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Sénégal : la presse agonise (rapport RSF)

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Ouestafnews – Les médias sénégalais ont souffert d’un environnement économique difficile en 2024, selon Reporter sans frontières (RSF) qui a rendu public, le 2 mai 2024, son rapport annuel sur l’état de la presse dans le monde. Le gouvernement use de pressions judicaires et fiscales contre les médias. Pour autant, le pays a gagné 20 places dans le classement de RSF par rapport à l’année précédente.

« L’environnement sécuritaire » de la presse sénégalaise avant l’élection présidentielle de mars 2024 était « très difficile », estime Sadibou Marong, le directeur du bureau régional de RSF pour l’Afrique de l’Ouest.

Le Sénégal a connu des périodes de vives tensions, entre janvier et mars 2024, marquées par la violences politiques en raison de la bataille autour de la présidentielle. Les médias ont payé leur part de tribut dans cette violence.

A ce titre, le responsable de RSF rappelle les menaces ou agressions contre plusieurs journaliste ou médias dont Babacar Fall rédacteur en chef de la Radio Futurs Médias (RMF, privée), Habsa Hanne (Seneweb-privé), Maimouna Ndour Faye, directrice de la chaine 7TV (privée), etc.

Après la victoire du président Diomaye Fate en avril 2024, il a y a eu un semblant d’accalmie, mais celle-ci fut de courte durée. A peine installé, le nouveau gouvernement a, sous prétexte de « régularisation » soumis l’essentiel des entreprises de presse privées à une forte pression fiscale pour les unes, et à une exigence de « se conformer » au Code de la presse, pour les autres.  

Dès leur arrivée au pouvoir les nouvelles autorités ont enjoint les médias de payer les redevances fiscales de 2019 à 2023 et ont bloqué des comptes bancaires de certains poussant certaines entreprises à la suspension de leurs activités et d’autres à l’arrêt.  

Avant de quitter le pouvoir, le président Macky Sall avait publiquement promis aux entreprises de presse d’effacer leurs dettes fiscales de 2019 à 2023. Selon les responsables des médias, l’essentiel de ces arriérés date de la période de la pandémie de Covid 19 pendant laquelle les médias étaient également en difficulté.

Arrivées au pouvoir, les nouvelles autorités ont refusé d’appliquer cette promesse.

Parallèlement à cette pression fiscale, plusieurs journalistes ont été également arrêtés pour des faits liés à l’exercice de leur métier.  Fin mai 2024, des convocations ont visé les directeurs de publication des journaux La Tribune et Le Quotidien, rappelle RSF dans son rapport.

Cette tendance répressive des nouvelles autorités s’est poursuivie avec les interpellations, arrestation et poursuites judiciaires contre plusieurs autres journalistes ou « chroniqueurs » dans des émissions télévisées. Ce fut le cas de Cheikh Yérim Seck, convoqué et brièvement détenu, début octobre 2024 pour « pour diffusion de fausses nouvelles et diffamation ». Il avait réfuté les chiffres avancés par le gouvernement sénégalais sur la situation économique héritée de l’administration précédente. 

Mais le cas le plus « emblématique », selon Sadibou Marong, c’est celui de Simon Faye, le rédacteur en chef de la radio privée Zik Fm. Convoqué le 10 avril 2025 et entendu, il sera placé sous contrôle judiciaire après une période de grade à vue.

Invité au lancement du rapport de RSF, Mamadou Ibra Kane, le président du Conseil des diffuseur et éditeurs de la presse (Cdeps), indique qu’il y a encore « de grosses atteintes » à la liberté de la presse. Il déplore un « harcèlement » de la police et de la justice contre sur les journalistes.

Il s’agit tout simplement d’une volonté du pouvoir de contrôler un secteur « à enjeu politique », a estimé M. Kane, présent lors de la présentation du rapport 2024 de RSF.

Ce document tombe dans un contexte où la presse sénégalaise est à couteaux tirés avec les nouvelles autorités. La tension a monté d’un cran après la publication, le 25 avril 2025, d’un arrêté enjoignant les médias jugés « non conformes » au code de la presse de cesser leurs activités.

Les organes de presse qui sont dans cette situation sont tenues d’obéir au risque de « s’exposer à des sanctions », avait averti le document du ministre de la Communication. Ces médias « non conformes » sont au nombre de 358 sur 617 médias enregistrés par leurs services, a indiqué Habibou Dia, directeur de la Communication, le 29 avril 2024, lors d’une conférence de presse.

« Il faut se conformer à la loi », selon le directeur de la Communication. « Dans le secteur des médias, cette loi c’est le code de la presse », s’est défendu M. Dia, directeur de la Communication.

De son côté, la Coordination des associations de presse (CAP) du Sénégal a exhorté, le 29 avril 2025, le ministre Alioune Sall à sursoir à sa décision, dénonçant « une criminalisation illégale » de l’activité médiatique.

Interrogé par Ouestaf News en marge de la cérémonie de lancement du rapport de RSF, le président du Cdeps également membre de la CAP, estime que ce n’est pas à un ministre de décider que « telle entreprise est conforme ou pas ».

Contexte économique difficile

« La soutenabilité économique des médias est importante », a souligné Sadibou Marong, rappelant la décision des autorités de revenir sur l’amnistie fiscale accordée par l’ancien chef de l’État, Macky Sall, aux organes de presse.

Depuis l’arrivée du Pastef (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité) au pouvoir, les entreprises de presse déplorent une forte pression fiscale et la suspension du paiement des créances dues par l’État au secteur des médias.

Un « étouffement » fiscal et économique qui « amoindrit considérablement » l’activité journalistique, a déploré Mamadou Ibra Kane. Il accuse les autorités de vouloir « réprimer » la liberté de la presse à travers cette « négation de l’existence » des entreprises de presse.

Dans ce bras de fer avec le pouvoir, une « journée sans presse » a été décrétée par les patrons des médias pour alerter sur les difficultés économiques du secteur le 13 août 2024. Ce mouvement d’humeur avait été suivi par une bonne parie des médias privés sénégalais.

Face à cette situation, le directeur régional de RSF appelle l’Etat et les acteurs de la presse à de « larges concertations » pour surmonter ces difficultés.  Selon RSF, sur 180 étudiés en 2025, 80 % sont confrontés à la « fragilisation économique » des médias.

IB/fd/ts


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