pour les faits de « sédition » et de « diffamation », indique Amnesty International.

Parmi les lois invalidées, celle sanctionnant d’une peine de 15 ans de prison et d’une amande de 66.000 dollars, la « diffamation criminelle » et la diffusion de « fausses informations », y compris sur Internet.

En 2016, Freedom House relevait une situation politique difficile, avec l’emprisonnement d’une douzaine d’opposants et la répression contre les journalistes.

Deux ans après l’arrivée d’Adama Barrow, l’image d’une prison à ciel ouvert que donnait la Gambie a cédé la place à des changements notables, salués par plusieurs organisations de défense des droits de l’Homme. Le paysage audiovisuel a aussi bénéficié de l’avènement d’un régime démocratique à travers la fin du monopole et l’apparition d’une première chaîne de télévision privée dénommée QTV.

Des réformes en attente

En dépit de ces progrès, les journalistes gambiens de même que des observateurs extérieures appellent le gouvernement à accélérer toutes les réformes promises sur les lois concernant la presse.

Dès les premiers mois après sa prise de fonctions, le chef de l’Etat gambien Adama Barrow avait promis, la création d’un comité de révision de la loi sur l’information pour passer en revue les lois existantes, élaborer un nouveau projet de loi sur les médias et amender la constitution pour y faire figurer la liberté d’expression.

Mais ces promesses tardent à se concrétiser, selon le Syndicat de la presse gambienne (GPU), le principal syndicat des journalistes, qui milite aussi pour le vote d’une loi sur accès à l’information.

Pour Pape Saine, le gouvernement doit  faire le maximum possible pour supprimer toutes les lois liberticides votées sous l’ère Jammeh.

Tout en saluant les efforts du gouvernement d’Adama Barrow, RSF dans une note postée sur son site web appelle les autorités à accélérer la révision des lois répressives sur la presse, afin de « garantir aux journalistes une sécurité juridique et leur permettre d’informer librement sans craintes de représailles». 

En dépit des avancées notées depuis deux ans, des efforts restent à faire pour garantir aux journalistes un environnement de travail sécurisé.

Comme pour souligner que rien n’est encore tout à fait acquis, Article 19 a rappelé dans son rapport, la dispersion le 12 novembre 2017 par la police anti-émeute d’une manifestation populaire contre la pénurie d’eau et d’électricité. Ce même rapport rappelle aussi, le cas d’un journaliste battu par des partisans de l’actuelle coalition au pouvoir.

ON/mn/