Liberté de presse en Afrique de l’Ouest : Ghana et Sénégal chutent, Gambie sort du rouge (Rapport)

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Malgré des évolutions positives notées en Afrique de l’Ouest, la liberté de la presse y reste « problématique », dans plusieurs pays./Photo-Ouestaf News.

Ouestafnews –Malgré des évolutions positives notées en Afrique de l’Ouest, la liberté de la presse y reste « problématique », dans plusieurs pays. C’est ce que révèle le dernier rapport de Reporters sans frontières (RSF).

Dans ce rapport, publié le 3 mai 2022 à l’occasion de la journée mondiale de la liberté de presse, le Ghana, réputé être l’un des pays les plus démocratiques de la sous-région, surprend en faisant une chute libre. Il recule de trente places dans le classement établi par RSF, ONG qui s’est donnée comme mission de défendre la liberté de presse et la sécurité des journalistes à travers le monde. Le pays passe de la 30e à la 60e place.

Cette régression du Ghana s’explique par l’accentuation de « la pression », les « agressions » sur les journalistes, indique Rsf. A cela s’ajoute « la récurrence des menaces de mort » contre les journalistes d’investigation. Des menaces qui proviennent souvent des hommes politiques.   

En février 2020, le journaliste ghanéen d’investigation Edward Adeli, avait affirmé avoir reçu des menaces qu’il a signalées à la police régionale de l’Upper East, selon les médias locaux. C’était suite à une série d’articles d’enquête qui ont touché plusieurs autorités étatiques.

Le Togo aussi recule sérieusement et perd 26 places, passant de la 74e à la 100e. Un recul qui s’explique par les « représailles directes et importantes » contre les journalistes, qui font l’objet, selon Rsf, d’une « surveillance étroite ».

En 2021, plusieurs journalistes et personnalités politiques auraient été mis sous écoute téléphonique via le logiciel espion, Pegasus. 

Le Sénégal et le Mali, ont également enregistré un recul dans le classement. Le premier est passé de la 49e à la 73e place. Le second, est inscrit dans la zone rouge du classement, ce qui veut dire selon Rsf une « situation très grave ». Le Mali se retrouve ainsi à la 111e place. Il était à la 99e place dans le précédent rapport.

Pour le Sénégal, la régression s’explique entre autres par des attaques contre des groupes de presse, la coupure de signal des médias, des cas d’agression de journalistes.

En mars 2021, les locaux de la radio et de la Télévision Futurs médias ont été la cible des attaques lors des manifestations de mars 2021 suite à l’arrestation de l’opposant sénégalais Ousmane Sonko pour un présumé viol sur une employée d’un salon de massage.

Au cours de ces événements, le Conseil national de régulation de l’audiovisuel (Cnra) a coupé le signal des deux chaines de télévision privée, Walf Tv et Sen Tv. Ces deux chaînes ont été accusées de « violation de la réglementation et d’avoir diffusé en directe et en boucle des images de violences» des manifestations qui pouvaient pousser d’autres à investir la rue.    

Pour le Mali, le recul s’explique par la dégradation de la situation sécuritaire, combinée à l’arrivée au pouvoir d’une junte militaire depuis 2020. Cette situation a compromis « la sécurité et l’accès des journalistes aux informations ».

Depuis plusieurs années, le Mali est confronté à une insécurité permanente dans plusieurs régions du pays. En 2021, un reporter français Olivier Dubois a été enlevé par un groupe terroriste dans le pays. Entre 2015 et 2018, deux journalistes y ont été tués.

La Gambie se remet, la Guinée Conakry surprend…

Si le tableau est sombre pour les premiers cités, le rapport note aussi des avancées dans certains pays.

L’évolution la plus positive dans la sous-région est enregistrée en Gambie qui reste, malgré tout, dans la catégorie des pays à situation « problématique ». Le pays a gagné en un an 35 places au classement, passant de la 85e à la 50e place.

Ce grand bond en avant de la Gambie s’explique, entre autres, par l’adoption en 2021 d’une loi d’accès à l’information ; la dépénalisation de la diffamation, jugée anticonstitutionnelle ; et la baisse des attaques visant les journalistes.

Dans la même zone, le Liberia a progressé de 23 places et la Guinée Conakry – qui a connu un coup d’Etat militaire en septembre 2021 – a elle aussi bondi de 25 places. Sa voisine, la Guinée-Bissau a, pour sa part, enregistré un bond plus faible de trois places et stagne dans la catégorie des Etat à « situation problématique ».

Dans ce tableau relativement sombre, le Cap-Vert, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso et la Sierra Léone, font figure de « modèles ». Ils figurent en tête de la liste des pays d’Afrique de l’Ouest les mieux lotis en matière de respect de la liberté de la presse. Ce sont les seuls pays en Afrique de l’ouest à se retrouver dans la zone « jaune » du classement, c’est-à-dire avec « une situation plutôt bonne ».

Deux pays dans la zone rouge

Le Bénin et le Nigeria quant à eux, sont classés dans la zone « rouge » : la situation de la presse et des journalistes dans cette catégorie, est considérée comme « très grave » par Rsf.

Sur le contient, l’Afrique de l’Ouest domine la liste des pays qui jouissent d’un score et d’un rang passable, voire acceptable avec sept représentants parmi les mieux notés. Le Cap-Vert, vient en premier suivi de la Côte d’Ivoire, du Burkina Faso, de la Sierra Leone, de la Gambie, du Niger qui stagne à la 59e place et du Ghana.

Reporter sans frontières note que la sous-région a encore du chemin à faire, notamment en ce qui concerne les pays francophones. L’organisation de défense de la liberté de presse les invite à se baser sur des études comme celle-ci pour « pointer leurs faiblesses et essayer de changer leur situation. (…) Car une presse libre définit tout autant un pays que son économie ou son rayonnement international », souligne Rsf.

Ce classement de Reporters sans frontières a été établi cette année 2022 sur cinq critères qui sont : contexte politique, cadre légal, contexte économique, contexte socioculturel et sécurité.

Les précédents classements se fondaient sur sept critères : pluralisme, indépendance, environnement et autocensures, cadre légal, transparence, qualité des infrastructures, exactions.

 Cette année 180 pays figurent dans ce classement.   

« Le recueil des données a été arrêté fin janvier 2022, mais des réactualisations de janvier à mars 2022 ont été opérées pour certains territoires où la situation avait drastiquement changé (Russie, Ukraine et Mali) », précise Reporters sans frontières.

KAN-ON/fd/hts

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