Covid-19 au Niger… Et naquit un business à la frontière avec le Bénin

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Pour cause de Covid-19, l’Etat du Niger a fermé sa frontière terrestre avec le Bénin. Les taxi-motos sont devenus le principal moyen pour rejoindre la rive d’où les pirogues assurent le reste du trajet/Photo-Ouestaf News, 2021

Ouestafnews-Depuis un an, le Niger a fermé ses frontières terrestres pour freiner la propagation du Covid-19. Sur le terrain, cette mesure est loin d’être respectée. La traversée de la frontière qui sépare le Niger et le Bénin en donne l’exemple. Entre Gaya (Niger) et Malanville (Bénin), la traversée clandestine par le fleuve a créé un véritable business pour taxi-motos et pêcheurs qui ont reconverti leurs pirogues en moyen de transport pour les voyageurs.

La gare d’une compagnie de transport voyageurs à Gaya, ville nigérienne sur la frontière avec le Bénin, grouille de monde ce 23 avril 2021. Dans la cour, des lots de bagages jonchent le sol. Leurs propriétaires attendant de trouver un moyen de locomotion pour joindre l’autre côté de la frontière.

Dans ce décor rythmé par le brouhaha des voyageurs et des transporteurs, la commerçante Hadiza Maïga, 36 ans, se tient près de ses bagages, les yeux hagards et visiblement très épuisée par le trajet déjà effectué. Pourtant, elle n’est pas encore au bout de ses efforts. Elle doit rejoindre le bord du fleuve qui sépare le Niger et le Bénin. Le moto-taximan lui réclame 15.000 FCFA pour un trajet de moins de deux kilomètres.

Si le coût de la prestation est si exorbitant, c’est essentiellement en raison du Covid-19 qui frappe le Niger, à l’instar du reste du monde. Le pays a enregistré son premier cas le 19 mars 2020. À la date du 7 juin 2021, 5.429 cas de covid-19 ont été déclaré dans le pays dont 192 décès, selon un communiqué du ministère de la Santé publique.   

« Avant la crise sanitaire, je prenais le bus direct Niamey-Cotonou », explique la commerçante qui mène ses activités entre les deux capitales.

Voisin du Niger avec lequel il partage une frontière de plus de 200 Km, le Bénin est l’un de ses principaux partenaires économiques du pays. Une centaine de camions traversent la frontière entre les deux pays provenant principalement de Malanville qui abrite l’un des plus grands marchés du Bénin. Le Bénin fournit le Niger en ciment, coton, farine de blé ou de maïs…

Une étude du ministère béninois en charge du Plan réalisée en 2020 classe le Niger comme premier client avec un total de 28,8% des ventes des produits béninois à l’extérieur.

C’est également au port de Cotonou, le plus proche du Niger (un peu plus de 1.000 km), que débarquent la plupart des produits d’importation du Niger.

En termes d’exportation, le Niger aussi fournit au Bénin du pétrole brut et d’autres produits agricoles comme le haricot.

Le fleuve pour contourner le blocus des routes

Dans le souci de protéger les populations contre la propagation du Covid-19, les autorités nigériennes ont décidé, en avril 2020, la fermeture de toutes les frontières terrestres. Si, pendant un moment, cette mesure a été respectée, ceux dont la survie dépend des activités transfrontalières n’ont pas tardé à la transgresser. Sur la frontière entre le Niger et le Bénin, a ainsi vu le jour un nouveau business : les taxi-motos transfrontaliers.

« Je fais en moyenne 50.000 FCFA par jour depuis que les frontières sont fermées », confie Habibou un jeune conducteur de taxi-moto.

Les bus sont obligés de s’arrêter à Gaya, à deux kilomètres de la rive. Le reste du trajet vers le fleuve est effectué à bord de taxi-motos. D’après Habibou, sans bagages, le passager paie 2.000 FCFA. S’il y a des bagages, Habibou s’appuie sur d’autres collègues pour assurer ensemble le trajet moyennant 10.000 à 15.000 FCFA.

Sur le pont qui relie Gaya au Niger à Malanville au Bénin, le contrôle est strict des deux côtés. Seuls les camions et quelques privilégiés (administration et touristes) sont autorisés à passer./Photo-Ouestaf News, 2021

De Gaya, dernière ville nigérienne, à Malanvillle, première ville béninoise, il n’y a que le fleuve. Seule voie possible pour regagner l’autre côté de la frontière. Là également, les passagers doivent payer entre 5.000 et 7.000 FCFA aux pêcheurs pour la traversée. L’un des maîtres des lieux, Illiassou, environ quarante ans, y a érigé son quartier général sous un hangar de fortune, juste au bord du fleuve. Il dispose de trois pirogues à moteur qui assurent la navette. Un business qui, selon lui, rapporte plus de 200.000 FCFA de recettes journalières.

 « Je reçois jusqu’à quarante passagers par jour », précise Illiassou qui dit avoir « carrément tourné le dos » à la pêche, son métier. « Mes pirogues me rapportent plus avec ce business », dit-il, tout heureux.

Si la traversée du fleuve connait autant de rush en ce moment, c’est parce qu’en dehors du pont qui jalonne ce bras de mer, c’est la seule alternative. Au-dessus du fleuve est dressé un long pont de près d’un kilomètre, passage principal pour relier les deux pays. Mais avec la fermeture de la frontière, les agents de l’Etat veillent strictement au respect de la mesure. 

De chaque côté de la frontière, se dresse un poste de police. Seules quelques catégories de personnes ont le droit de la franchir. « Conformément aux instructions reçues, seuls les véhicules transportant des marchandises, les voitures touristiques avec une seule personne à bord, les autorités et les passagers qui présentent un laissez-passer signé par le ministère de l’Intérieur sont habilités à passer la frontière », a expliqué à Ouestaf News un policier nigérien en service au poste de police situé à la frontière.

En attendant la réouverture officielle des frontières, qui ne devrait pas tarder, selon le ministre nigérien en charge de la Santé, joint au téléphone par Ouestaf News, les conducteurs de taxi-motos et les propriétaires de pirogues de Gaya et Malanville continuent de se frotter les mains, au grand dam des passagers qui n’ont d’autre choix que de se plier à leurs conditions pour la survie de leur activité.

AB/fd/ts

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