Mali – France : rien ne va plus entre Bamako et Paris

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Macron - Goïta, le courant ne passe plus. / Photomontage- Ouestaf News

Ouestafnews – Le différend diplomatique entre Bamako et Paris a franchi un palier ce lundi 31 janvier 2022 avec l’expulsion annoncée de l’ambassadeur de France au Mali par la junte au pouvoir. Latente depuis plusieurs mois, la brouille entre les deux pays prend désormais les contours d’une véritable crise diplomatique.

L’ambassadeur de France Joël Meyer doit quitter le Mali d’ici 72 heures. Une décision qui lui a été notifiée ce lundi 31 janvier 2022 par le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, indique un communiqué publié par le gouvernement malien de transition.

Cette décision « fait suite aux propos hostiles et outrageux du ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères tenus récemment et à la récurrence de tels propos par les autorités françaises à l’égard des Autorités maliennes, en dépit des protestations maintes fois élevées », souligne le communiqué.

Alors que la junte malienne a demandé avec insistance le retrait des forces danoises du Mali, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a dénoncé un comportement « irresponsable ». Des propos jugés « inacceptables et empreints de mépris » par son homologue malien, Abdoulaye Diop au cours d’un entretien avec France 24 et RFI, le 28 janvier 2022.

Au cours de cet entretien, le chef de la diplomatie malienne visiblement agacé mais resté courtois, n’excluait pas une réaction forte de son gouvernement. « Le Mali n’exclut rien si la souveraineté et le peuple malien ne sont pas respectés (…) nous demandons que Paris nous respecte », avait-il souligné.

L’effet Wagner

Les relations entre les deux pays sont devenues heurtées depuis l’annonce par les nouvelles autorités de Bamako de renforcer leur coopération avec la Russie, dans le cadre de la lutte contre l’insécurité qui sévit dans le pays depuis bientôt une décennie.

La France, relayée par d’autres puissances occidentales, accuse le Mali de recourir à des « paramilitaires russes », de l’entreprise privée Wagner. Bamako dément cette information, mais revendique son droit de faire « le choix » de ses partenaires, au nom de sa « souveraineté ». Un discours plutôt bien accueilli dans des cercles de jeunes panafricanistes bien au-delà des frontières maliennes. 

L’expulsion du diplomate français, a lieu dans un contexte de relatif désengagement de la France, qui a réduit de moitié, les effectifs de son opération militaire dénommée Barkhane (5000 soldats environ, au début) présente au Mali et dans le Sahel depuis neuf ans. Expliquant son retrait partiel, la France estime qu’il est temps que les forces armées maliennes prennent le relais dans la lutte contre les groupes armés qui sévissent au Mali.

Nombreux sont les experts et observateurs, dont des occidentaux, qui pointent un échec de l’opération Barkhane qui n’a pas réussi à endiguer l’insécurité au Mali.

« En 2013, l’Élysée avait envoyé des troupes au Mali pour endiguer la menace jihadiste. Huit ans plus tard, force est de constater que les groupes qualifiés de terroristes ont étendu leur emprise dans la zone », estime dans une tribune publiée sur le site web de jeune Afrique, Marc-Antoine Pérouse de Montclos, directeur de recherches à l’Institut de recherche pour le développement (IRD).

Irritée par l’annonce de « l’arrivée des soldats de Wagner » que la presse française et occidentale qualifie de « mercenaires », la France a depuis haussé le ton et multiplié les passes d’armes avec les autorités de Bamako. Pour faire barrage à la solution de rechange russe, Paris a fait en sorte d’inclure dans son combat plusieurs pays européens.

« Ce déploiement ne peut que détériorer davantage la situation sécuritaire en Afrique de l’Ouest, conduire à une aggravation de la situation des droits de l’homme au Mali, menacer l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali », indique une déclaration conjointe publiée fin décembre et signée par une dizaine de pays européens en plus du Canada.

C’est dans ce contexte de tension entre Bamako et Paris que la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao, 15 pays), s’est signalé en infligeant de lourdes sanctions au Mali, sanctions marquées par la fermeture des frontières et un embargo économique.

En réaction, les autorités maliennes ont dénoncé des sanctions « illégales et illégitimes », et accusé la Cedeao d’être instrumentalisée par des « puissances extra-régionales ».

Souveraineté

En dépit des pressions de la Cedeao et de la communauté internationale emmenée par la France, le président de la transition  au Mali, le Colonel Assimi Goïta n’entend rien céder quant au respect de la souveraineté et des intérêts de son pays. 

L’expulsion de l’ambassadeur de France est un acte de plus dans cette nouvelle ligne de conduite adoptée par Bamako. Elle intervient quelques jours après le congédiement des troupes danoises et une demande de révision des accords de défense avec la France.

Certaines dispositions violent « la souveraineté du Mali et notre constitution », a expliqué Abdoulaye Diop devant la presse malienne.  Vieux de plusieurs décennies, ces accords ont fait l’objet d’un réaménagement en 2014 afin de permettre le lancement de Serval, une opération militaire française au Mali entre 2013 et 2014 qui a ensuite cédé la place à Barkhane.

Tout en faisant preuve de fermeté, la transition militaire malienne ne verse pas pour autant dans la radicalité. En dépit de la tension, elle réitère sa disponibilité au dialogue et appelle à la poursuite de la coopération avec l’ensemble de ses partenaires internationaux, y compris la France.

Le tout dans « le respect mutuel et sur la base du principe cardinal de non-ingérence, conformément aux aspirations légitimes du peuple malien », précisent les autorités de la transition dans leur communiqué de ce 31 janvier 2022. Une date qui pourrait marquer un tournant dans les relations franco-maliennes, voire franco-africaines.

MN/ts

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