Hausse des cas de Covid-19 : la Guinée face aux variants

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Cérémonie de réception par les autorités guinéennes d'un lot de 132.030 doses de vaccins AstraZeneca du programme Covax, le 18 août 2021, en présence du représentant de l'OMS en Guinée.// Photo-Ouestaf News

Ouestafnews – Plus de 4.300 cas enregistrés et 144 morts entre le 1er août et le 25 septembre 2021 en Guinée. Désormais, neuf cas testés sur dix, dans ce pays, sont des (nouveaux) variants. La Guinée, comme d’autres pays du monde doit faire face à la 3è vague et à la mutation du virus.

« Il n’y a pas de plan anti-variants. Il y a une lutte globale, qui tient compte des variants », avait laissé entendre Remy Lamah, ex-ministre de la Santé, le 13 août 2021. Mais la hausse vertigineuse des cas de contaminations et surtout du nombre de morts est évidente.

Le gouvernement d’Alpha Condé qui sera victime d’un coup d’Etat militaire, le 5 septembre 2021, avait mis en place une batterie de mesures « controversées » pour freiner la tendance.

Au sein de la population, la pandémie à Coronavirus inquiète de plus en plus. « Le mois de juillet a été le plus meurtrier et le mois d’août est sur cette tendance », s’était alarmé Dr Sakoba Keita, Directeur adjoint de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSS), structure en charge des épidémies en Guinée.

Les variants ont été signalés en Guinée depuis avril 2021, selon l’ANSS, qui précise que lors du dernier séquençage en juillet 2021, neuf sur dix échantillons positifs présentaient le variant Delta. A la date du 13 août, sept variants étaient recensés en Guinée dont le variant Delta, présent dans tout le pays.

De mars 2020 à mars 2021, soit un an de pandémie, la Guinée a enregistré 20.228 cas de contamination. Avec l’apparition des nouveaux variants en avril 2021, le pays a, en cinq mois seulement, enregistré 9.725 nouveaux cas. Mais c’est en termes de morts que l’écart apparaît plus important. De 128 décès en 13 mois, le pays est passé à 235 morts entre avril et août 2021, soit cinq mois.

De plus en plus de nouveaux cas de malades en réanimation sont enregistrés. A la date du 16 août 2021, 29 des 80 personnes en réanimation étaient dans une situation critique et 30% des décès survenus à Conakry, en dehors des structures sanitaires et qui ont fait l’objet de tests Covid avant inhumation, étaient positifs au Coronavirus.

A cela s’ajoute un relâchement au sein de la population qui peine à respecter les mesures barrières, y compris au sein des forces de l’ordre.

Corser la riposte

Face à la menace, l’ex-président de la République, Alpha Condé avait, peu avant sa chute, prorogé l’état d’urgence sanitaire le 3 août 2021, et rétabli les mesures barrières : couvre-feu à 22h, pas plus de 100 invités lors des cérémonies, port de masque obligatoire, distanciation sociale, lavage des mains, test Covid pour les voyageurs, contrôle renforcé à l’aéroport, etc.

L’ANSS a reconnu que pratiquement 100% des cas confirmés en Guinée ont transité par l’aéroport de Conakry. « Nous avons un peu plus de 136 pays où sévit actuellement le variant Delta y compris la Guinée », indique Dr Sakoba Keita, directeur de l’ANSS. Du coup, l’obtention d’un visa d’entrée en Guinée pour les voyageurs en provenance de ces pays est conditionnée à la présentation d’une carte de vaccination, d’un test Covid négatif datant de moins de 72 heures.

L’accès aux services publics est interdit aux personnes ne disposant pas de pass vaccinal, fonctionnaires y compris. Mais, au sein de certains services visités, un correspondant d’Ouestaf News a pu constater que cette mesure n’est exigée qu’aux visiteurs inconnus.

Pour ce qui concerne les déplacements à l’intérieur du pays, il est mis en place un « pass sanitaire » appelé Epi-Pass. Il devrait entrer en vigueur mi-septembre. « Nous allons imposer le pass vaccinal pour tout déplacement en Guinée », souligne Dr Sakoba Keita.  

Le pass sanitaire sera exigé à tous les passagers sur les routes guinéennes. Une exception est tout de même faite aux femmes enceintes possédant le carnet de maternité, les femmes allaitantes, les malades chroniques détenant un certificat médical valide, ceux qui attendent la deuxième dose d’un vaccin pas disponible s’ils prouvent qu’ils ont reçu la première dose.

L’exigence du pass vaccinal passe mal. Certains pensent que cela risque de produire l’effet contraire. Amadou Bah, trentenaire et membre de la société civile trouve les mesures normales, mais pas rassurantes. « On ne peut pas exiger à sa population un pass vaccinal sans rendre le vaccin accessible. Cette mesure est disproportionnée ». Pour lui, interdire aux non vaccinés l’accès aux services publics est une violation des droits humains.

La charrue avant les bœufs

Pr Mamadou Saliou Sow, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital Donka trouve que ces mesures peuvent bien protéger la population. Mais on peut ajouter à cette prévention « primaire » un traitement médical et psychologique des malades.

Il suggère également de s’occuper des séquelles des guéris de Covid, par « des kinésithérapies respiratoires », avant d’insister sur la sensibilisation des populations, surtout chez les sceptiques. Il recommande d’ailleurs aux populations de consulter le plus tôt possible en cas de fièvre, douleurs articulaires, maux de tête. 

Pour Aboubacar Sylla, membre de la Plateforme des citoyens unis pour le développement (PCUD), l’exigence du pass vaccinal « est juste pour le gouvernement un moyen de laisser croire qu’il est préoccupé par la santé de la population. Or, ce n’est pas le cas ». S’il trouve que la vaccination contribue à protéger la population, il estime qu’il faut « sensibiliser davantage la population pour le respect des gestes barrières, sinon cela risque d’annihiler l’effort de vaccination. Parce que même vacciné, on peut contracter le virus ».

Abdoulaye Diallo, vice-président du Conseil national des organisations de la société civile (CNOSC) de Guinée, se dit inquiet. Il aurait souhaité que cette mesure soit précédée d’une sensibilisation. « Les sites de vaccination sont débordés, le gouvernement ne parvient pas à prendre tout le monde en charge. Je crains que ces regroupements soient source de contamination ». Il demande à la population de prendre très au sérieux les variants et de se faire vacciner dès que possible.

Le défi vaccinal

La Guinée compte vacciner 6 millions de personnes au plus tard le premier trimestre 2022. A la date du 25 septembre 2021, sur les 1.164.005 personnes vaccinées, seules 535.893 ont reçu les deux doses.

Même si dans les rues de Conakry, l’état d’urgence sanitaire peine à se matérialiser, le nombre de cas semble diminuer. Quelques 622 cas ont été enregistrés entre le 1er et le 25 septembre 2021. Cela donne une moyenne de 24,8 cas par jour contre 105,7 cas quotidiens au mois d’août 2021. En termes de décès sur cette même période, on relève 32 morts soit 1,28 morts par jour (entre le 1er et le 25 septembre) contre 129 morts (en août) équivalent à 4,1 morts par jour.

Les efforts du gouvernement semblent porter ses fruits. Le nombre de cas baisse considérablement. Du 19 au 25 septembre, soit une semaine, seulement 93 nouveaux cas ont été enregistrés. Cette baisse pourrait être liée à un recul des variants, estime Dr Sory Condé, chargé d’étude au département surveillance épidémiologique à l’ANSS. « Nous estimons que même si le séquençage n’est pas fini, que le variant Delta a reculé ou qu’il est en train de reculer. Le taux de positivité est de 3% au lieu de 5% pendant la 3è vague ». 

La prise en charge des cas causés par les variants en réanimation a nécessité un personnel supplémentaire. L’ANSS était obligé de passer de 40 à 110 lits en réanimation. « Aujourd’hui nous sommes autour de 25% de taux d’occupation, alors qu’on était à 80% en juillet et août ».

Un autre problème provoqué par les variants est que l’oxygène était rare et coûteux. La Guinée dispose d’un seul centre capable de produire de l’oxygène. Même si l’ANSS avait un budget dit Dr Condé, il a fallu le concours de certains partenaires pour éviter une rupture.

En attendant la vaccination continue. Aujourd’hui, 8% de la population ont reçu au moins une dose. Un chiffre en deçà des 10% fixés par l’OMS et à atteindre avant fin septembre 2021.

OTD/fd/ts

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