Le Sénégal, tête de pont de la pénétration turque en Afrique de l’Ouest ?

Dakar et Ankara ont pris l'engagement de porter le volume de leurs échanges commerciaux de 250 millions à 1 milliard de dollars en 2020. capture d'ran/Ouestafnews

Ouestafnews – Le président turc Recep Tayipp Erdogan va effectuer une visite officielle de trois jours au Sénégal, à compter de ce mercredi 28 février 2018. Les deux pays maintiennent des relations économiques et diplomatiques au beau fixe depuis quelques années. Ce qui laisse penser que Dakar pourrait servir de tête de pont pour la pénétration turque en Afrique de l’Ouest.

Le séjour du président Erdogan sera marqué par « la signature d’accords et un point de presse conjoint avant que Macky Sall et son hôte ne co-président, dans l’après-midi du jeudi, un forum sénégalo-turc», rapporte l’Agence de presse sénégalaise (APS).

Le périple africain du président turc, qualifié d’historique par des médias de son pays, a débuté le 26 février en Algérie et va ensuite le mener en Mauritanie, au Mali et au Sénégal.

M. Erdogan en sera à sa deuxième visite officielle au Sénégal, en tant que chef d’Etat. La première a eu lieu en 2013.

Son séjour au Sénégal sera marqué par des visites de terrain, en particulier celle de l’aérogare du nouvel aéroport international Blaise Diagne à Diass (47 km de Dakar).

L’achèvement des travaux de cette infrastructure entamés sous la présidence d’Abdoulaye Wade et laissés en rade pendant plusieurs années a été rendu possible par une implication financière de la Turquie.

Une coopération dynamique

La Turquie et le Sénégal entretiennent des relations diplomatiques depuis 1964, année de l’ouverture de la première ambassade turque en Afrique de l’Ouest. La Turquie a actuellement 35 ambassades en Afrique dont 30 sont en Afrique sub-saharienne, selon des chiffres officielles turcs.

En septembre 2017, les deux pays ont tenu la quatrième réunion de leur commission mixte, rencontre au cours de laquelle ils ont insisté sur les grands axes de leur coopération notamment la santé, le tourisme et la culture.

Lors d’un forum d’affaires sénégalo-turc, organisé en marge de la Foire internationale de Dakar (Fidak) en décembre 2017, les deux pays avaient pris l’engagement de porter le volume de leurs échanges économiques de 250 millions de dollars actuellement à 1 milliard de dollars d’ici 2020.

«Le volume des transactions actuelles entre le Sénégal et la Turquie est de 250 millions de dollars, mais nous comptons renforcer nos échanges pour que, d’ici 2020, ce chiffre puisse atteindre la barre d’un milliard de dollars», avait déclaré à la presse, le ministre turc de l’Economie, Nihat Zeybeki.

Au sortir de la commission mixte de 2017, plusieurs accords concernant le partenariat public-privé étaient en cours de négociation ainsi qu’un accord avec la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). La venue d’Erdogan va peut-être marquer leur concrétisation.

«Dans le cadre de notre politique d’ouverture à l’Afrique qui a commencé en 1998, nous sommes déterminés à accroitre et développer nos relations politiques, économiques, commerciales et culturelles avec les pays africains», mentionne le site du ministère turc des Affaires étrangères consulté par Ouestafnews.

Toutefois force est de constater que cette « ouverture » ne s’est matérialisée qu’en 2008 avec la tenue à Istanbul du Sommet de la coopération turco-africaine qui vu la participation de 49 pays d’Afrique. Accréditée auprès de la Cedeao depuis 2005, la Turquie a été élevée au rang de « partenaire stratégique » par l’Union africaine en 2008.

Summa-Limak et Yavuz Selim, les points d’ombres

La Turquie devient de plus en plus un partenaire de taille pour l’Afrique et le Sénégal en particulier. La construction du Centre international de conférence Abdou Diouf et récemment le nouvel aéroport de Diass en sont des symboles.

Ankara est devenu aujourd’hui très influent assez même pour imposer à des gouvernements africains, la fermeture des écoles Yavuz Selim, liées à l’influent Fettulah Gullen que le régime considère comme le principal commanditaire du coup d’Etat manqué de juillet 2016.

Le gouvernement sénégalais, qui s’est plié à la volonté d’Ankara dans cette affaire, a essuyé beaucoup de critiques.
L’autre avantage fait à Ankara est la concession accordée au consortium turc Summa-Limak dans la gestion du nouvel aéroport de Diass.

L’infrastructure a été entamée sous Abdoulaye Wade par Saudi Bin Laden Groupe (SBLG). Alors que les travaux étaient achevés à 85%, SBLG est entré en conflit avec le gouvernement à propos d’un avenant portant sur la somme de 63,84 milliards de FCFA.

En février 2016, le président Macky Sall, profitant d’une escale technique de son homologue turc à Dakar, annonçait sa décision de confier l’achèvement des travaux au consortium turc, se débarrassant ainsi que groupe saoudien.

Aujourd’hui impossible pour certains observateurs de comprendre la part belle faite aux turcs, qui en plus de compléter les 15% des travaux manquants, ont aussi obtenu la gestion de l’aéroport pour une durée de 25 ans.

Inexpert en matière de gestion aéroportuaire, le groupe BTP Summa (constructeur du CICAD) s’est ligué avec sa compatriote Limak (qui gère l’aéroport du Caire en Egypte) pour profiter de l’aubaine.

La ministre sénégalaise du Tourisme et des Transports aériens, Maïmouna Ndoye Seck, s’était défendu en parlant d’une convention avantageuse, qui a permis d’avoir 34% du capital et une rétrocession de 20% des revenus bruts.

MN/ad

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