La déchirure, le sang et les larmes… (Editorial)

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Par Hamadou Tidiane Sy*

C’est peut-être le propre de la guerre. Plus aucune voix raisonnable n’est audible. Seules celles des armes et des faucons. Pourtant des voix lucides, il y en avait. Il y en a encore, aussi rares soient-elles. Des voix qui n’avaient aucun intérêt particulier ou partisan à défendre, si ce n’est la survie du Sénégal en tant que nation unie et « paisible ». Elles sont restées inaudibles toutes ces années, ces mois, ces semaines. Jusqu’à ce qu’arrive l’inévitable. La cassure était déjà actée. La bataille pour le pouvoir a pris le dessus. Dommage.

Nul ne peut contester la légitimité d’un combat pour la justice et la démocratie ; pour la liberté et l’égalité ; pour le bonheur et le mieux-être de tous. Comment mener ce combat en préservant des acquis engrangés de haute lutte par d’autres générations tout aussi méritantes dans des luttes tout aussi héroïques ? Voilà le dilemme. J’entends d’ici là réplique : on ne peut faire des omelettes sans casser des œufs. Soit. Sauf à ne pas, dans la foulée, tuer la poule et détruire le poulailler avec. 

A l’heure du bilan de ces journées macabres que nous voudrions oublier très vite, mais qui restent gravées dans le marbre de notre histoire, le Sénégal aura perdu des fils, des filles. Certes, nous sommes tous appelés à mourir mais nul ne mérite une telle fin. Surtout pour ceux qui ont été tués juste pour avoir été au mauvais endroit, au mauvais moment. D’autant plus qu’ils risquent d’être rangés aux rangs des dizaines de martyrs anonymes, vites relégués aux oubliettes de l’histoire, comme ce pays en a souvent connus dans le passé. 

Et quand le pays déchiré en aura fini avec ces jours sombres (et Dieu seul sait quand ?), il ne lui restera que sa terre souillée de son propre sang ; il ne lui restera que ses larmes pour pleurer. De sa légendaire « stabilité » et de sa « démocratie » moult fois célébrée, il ne restera au Sénégal que des cicatrices. Des balafres laides. Profondes. Gênantes. 

Viendra l’heure du bilan et  des responsabilités. Des regrets, peut-être. Viendra sans nul doute l’heure de la… reconstruction. Pour le peuple piégé et trahi par sa classe politique, restera le défi de la  réconciliation – demandez à  nos frères ivoiriens. Ce sera plus ardu. C’est aussi cela le choix de la confrontation. Nous devrons tous l’assumer devant l’histoire. Collectivement. 

Demain on pourra reconstruire le pays, racheter des bus, rouvrir des magasins, relancer des chantiers, reprendre le chemin du travail et de l’école, etc. ; quant aux déchirures causées par cette folie qui s’est emparée de nous tous, il faudra des années, voire des générations pour en guérir. Hélas. 

Des vies humaines sont parties à jamais. Nous devons compassion et solidarité à toutes les familles éplorées. Que la raison puisse prévaloir et que ces jours sombres soient une leçon pour tous. Et d’abord pour ceux qui gouvernent ou sont appelés un jour à le faire.  

*Hamadou Tidiane Sy, journaliste, fondateur d’Ouestaf News.

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