Côte d’Ivoire – Covid-19 : plus de 22.000 emplois perdus en 2020

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Ici, dans les champs de la société Palm Afrique en Côte d’Ivoire. Devant l’impossibilité d’aller chercher sa matière première hors du grand Abidjan, l’entreprise a dû mettre une partie de son personnel au chômage. Photo-Ouestaf News

Ouestafnews -Avec environ 60.000 cas positifs de Covid-19 et moins de 600 décès à la date du 21 septembre 2021, la Côte d’Ivoire fait partie des pays de la sous-région les moins affectés par la pandémie. Les mesures restrictives prises par l’Etat au début de la maladie semblent avoir contribué à freiner la propagation du Coronavirus. Toutefois, la crise sanitaire a occasionné un drame social à cause des pertes d’emplois qu’elle a engendrées.

Après l’obtention de son brevet de technicien supérieur en ressources humaines et communication, Désirée Bayoroa a bénéficié d’un stage à Radio Yopougon, une station appartenant à cette commune de la capitale, Abidjan. Mais elle n’aura pas la chance de terminer sa période de stage. Dès le premier cas de Covid-19, l’entreprise s’est séparée de tous ses stagiaires. Raison évoquée : respect des mesures de distanciation physique prises par le gouvernement afin de freiner la propagation de la maladie.

Comme Désirée, Rama Soumahoro a, elle aussi, été remerciée par la société de construction métallique qui l’employait depuis plusieurs mois. « Elle a d’abord instauré un système de rotation du personnel avant de le réduire en nous mettant à la porte», affirme-t-elle les larmes aux yeux.

Selon une étude du ministère de l’Emploi et des affaires sociales, intitulée « Evaluation de l’impact du Covid-19 sur l’activité des entreprises du secteur formel en Côte d’Ivoire », la pandémie a occasionné la perte temporaire de 12.694 emplois entre mars et septembre 2020.

Toujours selon les statistiques du même ministère, les entreprises ont mis en chômage technique 5.414 personnes et arrêté les contrats (stage, CDD, CDI) de 4.854 employés).

En termes d’emplois formels et non formels, la Côte d’Ivoire a enregistré 22.962 emplois perdus à cause des mesures liées à la pandémie de Covid-19, pendant la même période entre mars et septembre 2020.

La perte des emplois a été plus importante au niveau des Petites et moyennes entreprises (PME). Sur les 22.962 emplois perdus, les 22.224 ont été enregistrés au sein des PME, représentant 3,9% des emplois de ce sous-secteur de l’économie. Les 738 emplois ont été notés dans les grandes entreprises soit 0,13% des emplois de ce sous-secteur.

La fermeture des frontières, décidée par le gouvernement ivoirien, a affecté plusieurs emplois, notamment dans le domaine aéroportuaire, du tourisme et de l’hôtellerie. Licencié depuis un an par son entreprise de transit, Eric Konan dit être incapable depuis d’assurer les trois repas par jour pour sa famille. 

Dès la survenue de la pandémie, le gouvernement a pris un certain nombre de mesures, notamment l’instauration d’un fonds de solidarité de 170 milliards de FCFA, pour assister les populations les plus vulnérables. Ce fonds a permis l’élargissement du champ des filets sociaux et le renforcement du contrôle des prix des produits de grande consommation. Il s’est également matérialisé par  le report, pour l’ensemble des abonnés, des dates limites de paiement des factures d’électricité et d’eau, d’avril à juillet 2020, et de mai à août 2021.

Frontières fermées, tourisme à terre

Malgré tout, ces dispositions n’ont pas eu les effets escomptés. Dans le secteur du transport, au début de la crise, le grand Abidjan était isolé. Toutes les grandes compagnies de transport ont été contraintes de mettre une partie de leurs employés au chômage technique.

Dans le secteur agro-alimentaire, devant l’impossibilité d’aller chercher leurs matières premières hors du grand Abidjan, certaines sociétés comme Palm Afrique ont eu recours à la même mesure.

Le système aéroportuaire était aussi quasiment à l’arrêt parce qu’il n’y avait pas de vols. Beaucoup de travailleurs se sont retrouvés sans activités ainsi que des entreprises obligées de réduire leurs personnels. Les plus chanceux ont été appelés à travailler à partir de leur domicile.

Le secteur de la presse n’a pas été épargné par cette situation. « Au niveau des médias, des employés ont été également mis de côté », se désole Guillaume Gbatto, secrétaire général du syndicat national de la presse de Côte d’Ivoire, une organisation syndicale affiliée à la centrale syndicale Dignité, qui cite l’exemple du Groupe Olympe.

Le secteur du tourisme et de l’hôtellerie en Côte d’Ivoire a été l’un des secteurs les plus touchés par la Pandémie du Covid-19 à cause des restrictions de voyage, de la fermeture des frontières et des mesures de sécurité sanitaire (couvre-feu et distanciation sociale).

Du fait de l’interruption des vols, de la fermeture des restaurants, des boîtes de nuit et des bars en mars et mai 2020 ainsi que de l’annulation de plusieurs activités, l’impact de la crise sanitaire du Covid-19 a été plus ressenti au sein des PME.

Selon Marekel Mourad-Condé, Directeur général de la Société de développement touristique de la région des Lacs (Sodertour Lacs), « entre le début de la pandémie et le 30 juin 2020, les PME ont enregistré « une perte sèche de 1,7 milliard de FCFA », 500 employés ont été mis au chômage technique sans compter l’arrêt de 300 contrats de stagiaires et la suspension de travail pour 1.500 employés ».

Chefs de ménages inactifs

Une étude menée par l’Institut national de la statistique révèle un contraste entre la situation des chefs de ménage, en termes d’activités, entre 2018 et 2020. Selon cette étude comparative couvrant l’ensemble du pays, en 2018, 84,9% des chefs de ménage avaient un emploi, contre 4,3% au chômage, et 10,8% en inactivité. Au 30 avril 2020, seulement 57,5% avaient un emploi, contre 23% de chômeurs et 19,6% en situation d’inactivité.

Lors de la célébration de la fête du travail en 2020, les centrales syndicales avaient interpellé le Premier ministre sur le fait que certains employeurs procéderaient à des licenciements et des mises en chômage technique de manière abusive prétextant des impacts de la crise sanitaire.

En mai 2020 M. Jean-Marie Ackah, président de la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire, a prévenu, le gouvernement et les partenaires sociaux d’un durcissement de la législation en matière de travail car cela conduirait selon lui, à asphyxier les entreprises et à accélérer les pertes d’emplois. Beaucoup d’entreprises avaient déjà fermé ou n’ont malheureusement pas la trésorerie suffisante pour maintenir les travailleurs en activité.

Pour le patronat, l’esprit de dialogue entre employeurs et travailleurs doit prévaloir dans la gestion des conséquences du Covid sur l’emploi. M. Jean-Marie Ackah a, pour finir, appelé à une action forte du gouvernement pour soutenir les travailleurs au chômage technique ou ceux ayant perdu leurs emplois, comme c’est le cas dans certains pays.

Le Covid a exacerbé une situation déjà préoccupante en Côte d’Ivoire. Avec 77,3% de jeunes, selon le dernier recensement général en date, de la population et de l’habitat en 2014, le gouvernement estimait à 25%, le taux de chômage.

La situation en Côte d’Ivoire semble être à l’image de plusieurs pays dans le monde. Selon l’organisation internationale du travail (Oit), 8,8% des heures de travail au niveau mondial ont été perdues au quatrième trimestre de 2020 en comparaison à la même période en 2019, soit 255 millions d’emplois à temps plein.

AL/fd/md/hts

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