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Cedeao : Julius Maada Bio, nouveau président

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Ouestafnews – À l’issue d’un sommet ordinaire, Julius Maada Bio a été porté à la tête de la Conférence des chefs d’État de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Dans un contexte de crise institutionnelle et sécuritaire, le président sierra-léonais devra s’employer à réconcilier une communauté fragilisée, à faire avancer les réformes promises et à restaurer la crédibilité de l’organisation au sein de la population.

Les chefs d’État ouest-africains, réunis à Abuja, ont désigné le président sierra-léonais Julius Maada Bio à la tête de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la Cedeao. Succédant au Nigérian Bola Ahmed Tinubu, il a été élu le dimanche 22 juin 2025 lors du 67e sommet ordinaire de l’organisation.

Candidat inattendu dans la dernière ligne droite, Julius Maada Bio a finalement été préféré à ses homologues du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye et du Ghana, John Dramani Mahama, pourtant donnés favoris avant le vote. La décision a été prise à l’issue d’un huis clos tendu de plus de six heures, rapporte Radio France Internationale (RFI).

Cette désignation rompt avec la tradition non écrite d’alternance entre présidents francophones, anglophones et lusophones, en vigueur depuis 2008. Pour la première fois depuis cette date, deux chefs d’État anglophones se succèdent à la tête de la présidence tournante de la Cedeao.

Dans son discours d’investiture, repris par RFI, Maada Bio n’a pas éludé les difficultés. « Notre région est à la croisée des chemins », a-t-il souligné, dressant un tableau sombre des réalités actuelles : terrorisme au Sahel et dans les zones côtières, instabilité politique, mécontentement populaire, insécurité alimentaire, inflation mondiale et surendettement.

Il hérite d’une organisation confrontée à de multiples fractures sur les plans politiques, sécuritaires, économiques et même symboliques.

Le nouveau président de la Cedeao prend ses fonctions dans un contexte de crise profonde. Le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger constitue une rupture sans précédent dans l’histoire de l’organisation fondée en 1975. Ces trois pays, dirigés par des juntes militaires et confrontés à l’insécurité liée au terrorisme, ont formé l’Alliance des États du Sahel (AES).

Pour répondre à cette situation « grave mais non désespérée », le président sierra-léonais a dessiné une feuille de route articulée autour de quatre priorités : restauration de l’ordre constitutionnel, refonte de la coopération sécuritaire, relance de l’intégration économique et réforme en profondeur de l’institution communautaire.

Il a insisté sur la nécessité d’un dialogue constructif avec les régimes de transition, dans l’optique d’un retour à l’ordre démocratique, tout en plaidant pour une architecture sécuritaire « plus efficace, coordonnée et réactive ».

Sur le plan économique, il a rappelé l’urgence d’une intégration véritable, en misant sur la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), les infrastructures régionales et le développement inclusif des chaînes de valeur. Il a aussi souligné que la Cedeao elle-même devait changer et « devenir plus transparente, plus efficace, plus proche des citoyens ».

Rassembler les morceaux d’une communauté divisée sera donc l’un des principaux défis de Maada Bio. Ramener l’unité au sein de la Cedeao, rebâtir les ponts avec les pays de l’AES, et rétablir la crédibilité, au sein de la population, d’une organisation souvent critiquée pour son inaction ou ses réactions tardives.

Le projet de force régionale d’intervention reste à l’état de promesse. Annoncé pour un déploiement en 2025 dans le cadre des missions de maintien de la paix, ce mécanisme peine encore à se concrétiser, malgré la volonté affichée par la Cedeao d’en accélérer la mise en œuvre, notamment depuis les annonces de février 2025.

Dans son ultime allocution en tant que président en exercice de la Cedeao, le Nigérian Bola Ahmed Tinubu a exhorté les dirigeants ouest-africains à hâter l’activation de la force d’attente. Il a insisté sur l’urgence de « passer du concept à une réalité opérationnelle sans délai ».

Sur le plan économique, la monnaie unique reste un serpent de mer. Et sur le plan politico-démocratique, les coups d’État ou tentatives de putsch se sont multipliés ces dernières années, affectant près de la moitié des États membres d’origine.

C’est dans ce contexte que Julius Maada Bio, 61 ans, prend les rênes de la Cedeao. Ancien militaire devenu homme d’État, formé aux États-Unis, il a été auteur d’une transition démocratique en 1996 dans son pays.

 « L’avenir de l’Afrique de l’Ouest n’est pas un déclin, mais une possibilité (…) à condition d’agir avec courage, urgence, unité et clarté morale », a affirmé Julius Maada Bio, lors de son discours. Un message qui se veut rassembleur, dans un moment de forte désillusion.

Mais au-delà du discours, c’est désormais l’action qui sera scrutée. Le chantier est vaste : sécurité, gouvernance, économie, dialogue. Et le temps est compté. À la tête d’une Cedeao fragilisée mais encore influente, Julius Maada Bio aura un an pour convaincre et redonner souffle à une organisation secouée par des crises multiples.

HD/fd


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