Vous avez dit échec ? (Editorial)

Assemblée nationale du Sénégal - Capture d'écran/Ouestafnews

Par Hamadou Tidiane Sy*

«C’est le devoir de chaque homme de rendre au monde au moins autant qu’il en a reçu. » Albert Einstein

Pour au moins trois raisons, le vote de la « loi sur le parrainage » marque l’échec du président Macky Sall, celui que les Sénégalais ont élu (par défaut, rappelons-le) en 2012, en espérant la « rupture ».

A ceux qui voudraient me démentir, je demanderai simplement d’aller consulter les archives pour relire le discours du 3 avril 2012, prononcé par le président nouvellement investi. A ce propos, nous pouvons nous demander : était-ce vraiment une promesse à tenir, un engagement solennel devant la Nation ou tout juste un discours qui devait sonner juste et beau ?

Seul le président Macky  Sall, et personne d’autre que lui, est habilité à répondre à cette question.

Lire également : Parrainage au Sénégal : tactique politicienne ou réforme salvatrice ?

En attendant, son régime, son gouvernement, ses thuriféraires et ses transhumants peuvent crier « victoire » après le vote de la loi sur le parrainage, lui ne pourra pas en faire autant. Et pour cause ! Il nous avait promis la rupture. Nous en sommes loin, très loin.

Premièrement : dans ce discours du 3 avril 2012, le président nouvellement élu saluait « toute la vitalité » de la démocratie sénégalaise « et la grande maturité du peuple sénégalais ».  En clair, il reconnaissait avoir hérité d’un pays « démocratique ».

Six ans après, devoir se retrouver à emprisonner des opposants, à empêcher des jeunes de manifester dans la rue, à devoir changer la Constitution à moins d’un an d’une élection, est manifestement le reflet d’un grand recul. En tout cas, les incidents cités ci-haut ne sont pas les meilleurs signes et les plus connus d’une vibrante « démocratie » !

Ce n’est pas tant que les Sénégalais réussissent (ou échouent) à rééditer le « 23 juin 2011 » qui inquiète. C’est le seul fait qu’une partie de l’opinion, peu importe qu’elle soit majoritaire ou minoritaire, puisse encore laisser l’idée du « 23 juin » lui effleurer l’esprit, qui traduit l’échec.

Il n’y a pas pire marqueur de l’exaspération de ce peuple que de penser qu’il lui faut, pour arriver à ses objectifs, user de cette méthode-là pour se faire entendre.

Deuxièmement : en ignorant le nombre de voix qui se sont élevées pour dire que, malgré le besoin d’assainir l’espace politique, le moment était mal choisi pour faire voter la loi sur le parrainage, Macky Sall a montré qu’il ne sait écouter que ses partisans et son parti. La patrie attendra.

Au diable donc les beaux slogans d’avant 2012 sur le parti et la patrie ! Au diable la rupture ! Or ses électeurs (je ne parle pas de ses partisans) n’oublieront pas, le moment venu, qu’ils l’avaient préféré à Abdoulaye Wade contre la promesse d’une « rupture », et pourraient bien le lui rappeler dans les urnes.

Que parmi les voix « ignorées » figure celle du chef de l’église catholique sénégalaise, l’archevêque de Dakar Monseigneur Benjamin Ndiaye, ne rend que plus patent l’échec. Il traduit un manque de considération, de tact et d’intelligence politique envers une communauté, qui, du fait de sa « minorité » (environ 5 % contre 95 % de musulmans), ne peut compter absolument pas sur son poids démographique pour bruyamment exprimer son désaccord.

Troisièmement : que la vie sociale et économique du pays soit perturbée à ce point par le simple « vote d’une loi », que les rues soient désertées, que l’Assemblée du peuple se barricade, tout cela rappelle plus des méthodes des régimes autocratiques que des pratiques de pays dits « démocratiques ».

Que toutes les énergies, ressources et intelligences du pays ne soient utilisées, en fin de compte, que pour régler des comptes électoraux, élaborer de mesquines stratégies de maintien au pouvoir et non régler les urgences économiques et sociales de la Nation, est en soi un échec patent pour qui promet de construire une Nation prospère.

En un mot comme en mille,  on n’a pas retenu la leçon du 23 juin 2011 et du scrutin de mars 2012. On a préféré nous faire revenir six ans en arrière. Les fruits n’ont pas porté la promesse des fleurs.

Ce faisant, notre président donne raison au diplomate et militaire suédois Axel Oxenstiern qui annonçait que «  la facilité de faire des promesses et la difficulté de les tenir sont presque inséparables ». Macky Sall admet, en même temps qu’il l’entérine, l’impossibilité d’une quelconque « rupture ». Son gouvernement en devient une pâle copie de celui de son prédécesseur. C’est cela, et cela surtout, l’échec.

 *Journaliste sénégalais, fondateur d’Ouestaf News 

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