Sénégal : le poisson se fait rare dans les quais de pêche

Au Sénégal, les captures et débarquements de la pêche artisanale notés en 2016, s’élèvent à 397. 871 tonnes. En 2012, le débarquement était de 405.974 tonnes. Ici le quai de pêche de Kayar. Photo/Ouestafnews

Ouestafnews – Le poisson se fait de plus en plus rare à Dakar et ses quais de pêche jadis si bien fournis. Pourtant des milliers de familles dépendent de la pêche.

Quai de pêche de Soumbédioune, sur la corniche ouest de Dakar, il est 17 heures. Les pirogues de pêcheurs débarquent. Il n’y a pas grand monde. Trois à quatre clients passant avec leurs seaux à la recherche de poissons. Juste à côté des pirogues, des hommes et des femmes, devant leurs étals exposent leurs poissons.

Du côté des roches, un monsieur, la cinquantaine, considéré par les vendeurs et les pêcheurs comme leur « doyen », se prête à nos questions pour relater, la situation difficile que vivent les pêcheurs de Soumbédioune, confrontés à la rareté des poissons.

«Avec les vents, les poissons se font rares. La distance qu’on fait pour chercher les poissons est très longue, car on fait parfois, 4h à 5h de voyage pour 70 à 100 km. Et parfois, on revient bredouille…», explique Ridial, «le doyen» qui travaille à Soumbédioune comme pêcheur et vendeur de poissons depuis 1995.

Le nombre de personnes vivant de la pêche artisanale est estimé à 600 mille personnes par certains médias et des officiels.

Contactée par Ouestafnews, à propos de ce chiffre, la chef du bureau des statistiques de la direction des pêches maritimes, Mame Diarra Loum Mbaye, explique : « Il n’y a pas de chiffre exact, on parle dans tous les documents de pêche de 600.000 personnes mais à la base il n’y a pas une enquête ou une étude fiable».

 Blues du pêcheur                    

Après Soumbédioune, cap vers le quai de pêche de Kayar, situé à 58 km au Nord de Dakar. Comparé à Soumbédioune, Kayar est plutôt gigantesque et des usines de transformations entourent le quai.

L’arrivée des pirogues, crée aussitôt un remue-ménage. Comme à Soumbédioune, les poissonnières se ruent vers les pêcheurs visiblement lessivés après des heures de labeur en haute mer.

Au marché au poisson de Pikine (banlieue de Dakar), les prix ont largement augmenté entre 2012 et 2018. Photo/Ouestafnews

« Nous quittons à 16 heures ou parfois à 19 heures pour rentrer le lendemain dans la matinée», explique un des pêcheurs. En cette matinée, la pêche n’a pas été bonne. Dans les pirogues il n’y a pas une grande variété.

Cette rareté du poisson constatée de Soumbédioune à Kayar, trouve plusieurs explications : les uns la mettent sur le compte des conditions climatiques défavorables, d’autres accusent la politique de l’Etat.

«L’Etat doit diminuer le coût du matériel de pêche et arrêter de délivrer des licences aux bateaux étrangers parce que la mer ne peut même pas nourrir la population sénégalaise au point de vouloir en faire profiter d’autres», martèle Bouya Sarr Teuw, un des  pêcheurs rencontrés à Kayar.

Son collègue, Ousseynou Diop, se plaint lui de la razzia de ces bateaux étrangers qui s’adonnent à la pêche industrielle et qui selon lui prennent tous les poissons parce que mieux équipés.

En 2012, l’octroi d’autorisations de pêche à des chalutiers pélagiques étrangers avait été fortement critiqué par Greenpeace Afrique et des associations de pêcheurs artisanaux.

Les espèces dites petits pélagiques (sardinelles, thons…) sont considérés comme une source de protéines animales, indispensables à la sécurité alimentaire au Sénégal.

La quarantaine, bien sonnée, Ramata Ndiaye, est active dans le commerce depuis 20 ans. Pour la poissonnière, rareté rime avec cherté.

«Une caisse de carpes blanches que j’achetais à 45.000 FCFA en 2012, maintenant je l’achète à 105.000 francs FCFA et ça cela fait trois jours que je ne peux vendre tous mes poissons. Je ne peux pas m’en débarrasser et malheureusement, c’est une perte pour moi. C’est très difficile parce qu’il n’y a pas de poissons », nous confie la dame, rencontrée au marché au poisson de Pikine (banlieue de Dakar).

Selon, le représentant au Sénégal de l’Organisation des Nations-unies pour l’Agriculture et l’Alimentation (FAO), Reda Lebtahi, cité dans une récente dépeche de l’Agence sénégalaise de presse (APS, publique), la pêche artisanale représente 3,2% du Produit intérieur brut (PIB) au Sénégal.

Au Sénégal, les acteurs n’hésitent pas à parler de « surpêche » du fait de la prolifération des licences accordées aux navires européens et asiatiques et aussi de la persistance du phénomène de la pêche illicite et non déclarée. Tous ces facteurs ont des conséquences négatives sur la pêche artisanale dont dépend la survie de milliers de ménages.

Selon les statistiques, obtenues auprès de la Direction des Pêches Maritimes (DPM), les captures et débarquements de la pêche artisanale notés en 2016, s’élèvent à 397. 871 tonnes. En 2012, le débarquement était de 405.974 tonnes.

«Il y a au moins onze usines de farine de poissons au Sénégal et d’autres sont en construction. Cela n’augure rien de bon pour la pêche sénégalaise qui souffre déjà de surexploitation et de toutes les formes de pêche illégale», a déclaré dans une note publiée sur le site de Greenpeace, Abdou Karim Sall, le président de la Plateforme des Acteurs de la Pêche Artisanale au Sénégal (Papas).

Dans sa lettre de politique sectorielle qui remonte à 2007, l’Etat avait promis de «mettre aux normes sanitaires les huit quais de pêche pilotes, pour répondre aux exigences d’hygiène et de traçabilité du principal marché d’exportation ; la réalisation des aménagements et équipement des quais de pêche pilotes ; mise en place du dispositif de gestion et de maintenance des infrastructures ; formation du personnel et sensibilisation des usagers».

Signe de la lenteur des mesures promises, à Soumbédioune, les travaux du nouveau quai ne sont toujours pas achevés alors que son inauguration avait été annoncée pour février 2018.

 RB/mn

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