Ouestaf News – Les opérations de vote se déroulent en Côte d’Ivoire, ce samedi 25 octobre 2025, pour élire un président de la République. Entre candidatures invalidées, arrestations de manifestants et accusations de partialité contre la Commission électorale indépendante (CEI), le processus électoral a suscité des contestations sur toutes ses étapes. Il n’empêche, le scrutin a lieu et les principaux candidats appellent au calme.
Les opérations de vote ont démarré à partir de 8 heures (locales et GMT) dans toute l’étendue du territoire, selon quelques médias locaux. Plus de 8,7 millions d’électeurs répartis dans 25.678 bureaux de vote, dont 308 à l’extérieur du pays, doivent prendre part à ce scrutin, selon la CEI.
Les cinq candidats ont déjà accompli leur devoir civique dans le calme, lançant des appels à la paix, rapporte les médias locaux. Le président sortant Alassane Ouattara, après avoir voté au lycée Sainte-Marie de Cocody (une commune d’Abidjan), a exhorté ses compatriotes à « aller voter dans la paix ». Il a affirmé son souhait d’une Côte d’Ivoire « ambitieuse et solidaire ».
Toujours à Abidjan, Simone Ehivet Gbagbo, leader du Mouvement des générations capables (MGC), a aussi adressé un message d’apaisement. Elle a également voté à Cocody tout comme le candidat indépendant Ahoua Don Mello. La candidate du MGC, ex-épouse de l’ex-président Laurent Gbagbo, a aussi formulé le vœu de voir la Côte d’Ivoire « en paix ».
Le ton est le même chez Henriette Adjoua Lagou, candidate du Groupement des partenaires politiques (Gp-Paix), qui a voté à Daoukro, dans le centre-est du pays. Elle a salué un scrutin « calme ».
L’un des principaux challengers du président sortant, Jean-Louis Billon, a rappelé que « la démocratie doit fonctionner » et que cela passe par la participation citoyenne. Après avoir voté chez lui à Dabakala, dans le centre nord du pays, il s’est exprimé sur le même ton apaisant.
Si le vote se déroule globalement dans le calme dans l’ensemble du pays, la campagne, elle, a été marquée par un climat de fortes tensions politiques.
Signe d’une certaine fébrilité de la situation, un couvre-feu nocturne a été décrété pour deux jours dans la capitale politique Yamoussoukro la veille du scrutin de 22 heures à 6 heures du matin. Quatre jours plus tôt, la CEI avait informé que des manifestants se sont attaqué au siège de ses bureaux locaux dans la ville.
Pour sécuriser le scrutin, le gouvernement a déployé un dispositif sécuritaire en mobilisant 44 000 éléments des forces de l’ordre afin de garantir la sécurité des électeurs, des candidats et du matériel électoral.
Les incertitudes politiques et contestations judicaires ont d’ailleurs été notées à toutes les étapes du processus électoral.
Le pic de ces contestations a été atteint en mars 2025, lorsque la CEI a publié la liste provisoire des électeurs avec des absences de « marque ».
Trois figures majeures de la vie politique ivoirienne étaient exclues de cette liste. D’abord, Laurent Gbagbo, ex-président de la République (2000-2011). Son mandat à la tête de l’État ivoirien s’était terminé en queue de poisson par une violente crise post-électorale (2010-2011) qui fera plus de 3 000 morts et qui le conduira au tribunal de La Haye où il sera fait prisonnier pendant plus de sept ans.
Autre recalé, Charles Blé Goudé, ancien allié de Laurent Gbagbo. Il a dirigé le mouvement des jeunes du parti de ce dernier et a été son ministre de la Jeunesse. Il s’est retrouvé prisonnier à La Haye au même titre que son mentor.
Enfin, il y a Guillaume Soro, ancien leader estudiantin et ancien dirigeant d’un mouvement rebelle contre le président Gbagbo. Cet ancien président de l’Assemblée nationale est aussi un ancien allié du président Ouattara dont il a été le Premier ministre avant que les deux ne se séparent en 2012.
Ces trois leaders ont été écartées du fichier électoral en raison de condamnations judiciaires, les rendant inéligibles. Pour sa part, Pascal Affi N’Guessan avait été recalé pour des « irrégularités » liées aux parrainage de sa candidature.
Quant au président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), Tidjane Thiam, il a été retiré de la liste électorale suite à des recours en justice contre sa candidature. Selon le tribunal, il avait perdu sa nationalité ivoirienne en acquérant la nationalité française en 1987. La décision, tombée le 22 avril 2025, n’avait pas tenu en compte la renonciation de M. Thiam à la nationalité française quelques semaines plus tôt.
Ces éliminations des adversaires les plus en vue a fait monter la tension dans un pays encore hanté par les fractures post-électorales des années 2010 et 2020 et toujours déchiré par des débats sur la nationalité.
La liste électorale définitive publiée le 4 juin 2025 avait annihilé tout espoir pour les candidats exclus de participer à l’élection.
La composition de la commission électorale, organe centrale de l’organisation de l’élection, a également fait l’objet de vives contestations par l’opposition qui la juge « déséquilibrée » en faveur du parti au pouvoir.
L’annonce fin juillet 2025 de la candidature du président sortant pour un quatrième mandat a également contribué à attiser les tensions.
Si sa candidature est défendue par ses partisans comme étant une « continuité institutionnelle au nom de la stabilité », elle a été dénoncée par ses adversaires comme une « dérive anticonstitutionnelle ».
Au final, seuls cinq candidats, sont en lice sur les 60 dossiers de candidatures réceptionnées par la CEI. La participation de deux femmes constitue une première dans l’histoire politique ivoirienne. Mais cette ouverture symbolique ne suffit pas à apaiser les doutes sur l’équité du scrutin.
Les signaux d’un climat crispé se sont multipliés. Le PDCI a dénoncé l’arrestation de plusieurs de ses militants, accusant le pouvoir d’intimidation. Tidjane Thiam, radié de la liste électorale, a, quant à lui, parlé d’une « asphyxie démocratique ». Le FPI d’Affi N’Guessan a saisi la justice, affirmant que son dossier de candidature avait été « falsifié ».
Durant la campagne électorale, qui s’est déroulée du 10 au 23 octobre 2025, au moins cinq personnes, dont un gendarme, sont mortes lors de manifestations de l’opposition. Plus de 700 personnes ont été arrêtées : 32 d’entre elles ont été condamnées, le 21 octobre 2025, à trois ans de prison ferme pour troubles à l’ordre public.
Amnesty International a jugé « disproportionnée » la répression des manifestations et exhorté, le 16 octobre 2025, les autorités ivoiriennes à « arrêter de réprimer » les manifestations pacifiques.
Enjeux du scrutin
Le taux de participation demeure l’un des principaux enjeux de ce scrutin, après l’exclusion des principaux opposants. Le 22 octobre 2025, Laurent Gbagbo, interrogé par AFO Média, a qualifié l’élection de « coup d’État civil ». Le rival du président Ouattara avait aussi affirmé qu’il « ne soutient personne », même pas Ahoua Don Mello, issu de sa formation.
Au-delà des tensions politiques, le scrutin du 25 octobre 2025 se joue aussi sur fond d’enjeux économiques et sécuritaires majeurs. Dans un pays de 32,8 millions d’habitants, selon des chiffres de l’Institut national de la statistique (Anstat), la croissance du pays était de 6,5 % en 2023. Elle provient principalement du secteur secondaire — industrie, transformation agricole et BTP, selon l’Ansat.
Ce dynamisme place la Côte d’Ivoire parmi les économies les plus performantes de la région ouest-africaine. Selon le site Trading Economics, en 2024, le PIB national de la Côte d’Ivoire s’est établi à plus de 86,54 milliards de dollars (54 492 milliards FCFA à la fin 2024), confirmant le poids économique du pays dans la région.
Mais cette position ne se traduit pas encore en prospérité partagée. Près de 37,5 % des Ivoiriens vivent encore sous le seuil de la pauvreté, surtout dans les zones rurales marquées par des difficultés d’accès à l’éducation, à la santé et aux infrastructures, explique l’Ansat.
La Côte d’Ivoire, poids lourd économique de la sous-région, joue donc une partie de sa crédibilité démocratique. Sur le plan sécuritaire, les craintes d’une crise post-électorale planent toujours même si elles sont repoussées par les multiples appels à la paix et à un scrutin apaisé.
Des résultats contestés à l’issu de ce scrutin, en plus de fragiliser le prochain président, pourraient aussi avoir des répercussions directes sur la stabilité sous régionale dans une Afrique de l’Ouest, déjà fragilisée par le terrorisme et des coups d’État militaires.
Les opérations de vote doivent se poursuivre jusqu’à à 18 heures et le dépouillement immédiatement après. La Commission électorale indépendante est seule habilitée à annoncer les résultats provisoires, dans un délai de cinq jours après la clôture du scrutin, selon la loi électorale. Après quoi, il reviendra au Conseil constitutionnel de proclamer les résultats définitifs après examen d’éventuelles recours.
HD-IB/ts
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