Ouestafnews – Les médias africains doivent contribuer à la construction d’une meilleure image de leur continent, victime de stéréotypes négatifs. C’est la conviction des organisateurs du « Shaping the Future of African Media », tenu à Accra les 29 et 30 avril 2026. Cet évènement panafricain, dont Ouestaf News est partenaire, a permis de revenir sur le rôle important des médias dans les enjeux de souveraineté du récit et d’attractivité du continent.
Les récits africains peuvent devenir un vrai levier économique et un outil de souveraineté pour le continent. Pour y arriver, les médias africains doivent contribuer à rééquilibrer l’image qui est projetée de l’Afrique et éviter de relayer les narratifs biaisés, véhiculés par certains médias internationaux. C’est la conviction des participants au forum « Shaping the Future of African Media », organisé à Accra par l’Africa news agency (ANA).
« Si l’Afrique est mal racontée, l’Afrique continuera d’être sous-évaluée », affirme Dounia Ben Mohamed, PDG de l’ANA, selon le communiqué qui a sanctionné les travaux et transmis à Ouestaf News. La patronne de l’ANA, note le document, a rappelé la responsabilité des médias africains dans la protection de l’image et de l’attractivité du continent.
Pour sa part, le fondateur et PDG de SherpAfrica, Idrissa Diabira, selon la même source, a souligné la nécessité de rendre visibles les réalités économiques, culturelles et sociales africaines. Le but est de les transformer en « capital, en influence et en puissance ».
« L’Afrique n’est pas pauvre. Elle est sous-évaluée », dira-t-il dans son allocution d’ouverture.
L’Afrique n’attire l’attention des médias occidentaux que lors des conflits, catastrophes naturelles ou épidémies. Outre les événements tragiques, l’image du continent a longtemps été associée à la mauvaise gouvernance des dirigeants et à la corruption, occultant une grande partie des réalités du continent.
Depuis plus d’une décennie, diverses composantes de l’intelligentsia africaine s’intéressent à la question et produisent des réflexions ou des études sur le sujet.
Ce narratif biaisé a des conséquences négatives notamment sur le destin économique et diplomatique du continent, comme en atteste un rapport publié en octobre 2025. Cette étude intitulé « Le coût des stéréotypes médiatiques pour l’Afrique » a été menée par l’organisation Africa No Filter, qui œuvre pour un changement de récit sur l’Afrique et le cabinet Africa Practice, spécialisé dans les investissements sur le continent.
Selon ce document, les stéréotypes médiatiques gonflent le coût des emprunts africains jusqu’à 4,2 milliards de dollars par an. La couverture médiatique négative, explique l’étude, affecte directement les primes de risque exigées par les investisseurs internationaux.
Les enquêteurs ont notamment comparé la couverture des processus électoraux des pays africains à des pays non africains mais aux profils similaires en matière de risque. Les résultats confirment un biais « persistant et disproportionné ». Si 88 % des articles mondiaux sur le Kenya et 69 % sur le Nigeria pendant les périodes électorales avaient un ton négatif, ce pourcentage descend à 48 % pour la Malaisie.
Ce « malus de perception » réduit également l’influence diplomatique du continent. Le récit négatif crée des rapports asymétriques avec les partenaires étrangers et augmente la perception de fragilité ou d’instabilité. Il est nécessaire de transformer cette impression et de rééquilibrer les partenariats, souligne l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sur son site internet.
Même si la situation s’est légèrement améliorée durant les vingt dernières années, selon l’étude d’Africa No Filter, les conséquences sont toujours là.
Il faut inverser la tendance, souligne la directrice de la Communication à la Commission de l’Union africaine (UA), Wynne Musabayana, citée par la chaine Africa 24 sur son site internet. Les médias doivent contribuer à produire des récits positifs sur l’Afrique, propose-t-elle. Pour illustrer son propos, elle donne en exemple la façon dont le continent a géré l’épidémie de Covid-19. C’était en mai 2022 lors d’une rencontre avec des journalistes africains à Arusha en Tanzanie.
Les médias du continent participent, eux-mêmes, à véhiculer les stéréotypes négatifs sur les pays africains, indique une autre étude d’Africa No Filter. Ce rapport publié en 2023, fait savoir qu’un tiers des articles sur l’Afrique publiés par les médias du continent proviennent d’agences de presse étrangères.
Face à ce constat, un mouvement croissant en faveur d’une « souveraineté narrative » africaine émerge. Il est porté par des initiatives académiques, médiatiques, citoyennes, professionnelles et institutionnelles. Dans cette bataille du récit, les medias du continent sont interpelés afin qu’ils déconstruisent le narratif stéréotypé véhiculé à l’international, lorsqu’il s’agit de l’Afrique.
Mais la quête de cette souveraineté narrative nécessite la structuration d’un écosystème médiatique panafricain solide et plus indépendant. Pour permettre aux médias du continent de porter les récits à la hauteur des ambitions de l’Afrique, les participants à la rencontre d’Accra ont annoncé le lancement prochain d’un fonds dédié au renforcement des médias panafricains, à l’initiative de la directrice d’Africa news agency.
Une autre initiative est celle de « l’Indice mondial des médias », mis en place en 2022, afin d’examiner la manière dont les plus grands organes de presse internationaux traitent les sujets qui concernent l’Afrique. Ce dispositif est porté par quatre organismes dont Africa No Filter et l’Université du Cap, en Afrique du Sud, qui ont en commun l’objectif de corriger les représentations injustes du continent.
Dans cette bataille du récit, le rôle des plateformes numériques et des algorithmes ainsi que les défis liés à la production, à la distribution et au financement du contenu africain, ont fait l’objet de plusieurs panels.
IB/ts
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