Ouestafnews – En raison de l’immensité du pays, de l’enclavement de certaines zones, la mobilité rapide des groupes terroristes, il est impossible à l’armée nigérienne de sécuriser chaque portion du territoire à tout moment. Le ministère de la Défense nationale invite les citoyens à prendre conscience de cet état de fait. Selon lui, la population doit « participer à l’effort de défense » car « la sécurité nationale ne peut plus relever de la seule responsabilité des forces armées. Elle est une cause collective ».
Le général d’armée Salifou Mody, ministre nigérien de la Défense nationale, a appelé ses compatriotes à prendre en compte la situation sécuritaire du pays. Selon lui, les populations « doivent comprendre que l’armée ou la gendarmerie ou même les autres forces de défense et de sécurité (FDS) ne peuvent pas être derrière chaque village » pour contrer les attaques terroristes. Il s’exprimait le 18 avril 2026 lors d’un entretien (avec) accordée à la Radiotélévision nationale du Niger.
Le pays s’étend sur une superficie d’environ 1 267 000 km² et est l’un des plus vastes territoires de l’Afrique de l’Ouest. Il est classé 3è, derrière le Mali et le Nigeria. Sa population est de 28,5 millions d’habitants, selon les dernières données des Nations-Unies.
En dépit de l’immensité et de l’enclavement du territoire nigérien, le ministre d’Etat en charge de la Défense a souligné que la situation reste « calme » et « sous contrôle » pour un pays qui est en « guerre » depuis son engagement sur la voie de la souveraineté sécuritaire.
Au cours de ce face à face avec le média public, le général d’armée Salifou Mody a révélé que plus de 23 000 hommes sont engagés chaque jour sur le terrain dans différentes opérations nationales dont la sécurisation du territoire. Mais il a reconnu que cela ne suffit pas.
En mars 2026, une attaque a visé une base militaire située près de l’aéroport de Tahoua, dans le centre-ouest. Plusieurs autres attaques ont été perpétrées contre des positions des forces de défense et de sécurité et des villages ont subi des enlèvements et incursions transfrontalières.
Dans la nuit du 28 au 29 janvier 2026, l’aéroport international Diori-Hamani de Niamey et la base militaire aérienne ont été attaqués
Le Niger compte à peu près 32.000 villages administratifs hors les campements et groupements nomades, a indiqué le ministre de la Défense nationale.
Selon lui, cette configuration du territoire, notamment la partie occupée par le désert du Sahara, impose une adaptation permanente des dispositifs militaires. Une contrainte qui « limite, de fait, toute possibilité de couverture totale et instantanée de l’ensemble du territoire ».
Dans ce contexte, une présence sécuritaire permanente dans chaque localité n’est pas dans les capacités des forces de sécurité, avertit le général Mody. A contrario, a-t-il précisé, les assaillants, utilisant leur mobilité, ont acquis une rapidité d’action supérieure à celle des forces de sécurité. Ce qui leur permet de mener des opérations en quelques minutes puis de disparaître.
« Ce sont des situations qui nous ont imposé des réformes au niveau de notre armée », a-t-il déclaré.
Réformes et guerre informationnelle
A notre arrivée au pouvoir, « nous devions procéder à une réorganisation de nos dispositifs (par nous-mêmes) et non par un autre pays, ce qui aurait été une grosse erreur », a affirmé le ministre de la Défense nationale.
Cette stratégie militaire souveraine repose sur trois piliers. D’abord, « nous avons accordé une plus grande autonomie » aux chefs d’opérations tactiques. Ensuite, « nous avons donné plus de responsabilités à ces différents chefs militaires ». Et enfin, « nous avons (…) fait un dosage calculé en travaillant avec certains de nos compatriotes qui sont volontaires et patriotes ».
Dans un communiqué daté du 27 mars 2026, le gouvernement a lancé le recrutement de volontaires pour appuyer les forces de sécurité sur le terrain, sans préciser le nombre.
Lors du coup d’Etat intervenu le 26 juillet 2023, environ 50.000 jeunes étaient mobilisés pour constituer le supplétif militaire pour faire face aux forces de la Cedeao qui avait menacé d’une intervention militaire pour rétablir le président déchu, Mouhamed Bazoum. Cette intervention n’ayant pas eu lieu, les volontaires mobilisés n’ont pas été recrutés.
Derrière cette volonté de moderniser l’armée nigérienne, se glisse l’ambition de développer une industrie militaire nationale, soutient le général d’armée Salifou Mody. Ainsi, de nombreux chantiers sont ouverts notamment la formation spécialisée des FDS et le développement de technologies locales pour réduire la « dépendance extérieure et valoriser les compétences nationales ».
Des réformes qui portent déjà leurs fruits car l’armée du Niger est classée 5e en Afrique de l’Ouest, selon le ministre de la Défense nationale citant Global Firepower de janvier 2026.
Il a précisé que les missions des FDS ne se limitent pas aux seuls affrontements armés. Elles intègrent maintenant des dimensions informationnelle, économique et diplomatique sur fond d’attaques ciblées, de campagnes de désinformation, de pressions extérieures. Ces facteurs visent, selon lui, à fragiliser l’Etat et ses options souverainistes.
Face à la complexité de la situation, le général Salifou Mody dit engager le pays dans un processus de mobilisation générale progressive, destiné à préparer l’ensemble de la population à participer à l’effort de défense.
Dès lors, il affirme que la sécurité nationale ne peut plus relever de la seule responsabilité des forces armées. Elle doit être perçue « comme une cause collective » impliquant citoyens, institutions et acteurs socio-professionnels.
Toutefois, le ministre d’État est resté muet sur la situation de prise en charge des familles des militaires tombés au front. Selon l’Ong ACLED, une organisation de recherche à vocation internationale spécialisée dans la collecte des données sur les conflits violents, le Niger a enregistré entre 2025-2026, 703 morts et est le 3è pays le plus touché par le terrorisme en Afrique de l’Ouest.
RAN/md
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