«Certaines personnes veulent mettre la peur dans le camp de la police» (Lieutenant Mbaye Sady Diop)

Lieutenant Mbaye Sady Diop. Photo/Ouestaf News

Dans notre article d’enquête sur les bavures policières, beaucoup d’accusations ont été portées contre les forces de sécurité, et notamment contre la police par des victimes ou leurs associations que nous avons rencontrées. Nous avons cherché à savoir ce que la Police pense de ces accusations. C’est le lieutenant Mbaye Sady Diop (alors qu’il occupait encore les fonctions de chef de service des Relations publiques de la Police) qui a bien voulu répondre à nos questions. Dans cette première partie de l’entretien exclusif accordé à Ouestafnews. Il revient sur les cas évoqués dans notre article précédent et sur l’usage de la violence par la Police.

Ouestafnews- Le Sénégal a ratifié la charte contre la torture. Pourtant les accusations contre les forces de l’ordre ne manquent pas. Des cas de bavures sont rapportés et dénoncés par les médias et les organisations de défense des droits de l’Homme. Ouestaf News après avoir enquêté et rencontré des victimes (lire l‘article ici) , s’est entretenu avec le lieutenant Mbaye Sady Diop pour recueillir l’avis de la police sur ces accusations. Entretien   

Ouestafnews – Les services de Police connaissent-ils le nom d’Abdou Karim Yatte qui affirme avoir été torturé dans les locaux de la Police centrale le soir du 17 février 2012 ?

Mbaye Sady Diop – J’avoue que je ne pourrais dire qui se trouve derrière ce nom, cela ne me dit rien du tout. Je dis encore une fois que nous sommes dans un pays très organisé quand quelqu’un se sent blessé, torturé, les services de sécurité, de la justice sont là pour recevoir ses plaintes. D’autant plus que le Sénégal a fini de ratifier tous les textes concernant la torture. Maintenant qu’il a donné une date, qu’il amène des preuves. Encore une fois j’aurais aimé qu’il s’adresse à la justice et la justice éclairera la lanterne des uns et des autres.

Ouestafnews – Il a pourtant porté plainte et il a aussi un avocat en l’occurrence  Me Assane N’diaye. 

M.S.D – Dans ce cas, Assane Dioma Ndiaye connait mieux les rouages de la Justice que moi. Si M. Yatte a confiance en lui, qu’il le laisse faire et justice sera dite.

Ouestafnews – Que cette affaire soit vraie ou fausse, admettez-vous que la torture soit pratiquée par la Police ?

M.S.D – Le Sénégal a ratifié des textes sur la torture qui condamnent tout agent de la force publique qui use de la torture dans le cadre de l’enquête de Police. Je dis et je répète, nous sommes une communauté et dans n’importe quelle communauté, on peut y trouver du bon et du moins bon. On peut aujourd’hui reconnaître que des personnes puissent l’être mais comme je viens de vous dire il faudrait apporter la preuve de ces allégations, sans preuves ce n’est que du verbiage pour nous.

Ouestafnews  – Il y a quand même beaucoup d’accusations contre la Police et reconnaissons que c’est inquiétant ?

M.S.D – La médecine est là aujourd’hui pour dire que tel a reçu des coups. A chaque fois qu’il y a un certificat médical après une bagarre. Le médecin qui fait le certificat n’était pas témoin, ces messieurs peuvent user des mêmes canons pour pouvoir donner la preuve de leurs allégations.

Ce qui arrive au Sénégal, et depuis un certain temps me parait très dangereux, certaines personnes veulent mettre la peur dans le camp de la Police. Mais ce que les gens doivent savoir, nous continuerons à faire le travail pour lequel nous sommes payés. A savoir, défendre les personnes et leurs biens.

Je dis encore et je répète que dans cette histoire de torture, depuis un certain temps tout le monde en parle, on parle de rapport, on parle de famille qui se regroupe etc. et nous oublions souvent des choses qui sont très élémentaires. En 1994, c’étaient des policiers qui ont été tués à Dakar par des Sénégalais lors d’une manifestation politique. Des religieux et des politiques étaient accusés de ce qui était arrivé à ces collègues.

Il y a de cela pas très longtemps, je pense que votre accusateur parle de 2012, c’est l’année où le policier Fodé Ndiaye a été tué sauvagement à coups de briques par de jeunes Sénégalais. Aujourd’hui on ne parle plus de Fodé Ndiaye.

Ouestafnews – Il y a des vidéos qui circulent sur Internet, à Ziguinchor, il y a eu le policier qui a giflé un citoyen, puis l’ASP (agent de sécurité de proximité) qui a brutalisé une femme handicapée pour ne citer que ces exemples là.

M.S.D La vidéo ne me montre que la partie qu’elle veut me montrer. Je ne défends personne. J’ai l’habitude de dire que pour moi policier, si je commets une infraction, je suis persuadé que la loi me tombera dessus. Parce que je ne suis pas celui qui dit la loi, c’est le juge qui le fera.

Il faut qu’on arrête. On nous montre tous les jours des vidéos sur le net qui sont très dangereuses. Il faut que les Sénégalais sachent raison garder et (comprennent) que le montage est très facile.

S’il y a des gens qui ont fauté, ils paieront. L’histoire de Ziguinchor dont vous parlez, à l’époque, c’est le ministre de l’Intérieur qui est monté au créneau et ce qui devait s’en suivre, comme sanctions, en son temps a été fait.

Ouestafnews – Et qu’en est il de l’histoire de Ndiaga Seck, ce commerçant mort récemment entre les mains de la police lors d’une interpellation ?

M.S.D – Je ne veux pas en parler parce que c’est un cas pendant devant la justice. Les familles ont la chance de pouvoir parler de toutes choses que nous nous ne pouvons pas dire quand il s’agit d’un cas pendant devant la justice.

Mais la justice révélera qu’ils ont tout faux, que leur déclaration est tout à fait le contraire de ce qui s’est produit. Ils ne vous diront jamais que c’est quelqu’un qui était déjà très connu des services de Police. On présente souvent ces (gens-là) comme des saints. Faites un micro trottoir dans son quartier et vous verrez qui il était réellement. Encore une fois, c’est une chose pendante devant la justice et je suis tenu de ne pas en parler pour le moment.

Ouestafnews – Et le cas de Pape Sarr dont la famille accuse la police de l’avoir aspergé de liquide inflammable avant de lui donner des coups de tase?

M.S.D – Je répète, je préfère que la justice nous éclaire, et elle le fera. J’ai confiance en cette justice. Combien de policiers sont aujourd’hui dans les mailles de la justice ?

Ouestafnews – Pour résumer, de Dominique Lopy en 2007 à Seck Ndiaye en 2018, en passant par Ndeye Oury « Adja » Camara en 2008, quelles sont les mesures qui ont été prises par la police pour remédier à cette situation ?

M.S.D-  (…) Nous sommes formés à respecter les droits humains. Et cela ne date pas d’aujourd’hui. Nous continuons à travailler avec certains organismes pour le renforcement des capacités sur ce plan des droits humains.

Ce que les gens doivent savoir aujourd’hui, c’est que si la police et la gendarmerie sénégalaises sont très prisées à travers les missions des Nations-Unies, ce n’est pas pour rien. Ils nous prennent parce que nous sommes très professionnels. Faites le tour des missions des Nations unies et vous verrez partout des Sénégalais. Ce qui se passe aujourd’hui, on n’est plus en mesure, si toutefois on le faisait, de faire des conneries, parce que nous somme surveillés. Les caméras sont partout maintenant.

Ouestafnews – Pour revenir au cas précis de Yatte, qui affirme avoir porté plainte contre la police,  il dit que son seul tort c’est d’avoir résisté lors de son arrestation, résister à une interpellation justifie-t-elle la pratique de la torture ?

M.S.D – La torture c’est autre chose. Par contre l’usage de la force, on passe par là. Quand on est interpellé et qu’on oppose une résistance, nous disposons de ce que Weber (NDLR : Max Weber, sociologue et philosophe allemand mort en 1920) aurait appelé « force légale ». On ne donne nous pas des battons, menottes et autres armes parce que ce sont des ornements. On les donne parce qu’on doit les utiliser.

Un policier ou un gendarme, c’est quelqu’un qui s’entraîne aux arts martiaux. La loi nous permet d’utiliser des techniques pour pouvoir interpeller correctement certains individus et ne pas les blesser, mais nous utiliserons la force, et force restera à la loi.

En ce qui concerne la torture, elle est condamnée par tous les textes. Si quelqu’un est torturé, il doit saisir la justice.

DD/on/mn/

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