Par Hamadou Tidiane Sy*
Le débat public dans notre pays, souvent réduit à une agitation superficielle et permanente, porté par la frénésie du « buzz », s’accommode mal des dossiers techniques. Il offre peu de temps et peu de place au recul qui, seul, permet une lecture froide des faits.
Or, l’affaire « Aser – Aee Power », par sa complexité, ne saurait être analysée à travers le prisme de l’immédiateté.
Comme pour tous les dossiers complexes, elle exige de procéder par une approche patiente et méthodique. Ce que notre équipe de reporters s’est évertuée à faire pour vous offrir cet éclairage, dont la première partie est publiée ce 22 avril 2026. Le reste suivra dans les deux semaines à venir, respectivement le 29 avril et le 6 mai 2026.
Ce travail est le fruit de plusieurs mois d’investigation collective. Nous avons mis de côté le tumulte des effets d’annonce, les ondes de choc et les … « explosifs ! » en Une qui ne veulent plus rien dire.
A la place des conclusions hâtives, nous avons préféré un laborieux et minutieux travail de fourmis, à partir des multiples informations distillées çà et là, par les uns et les autres. C’est le résultat de cette approche que vous avez sous les yeux : l’objectif est de mettre en lumière les faits et rien que les faits, pour éclairer l’opinion publique.
Nous avons plongé dans les déclarations, les décisions administratives, les courriers entre les acteurs, certains documents contractuels auxquels nous avons pu accéder. Nous avons privilégié le travail de fond, basé sur la recherche et le recoupement des faits. Et autant que possible, nous l’avons fait sans émotion, ni parti-pris.
Toutefois, et c’est bon à signaler, cette enquête est loin d’être une œuvre accomplie. L’affaire elle-même est un sac de nœuds. Plus on y plonge, plus on se dit qu’on est dans un film à rebondissements, dans lequel beaucoup de questions subsistent. Mais lorsque vous aurez lu les différentes parties de notre enquête, vous aurez au moins compris qui a fait quoi, où et quand ainsi que les liens entre les différents acteurs. Les différents acteurs, c’est justement par eux que nous commençons avec notre première publication de ce jour sur une affaire devenue une nébuleuse. En attendant de revenir sur les points de contentieux dans les prochains articles.
Sur ce point, il est heureux que l’Aser, au centre de l’affaire, ait (enfin !) accepté de parler à nos reporters. Nous attendons. Si comme promis, sa version nous parvient, cela nous permettra de la confronter aux lots d’informations qui circulent sur le sujet. Nous ne cherchons pas à produire un choc passager, mais à établir une lecture solide, documentée et accessible à ceux qui cherchent un éclairage et exigent de la rigueur.
Nous avons délibérément choisi de commencer par les acteurs principaux et de nous éloigner, dans cette première partie, du débat politique, même si le dossier à une dimension éminemment politique.
Rien que la déclaration du Premier ministre, Ousmane Sonko, sur le sujet, et dès octobre 2024, en dit long. Pour protéger la nouvelle direction de l’Aser, il a affirmé qu’il « n’y a pas de scandale » alors que les accusations fusaient de partout et qu’il existe la justice et des organismes habilités pour trancher.
En dit long aussi, sur le caractère politique de l’affaire, l’identité de l’initiateur même du projet, qu’on dit proche de l’ancien régime, défait en 2024. Et enfin, les prises de position tranchées du député Thierno Alassane Sall finissent par convaincre les sceptiques que cet imbroglio est autant financier, administratif, technique qu’il est politique.
Cependant, l’équipe à Ouestaf News a délibérément fait le choix de reléguer la polémique politicienne à la périphérie pour s’intéresser aux faits d’abord. Enfin, nous avons fait l’effort de n’accuser personne, mais de présenter tous les faits en notre possession tout en continuant de creuser. Chaque citoyen en fera sa propre lecture.
On ne terminera pas sans signaler cette réalité bien sénégalaise, voire africaine, qui, des socialistes au régime actuel ne change pas : la faiblesse des promesses de transparence. Si dans le discours politique, elle (la promesse de transparence) est omniprésente à chaque changement de gouvernement, à l’épreuve des faits, elle se révèle n’être qu’un mirage.
Et sur ce point, les difficultés d’accès à l’information et la non-publication des contrats signés par les administrations publiques, sont plus éloquents que tous les discours sur le changement ou la rupture. On reste sur des méthodes éculées qui ne devraient plus prospérer à l’ère des « gouvernements ouverts ».
Ce que nous apprend cette enquête dépasse le cadre strict de l’affaire Aser/Aee Power. C’est un révélateur des failles de nos systèmes de redevabilité. La promesse de transparence fait partie du socle sur lequel on bâtit la démocratie et la justice sociale, elle ne peut donc demeurer une simple déclaration d’intention.
*Hamadou Tidiane Sy, journaliste, fondateur d’Ouestaf News
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