Indice mondial de la paix 2025 : situation contrastée en Afrique de l’Ouest

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Ouestafnews – Le dernier rapport de l’Institut pour l’Économie et la Paix (IEP), publié en juin 2025, confirme une tendance inquiétante : la paix continue de reculer à l’échelle mondiale. Pour la première fois depuis sa création, l’Indice mondial de la Paix (GPI) enregistre une situation globale aussi dégradée. En Afrique de l’Ouest, la dynamique n’est guère plus favorable, malgré quelques progrès isolés.

L’édition 2025 du rapport de l’Indice mondial de la Paix (GPI) montre que le monde a connu un nombre record de 59 conflits étatiques actifs, avec plus de 152.000 décès liés à la violence en 2024. L’impact économique de cette instabilité est estimé à près de 20.000 milliards de dollars, soit 11,6 % du PIB mondial.

Réalisée par le think tank australien l’Institut pour l’Économie et la Paix (IEP), l’étude repose sur 23 indicateurs qualitatifs et quantitatifs couvrant 99,7 % de la population mondiale. Elle met en évidence une intensification des tensions, marquée par une hausse de la militarisation et des conflits internes.

Dans ce contexte de fragmentation géopolitique croissante, l’Afrique de l’Ouest présente un tableau contrasté. Première du classement régional, la Gambie gagne 16 places par rapport à l’an dernier et se hisse à la 55e place mondiale. Le rapport souligne que le pays est le seul d’Afrique subsaharienne à obtenir la note maximale sur l’échelle de la « terreur politique », indiquant l’absence de violence politique systémique. Cette performance de la Gambie est toutefois atténuée par des tensions internes persistantes et des risques de déstabilisation liés à sa proximité avec la Casamance, au sud du Sénégal, selon l’IEP.

La Gambie devient ainsi le pays le plus pacifique de la région, détrônant le Ghana (61e) et devançant de peu la Sierra Léone (57e). Le Sénégal progresse également (69e), en dépit d’une transition politique marquée par des tensions, tandis que le Libéria gagne six rangs pour atteindre la 70e place.

À l’opposé, le Togo, la Mauritanie et la Guinée-Bissau enregistrent des reculs sensibles. En queue de classement, le Mali (154e), le Burkina Faso (152e) et le Niger (143e) confirment leur position parmi les pays les moins pacifiques au monde. Le rapport note que ces pays sahéliens, dirigés par des régimes militaires, restent confrontés à une forte instabilité sécuritaire et à une économie sous pression.

« Les nouveaux régimes au Mali, au Burkina et au Niger ont, dans certains cas, bénéficié du soutien du public, mais leurs pays demeurent dans une situation économique précaire, sous sanctions ou coupés de l’aide », précise le rapport.

La détérioration de la paix est particulièrement marquée au Sahel. Le Burkina Faso demeure le pays le plus touché par le terrorisme à l’échelle mondiale. Le Niger figure quant à lui parmi les rares États impliqués dans cinq conflits externes ou plus au cours des cinq dernières années. Malgré l’augmentation des dépenses militaires, la sécurité reste précaire dans l’ensemble de la zone.

Ces constats font écho au rapport sur le terrorisme publié en mars 2025 par le même institut. Le document y désignait le Sahel comme l’épicentre du terrorisme mondial en 2024. Cette année-là, 51 % des morts liés au terrorisme dans le monde ont été recensés dans la région. Deux groupes dominent les attaques : le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda et l’État islamique au Sahel (EIS).

Sur le plan économique, l’Afrique de l’Ouest continue de subir les effets indirects de ces crises sécuritaires. Le rapport pointe une baisse de l’aide au développement, alors même que la région en était le principal bénéficiaire au cours de la dernière décennie. En parallèle, le service de la dette absorbe en moyenne 42 % des recettes publiques, ce qui limite les marges d’investissement pour renforcer la paix.

Malgré ce climat dégradé, quelques signes d’amélioration subsistent. Le Bénin et la Guinée ont enregistré une progression de leur score, en dépit des tensions politiques et de la menace terroriste dans des zones frontalières. Ces avancées restent cependant fragiles et insuffisantes pour inverser la tendance régionale, souligne l’IEP.

L’Indice mondial de la paix 2025 rappelle que les dynamiques sécuritaires ne peuvent être dissociées du contexte géopolitique. L’Afrique de l’Ouest, prise entre réformes démocratiques inabouties, conflits transfrontaliers et pression sécuritaire croissante, se trouve à un moment charnière.

Si certains pays parviennent à stabiliser leur trajectoire, d’autres s’enfoncent dans une spirale de violence aux conséquences humaines, politiques et économiques de plus en plus lourdes.

HD/fd


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